Présidentielle de 2027

Présidentielle de 2027

Que dire de cette multitude de candidatures à cette future élection. Trois candidats semblent pour l’instant pouvoir se qualifier pour le deuxième tour : Bardella, Edouard Philippe et Mélenchon.

Bardella parce que l’implantation du R.N. continue et que cette formation politique possède un solide groupe de députés et a réussi à mailler le territoire d’élus, notamment dans le monde rural.

Edouard Philippe car un deal avait été passé avec Macron lors de l’accession de ce dernier pour un deuxième quinquennat. Attal va tenter sa chance pour exister et peser à la présidentielle mais il a déjà fait savoir qu’il se retirerait si Edouard Philippe était le mieux placé des deux. Et Retailleau ne pèse pas bien lourd dans l’équation. Il ne peut prendre le risque de laisser Mélenchon se qualifier pour le deuxième tour.

Enfin Mélenchon car il possède aussi un solide groupe parlementaire et une expérience politique que ses concurrents à gauche n’ont pas. Et cette dernière est tellement divisée que personne n’émerge dans ses rangs pour concurrencer le leader insoumis qui cherche maintenant à rassembler autour de sa candidature.

Va se poser ainsi la question du vote utile au premier tour. Si Edouard Philippe est reconnu comme le seul à pouvoir battre Bardella au second tour, il n’est pas exclu que de nombreux militants et sympathisants de gauche votent pour « le libéral » afin de jouer aux castors et faire barrage. Et cela permettrait aussi de refonder l’avenir sans Mélenchon qui joue sa dernière présidentielle.

La gauche a-t-elle vraiment envie de gouverner ? Rien n’est moins sûr. L’endettement de la France est abyssal et cela promet de futures coupes franches dans les services publics, les retraites… Avec la guerre en Ukraine qui s’éternise, le conflit au Moyen-Orient qui s’enlise et engendrera des difficultés économiques à moyen terme même si la guerre s’arrête bientôt. Avec une loi de programmation militaire qui va obérer les budgets et besoins sociaux sur plusieurs années. Avec une jeunesse qui risque de se rebeller car elle se paupérise, ne trouve pas à se loger etc. Avec un réchauffement climatique qui va coûter de plus en plus cher : mortalité, inondations, sécheresses (incendies, perte de productivité agricole…). Avec une Intelligence Artificielle qui n’est pas suffisamment prise en compte tant sur le plan technique qu’éthique. Avec des systèmes de protection des données obsolètes et inefficaces…Avec des inégalités sociales qui se creusent et vont devenir insupportables.

Alors est-ce une raison pour voter, ce qui semblerait devenir l’alpha et l’oméga de nombre de militants y compris chez les libertaires. Pour éviter le pire ? Les anarchistes seraient-ils sans projet, sans idées pour laisser place nette aux politiciens ? Eh bien, non ! Nos idées ne sont pas obsolètes.

Le principe fédéral, base organisationnelle de l’anarchisme

En alternative à l’organisation hiérarchique, homogénéisante et de classes des États-nations, l’anarchisme a proposé dès ses origines le principe fédéral, fondé sur la libre union de régions répondant aux besoins et aux aspirations des peuples, caractérisée par la diversité et le droit à la dissidence.

Des penseurs classiques comme Proudhon, Bakounine et Kropotkine ont déjà esquissé un programme fédéraliste moderne, qui demeure aujourd’hui encore au cœur de la théorie anarchiste. Et malgré les affirmations contraires, qui accusent l’anarchisme d’être une idée dépassée, ces propositions étaient en avance sur leur temps, anticipant ce qui allait devenir la tentative d’unification de l’Europe. Au XIXe siècle, l’idéal nationaliste semblait prévaloir, avec les conséquences terribles du XXe siècle (fascisme, totalitarisme, conflits mondiaux, génocides…), mais des penseurs clairvoyants comme les anarchistes ont offert une alternative fédéraliste. Malheureusement, ils étaient méprisés aussi bien par la gauche que par la droite, s’accrochant obstinément au centralisme, à l’autoritarisme et au nationalisme.

