Fascisme et grand capital

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L’élection de Jordan Bardella à la tête du R.N. n’arrive pas dans un contexte quelconque, puisque cette année, ce parti d’extrême droite a obtenu 89 sièges à l’Assemblée nationale et c’est aussi le 50e anniversaire de la formation d’extrême droite. Nous ne reviendrons pas sur l’implication de Jean-Marie Le Pen dans la fondation du F.N. avec ses amis du mouvement nationaliste dont certains collabos notoires.

Il ne faut surtout pas oublier que le RN n’est rien d’autre qu’une formation réactionnaire et identitaire. Pour être plus clair, c’est une formation aux origines fascistes. Bien que cela soit connu les discours racistes, réactionnaires et autoritaires, font désormais partie du quotidien des grands médias français ainsi que du paysage politique du pays.

La saillie du député RN, Grégoire de Fournas, « Qu’il(s) retourne(nt) en Afrique! », n’a rien de spontané. Les propos tenus sont dans son ADN et son parti a vite fait de prendre les Français à témoins considérant qu’une majorité d’entre eux pensent qu’il y a trop d’étrangers en France. A Callac, en Bretagne, l’extrême droite avec la jeunesse angevine et Reconquête sont en campagne contre quelques réfugiés à venir.

Puisque c’est le cinquantième anniversaire du FN/RN, nous aussi, nous faisons un point d’histoire avec un livre sorti en 1936. Toutes choses égales par ailleurs, nos lecteurs trouveront des similitudes avec l’époque actuelle notamment sur les classes moyennes.

Fascisme et grand capital de Daniel Guérin a été commencé au lendemain du 6 février 1934 et a paru en juillet 1936. Le livre a été réédité en 1945. Nous en avons extrait quelques passages de la préface.

 

« Dans l’énorme appareil bureaucratique de l’Etat fasciste, il y a beaucoup de jouisseurs et de pourris, mais il y a aussi de véritables fanatiques. Ceux-ci  ne défendent pas seulement, en défendant le régime, leur position sociale, leur vie même, ils défendent aussi un idéal dans lequel ils croient dur comme fer, et jusqu’à la mort.

Le fascisme, dans les pays où il était installé, risque de se survivre pour une autre raison : à son déclin comme à sa naissance, il doit beaucoup à la complaisance de ses « adversaires » ; l’Etat « démocratique » qui lui succède est encore tout infesté de virus fasciste (de même que l’Etat « démocratique » qui l’avait précédé était déjà tout infecté de virus fasciste). L’  «épuration » n’est qu’une honteuse comédie, car pour désinfecter réellement l’Etat bourgeois, il faudrait le vider et le briser. La haute administration, l’armée, la police, la magistrature restent peuplés d’auxiliaires et de complices du régime antérieur, les mêmes pour la plupart, qui naguère, avaient livré au fascisme les clés du pouvoir.

Mais, au fait, est-il bien sûr que l’épidémie fasciste soit définitivement enrayée ? Nous le souhaitons, nous n’en sommes pas certains. C’est une illusion fort répandue, que la défaite de « l’Axe » sonne, dans le monde entier, le glas du fascisme. Le fascisme, on s’excuse de le répéter, n’est pas un produit spécifiquement italien ou spécifiquement allemand. Il est le produit spécifique du capitalisme dépérissant, de la crise du système capitaliste devenue permanente. Il prend son origine à la fois dans la volonté du grand capital de remettre en marche, par des mesures d’exception, le mécanisme du profit et dans le soulèvement des classes moyennes paupérisées et désespérées.

 

Ainsi se trouve confirmée par l’évolution la plus récente notre conclusion essentielle, à savoir que le fascisme, fruit de la carence du socialisme, ne peut être efficacement combattu et définitivement vaincu que par la révolution prolétarienne. Le mal ne peut être conjuré par des expédients et des replâtrages.

Les « fronts populaires » déclament contre le fascisme, mais sans prendre une seule mesure radicale en vue d’en extirper les racines matérielles. Ils se gardent malgré leurs tirades démagogiques contre les « deux cents familles », contre les « trusts », de toucher au capitalisme et, fait plus grave encore, ils aggravent, par leur politique économique et sociale, les causes de friction entre le prolétariat et les classes moyennes ; ils rejettent ainsi ces dernières vers le fascisme dont ils prétendaient les détourner. La menace fasciste a fait découvrir à beaucoup de gens le problème des classes moyennes. Naguère, les partis de gauche ne voyaient en elles qu’une facile et fidèle et stable clientèle électorale. Mais du jour où il a été démontré que leurs oscillations, amplifiées par la crise économique, pouvaient les conduire dans le camp d’en face, qu’elles pouvaient être prises de folie collective, qu’elles pouvaient revêtir l’uniforme fasciste, ces mêmes partis ont connu les angoisses de la mère poule menacée de perdre ses poussins ; la question est devenue pour eux une hantise : comment retenir les classes moyennes ? Malheureusement ils n’ont rien compris (ou voulu comprendre) au problème.

Entre fascisme et grand capital le lien est si intime que le jour où le grand capital lui retire son appui est, pour le fascisme, le commencement de la fin.

 

L’antifascisme ne triomphera que s’il cesse de traîner à la remorque de la démocratie bourgeoise. Défions-nous des formules « anti ». Elles sont toujours insuffisantes, parce que purement négatives. On ne peut vaincre un principe qu’en lui opposant un autre principe, un principe supérieur.

 

Même si Daniel Guérin tente d’expliquer le fascisme d’un point de vue marxiste (ce que nous ne sommes pas) ou en des termes marxistes, c’est-à-dire sur le plan de la lutte des classes qui ont leurs propres intérêts concrets, son livre délivre de nombreuses autres informations intéressantes. Il démontre que le fascisme sert les intérêts de la grande bourgeoisie, tandis que de larges couches des classes moyennes viennent à lui parce qu’elles croient naïvement ou par erreur qu’il servira leurs intérêts.

Le fascisme ne peut être combattu par des compromis, des concessions ou des équivoques réformistes.

Aujourd’hui, les compagnons ont raison de dire « Le fascisme, c’est comme la gangrène, on l’élimine ou on en crève ».

Ti Wi (GLJD)

PS: on constate que si Meloni est au pouvoir aujourd’hui, c’est parce qu’elle a l’aval du grand patronat italien.

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