
Les politiciens, face à leurs propres défaillances, ont toujours tendance à rejeter leurs fautes sur les autres et adhèrent à des analyses consensuelles à droite comme à gauche. L’exemple de la montée de l’extrême-droite est typique de ce type de consensus même s’il existe des variantes et variations.
L’extrême-droite serait la conséquence des politiques économiques menées par l’alternance des gouvernements de droite puis de gauche jusqu’au centre qui aujourd’hui s’effondre victime de la même stratégie. Les travailleurs seraient en colère contre les élites qui sont déconnectées des problèmes des gens. Ce qui est un truisme.
Qu’il nous soit permis d’avoir une autre explication. Après la Seconde Guerre mondiale, le Parti communiste faisait des scores importants aux alentours de 26%. Il n’était pas d’extrême-droite mais stalinien c’est-à-dire un parti autoritaire basé sur le centralisme démocratique et le verticalisme politique. Certains y verront tout comme pour l’extrême-droite, une forme de populisme en sombre miroir. Mais le P.C. s’appuyait sur la CGT qu’il contrôlait mis à part quelques secteurs professionnels. Il s’appuyait aussi sur l’URSS et ses pays satellites dits de l’Est. Et quand chaque bibliothèque des pays amis s’abonnait à l’Humanité, la presse communiste n’avait pas de problème d’argent. Idem pour les sections syndicales, les C.E. etc qui s’abonnaient derechef et abondaient les caisses de l’Huma. Et les communistes ne voyaient que par les problèmes économiques des travailleurs. Ce qui n’empêchait nullement l’alternance politique. Et le racisme restait diffus, tapi sournoisement en attendant que la bête immonde se réveille et s’exprime à nouveau au grand jour.
Aujourd’hui faire un parallèle entre la France et d’autres pays européens ou même les Etats-Unis empêche d’y voir plus clair chez nous. Si l’on prend par exemple les élections municipales de 2026, on s’aperçoit dans une ville comme Le Havre que les Insoumis ont fait le piètre score de 4% avec un taux d’abstention de 47,6% et 2% de bulletins blancs. La dynamique des Insoumis n’a pas été la même en Seine Saint Denis. Les résultats sont très éclectiques selon les ancrages des formations politiques. Les Insoumis havrais ont-ils fait l’autopsie de leur échec ? La gauche de même. Parce que la ville du Havre est une ville ouvrière et elle a pourtant voté à nouveau pour un maire de droite…
L’extrême-droite joue essentiellement sur les peurs et le racisme. L’extrême-droite crée la peur du migrant qui va envahir l’Europe. Elle a réussi le tour de force de faire entrer dans la tête des gens que l’on donne tout aux Arabes et aux Noirs même dans le milieu rural où il n’y a pas d’immigration. Le rôle du bouc émissaire submerge tout. La peur et la haine des musulmans, des trans (qui sont pourtant une infime partie de la population) etc. sont redoutablement plus efficaces que n’importe quel problème économique. Si les musulmans et les trans n’existaient pas il faudrait les inventer tout comme hier nous avions les Juifs, les Bretons, les Ritals, les Polacks, les Espingouins etc. A chaque époque ses boucs émissaires. Parce que les problèmes économiques demeurent et sont consubstantiels du capitalisme. Et la xénophobie aussi. Surtout la xénophobie, car mis à part les demeurés de nazis, il n’y a plus grand monde pour défendre la supériorité de telle race sur une autre.
L’économique vient après et sert de vitrine pour les attaques des adversaires de l’extrême-droite. Certes quand les problèmes de désindustrialisation, de chômage, de délocalisations ne sont pas traités, les gens le ressentent cruellement : perte de pouvoir d’achat, régression des services publics, recul de l’âge de la retraite etc. Mais l’extrême-droite relie le tout à la présence des étrangers. Tu n’as pas de travail, c’est l’étranger qui te le vole. Les services publics périclitent, c’est la faute aux étrangers qui abusent…et les étrangers sont logés en priorité. Et les étrangers foutent le bordel, il suffit de constater les dégâts sur à la victoire du PSG…
A aucun moment, l’extrême-droite indique que la loi de programmation militaire obère les budgets sociaux. A aucun moment elle n’indique, chiffres à l’appui, que si les étrangers n’étaient pas là, les Français devraient travailler plus longtemps. Etc. L’extrême-droite tente alors de se concilier l’électorat populaire qui mettent tous les maux de la société sur les gens de couleur, les assistés, les Trans qui coûtent cher pour leur transition de genre etc. Pendant ce temps, le travail des identitaires s’insinue dans toutes les strates de la société, ce travail étant surtout véhiculé par une bourgeoisie radicalisée.
En clair, l’extrême-droite s’attaque aux enjeux sociétaux : personnes racisées, minorités sexuelles, le féminisme…qui seraient la cause de tous nos maux. Exit la lutte des classes ! Exit de même l’écologie qui ne serait que normative et punitive. Plus c’est gros, plus ça passe. Et cette extrême-droite est bien aidée par le techno-fascisme formaté par des milliardaires comme Elon Musk, Bezos etc. qui s’approprient le travail des gens et entendent contrôler l’avenir.
Les anarchistes ont des analyses sérieuses sur le techno-fascisme, les extrêmes-droites. Quand nous critiquons la financiarisation de la société, nous le faisons en critiquant les institutions financières mais nous n’attaquons pas la famille Rothschild par exemple, ce qui laisserait sous-entendre que la finance est tenue par les Juifs. Nous n’attaquons pas telle ou telle personne parce qu’elle est noire, lesbienne, musulmane etc. mais nous critiquons et nous nous attaquons à un système, certes mis en place par d’odieux personnages mais c’est l’institution et la fonction que nous visons.
C’est aux jeunes de s’approprier des concepts plus ou moins récents comme l’écoféminisme, l’écologie sociale et libertaire etc., car il y a péril en la demeure. L’extrême-droite est un véritable fléau mais nous pouvons la vaincre en nous abstenant de rester uniquement sur ses thématiques et en faisant entendre notre voix, nos propositions sociales, écologiques, éthiques et d’entraide.
Micka (GLJD)