Comme chacun sait, Proudhon fut le premier à consacrer une partie de son œuvre à un programme fédéraliste, en alternative au centralisme qui engendrait une terrible machine administrative, étouffant la liberté dans les nations européennes. Malgré les terribles problèmes qui continuent d’affliger l’humanité au XXIe siècle, cette vision fédéraliste et libertaire remporte une victoire morale, car le danger que Proudhon avait prédit s’est concrétisé dans de nombreux pays du monde, même ceux qui, a priori, sont organisés selon un modèle fédéral. Les êtres humains, pris dans la masse d’une machine administrative, se comportent souvent de manière insensée, capricieuse et violente. Cependant, confrontés à une réalité concrète, au sein d’un groupe spécifique où la diversité, une véritable solidarité et des caractéristiques distinctes peuvent coexister, une plus grande responsabilité et une résistance accrue à l’uniformité et à l’autoritarisme peuvent émerger.

La société dans laquelle nous voulons vivre doit être fondée sur la diversité, et non sur l’uniformité. Bakounine, pour sa part, pressentait l’horreur des conflits entre États-nations modernes, qui culminèrent en deux guerres mondiales majeures, ainsi que la bureaucratisation et la dictature de la doctrine marxiste, vers lesquelles la révolution bolchevique dégénéra. Son ouvrage, * Fédéralisme, socialisme et antitéléologisme*, compile les différents points du congrès de Genève de la Ligue pour la paix et la liberté. Ces points préconisent une union des nations européennes pour prévenir les guerres entre les peuples, mais l’organisation politique ne doit plus être l’État en raison de son inégalité intrinsèque. Ainsi, une confédération internationale est nécessaire, au sein de laquelle les pays membres s’engageraient à ne plus reconstruire leurs anciennes organisations, fondées sur la violence et l’autorité, afin de créer des organisations reflétant les intérêts, les besoins et les aspirations des peuples. Celles-ci seraient basées sur la libre association, selon le principe du fédéralisme, mais Bakounine se réservait également le droit à la sécession pour prévenir toute tentation centralisatrice et autoritaire.

Kropotkine, à travers ses expériences pratiques et ses travaux théoriques, a établi un lien entre le fédéralisme du XIXe siècle et la géographie régionale du XXe siècle. Lors de ses premiers voyages, il a observé comment l’empire tsariste, avec son système administratif centralisé et monstrueux, étouffait toute tentative d’amélioration locale dans les provinces orientales. Il était convaincu que l’avenir des provinces composant l’empire russe résidait dans une vaste fédération d’unités indépendantes, sans autorité centrale. En Europe occidentale, Kropotkine fut également fasciné, en Suisse, dans le Jura, par les communautés d’artisans indépendants, tels que les horlogers. Un exemple de liberté spontanée, sans autorité ni direction, où les travailleurs agissaient selon leur propre intérêt, que Kropotkine cherchait à généraliser pour transformer la société. L’importance du régionalisme et de l’anarchisme est indéniable, et il convient de mentionner Élisée Reclus à cet égard. Selon Reclus, les territoires ne sont pas de simples objets d’étude, mais le fondement d’une reconstruction complète de la vie politique et sociale.

Ce mouvement anarchiste, qui s’est développé à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, était en avance de plusieurs décennies sur les visions urbanistiques plus récentes. Son principal objectif était d’alerter sur la nécessité d’une perspective régionale et fédérale pour résoudre les problèmes de l’Europe, ce qui aurait pu prévenir l’émergence des États-nations et leurs terribles conflits du XXe siècle. Aujourd’hui, en alternative à l’Union européenne étriquée, où prévalent les décisions des nations les plus puissantes et qui est soumise aux marchés financiers, une Europe des régions pourrait voir le jour. Dans cette Europe, comme l’envisageait Bakounine, l’autorité de l’État pourrait être remplacée par la fédération libre des individus et des communautés. Les idées anarchistes continuent de s’articuler autour de ce principe fédéral, car les États-nations, avec leurs gouvernements, leurs structures de classes et leurs bureaucraties, sont considérés comme un obstacle à cette union possible des régions où une transformation sociale a été réalisée.

Bien entendu, cette perspective du fédéralisme libertaire sera complétée par des projets plus concrets notamment au niveau de la production, de la répartition et de la distribution. (A suivre)