I.A. et techno-fascisme

Le monde dans lequel nous vivons a débuté avec la  révolution scientifique  des XVIe et XVIIe siècles. À cette époque, des philosophes comme Francis Bacon ont développé une approche technocratique du contrôle de la nature et des êtres humains, qu’ils désignaient par euphémisme sous le nom de « modernité ». On retrouve cette vision technocratique de la transformation à grande échelle de la nature dans l’agriculture industrielle, et son contrôle sur les êtres humains dans le traitement des malades, des personnes  souffrant de troubles mentaux  et  des prisonniers, comme le montrent les travaux de Michel Foucault.

Le rôle de la science dans ce système est d’extraire des informations de la nature, d’en révéler les secrets. Cela permet de les reconditionner et de les reconfigurer, d’y ajouter de la valeur économique et de les vendre comme marchandise : le fondement du capitalisme. La science agit de même avec les processus de travail humain. À la fin du XIXe siècle, cette extraction d’informations du travail humain a franchi une étape importante avec l’« Organisation scientifique du travail » de Frederick Taylor, qui impliquait l’observation précise des mouvements corporels des travailleurs. De fait, le savoir-faire des travailleurs est extrait et traité pour créer des machines qui les remplaceront dans un processus d’intensification du capital (automatisation). L’IA est l’aboutissement de 130 ans de taylorisme ; c’est le Graal des technocrates, un système permettant d’automatiser l’extraction et la surveillance des informations.

Le taylorisme et l’État technocratique, avec pour principal outil les statistiques, émergèrent simultanément en réponse à la crise du capitalisme industriel de la fin du XIXe siècle, marquée par de graves troubles sociaux et la montée du socialisme et de l’anarchisme. Au-delà des politiques de laissez-faire, l’État développa rapidement son appareil bureaucratique, son intervention dans l’économie et son contrôle social, notamment par la Prohibition aux États-Unis et l’eugénisme, un système de gestion scientifique de la population. Les méthodes de l’État technocratique menèrent finalement aux  deux régimes totalitaires  du milieu du XXe siècle, le stalinisme et le fascisme, tous deux nourris par le fantasme technocratique de créer l’« Homme nouveau ». L’Holocauste ne fut pas seulement le fruit de la haine politique, mais aussi, comme  l’ont souligné Adorno et Horkheimer, l’aboutissement de la gestion technocratique de la société.

Au XXIe siècle, nous assistons une fois de plus à la synergie entre le fascisme et la technocratie.

Il ne saurait y avoir de compromis avec le technofascisme. Il n’y a pas de juste milieu, car les prétendus avantages de l’IA sont pour la plupart dénués de sens. Nous subissons le technofascisme dans son intégralité, et il est naïf de croire que nous pouvons le choisir et le réguler. La méthode technocratique consiste à  nous imposer  de nouvelles technologies, comme l’affirmait la devise de l’Exposition universelle de Chicago de 1935 : « La science découvre, l’industrie applique, l’homme s’adapte. »

Nous devons donc comprendre à quoi nous sommes confrontés. Il est tard, et il est sans aucun doute temps de désactiver l’IA. Les antifascistes doivent agir.

Ainsi, l’IA n’est pas simplement l’« outil » idéal des oligarques fascistes : c’est un système de pouvoir technocratique qui les façonne, ainsi que leur philosophie et leur politique. L’immense puissance et l’efficacité de la science et de la technologie engendrent une forme de cruauté obsessionnelle et  des projets de manipulation sociale mégalomaniaques  qui, à l’instar du fascisme politique, bafouent impitoyablement les valeurs éthiques et humaines fondamentales.

Tandis que les oligarques s’allient à Donald Trump pour tenter de résoudre  la crise de faible croissance du capitalisme néolibéral, un nouveau modèle de production capitaliste et de contrôle technocratique se met en place, dont la puissance dépasse la somme de ses composantes. La synergie entre le fascisme et les enjeux politiques sous-jacents à l’intelligence artificielle pourrait mener à un véritable totalitarisme, dont il est difficile d’entrevoir une issue.

PS : Les suppressions de postes vont bon train dans les groupes de presse français. La presse régionale est en première ligne (Ouest France …). Des centaines de journalistes vont perdre leur travail et les salariés dans les rédactions vont de même être impactés. Le tout au profit de l’Intelligence artificielle. Certes, il y a une perte de lectorat de journaux mais l’I.A. risque de porter le coup de grâce à la presse en général.

L’I.A est susceptible de supprimer cinq millions d’emplois en France dans les années à venir. Et parmi ces suppressions, de nombreux emplois qualifiés : développeurs, architectes, ingénieurs, traducteurs…

Au-delà du technofascisme qui se met en place avec Elon Musk et autres dirigeants de la silicon valley, ce sont des pans entiers de jobs qui vont ou disparaître ou s’éroder. Les futurs chômeurs feraient bien de rejoindre le combat antifasciste pour défendre la liberté, une certaine autonomie et aussi l’emploi.