Affaires Dreyfus du pauvre et antimilitarisme

Antimilitarisme d’hier et d’aujourd’hui

Aernoult, Durand et Rousset – Trois affaires Dreyfus du pauvre à la Belle Epoque

Est-il utile de parler de Biribi, de quelque chose qui n’existe plus ? Mais qu’est-ce que Biribi ? Les jeunes en ont-ils entendu parler ? Pourquoi éditer un livre qui dénonce les crimes de l’armée dans les Bataillons d’Afrique ? Pourquoi ranimer la flamme antimilitariste alors que l’Etat français veut réarmer la France sous couvert de menaces russes. L’armée n’a-t-elle pas changé depuis les années Biribi ? Le système judiciaire est-il toujours à la solde des puissances d’argent ? Et nous pourrions poser encore de multiples questions. Nous n’allons pas dévoiler le contenu du livre mais il est toujours intéressant d’étudier tous les combats qui ont permis des avancées sociales et judiciaires. Rendre hommage aussi aux héros de la classe ouvrière et comprendre leurs souffrances afin de plus tolérer de telles situations d’injustice et de tortures.

Monsieur Macron est entré dans la course aux armements à la plus grande joie des marchands de mort. La croissance soutenue des dépenses militaires mondiales, leur concentration entre les mains d’une poignée de puissances, l’expansion record de l’industrie de l’armement et l’intégration croissante entre les économies civile et militaire montrent que le capitalisme contemporain évolue vers une forme d’économie de guerre permanente, où la destruction et sa préparation méthodique deviennent des mécanismes de reproduction du système. Des puissances néocoloniales comme les Etats-Unis, Israël, Chine et Europe…pillent les pays les plus pauvres et s’accaparent leurs richesses, notamment celles du sous-sol. Parallèlement, on assiste à une militarisation de la société où l’Etat français essaie d’embrigader la jeunesse. Pendant que la loi de programmation militaire et ses rallonges successives donnent des budgets militaires mirobolants, les services publics et les besoins sociaux sont revus à la baisse. C’est le système des vases communicants.

Et si nous contestons  l’armée, c’est aussi qu’elle n’a pas tellement changé dans le fond. Récemment d’ex-soldats français à Djibouti ont témoigné de leurs brimades, des humiliations et des violences physiques qu’ils ont subies. Les insultent pleuvaient comme à Gravelotte. Cela ne s’est pas déroulé au début du XXème siècle mais durant l’été 2024 lors d’un déploiement à Djibouti. Derrière les mauvais traitements de ces anciens soldats du 35 è Régiment d’Artillerie Parachutiste, c’est tout un système funeste qui leur a été infligé. La mort d’un brigadier a été la cerise sur le gâteau.

L’armée vend aux jeunes du rêve, une école de la République où tous les jeunes sont mélangés quelle que soit leur origine sociale. Engagez-vous, vous verrez du pays…Mais derrière l’image d’Epinal se cache l’envers du décor. Ces jeunes se sont vite retrouvés les esclaves des gradés qui les commandaient : « Vous êtes nos salopes, on fait de vous ce qu’on veut ». Et là, nous voyons que nous ne sommes plus si éloignés de l’attitude des gradés des camps disciplinaires lors de l’affaire Aernoul-Rousset.

Les jeunes victimes de ces brimades ont averti la hiérarchie qui a préféré regarder ailleurs même si elle s’est défendue d’avoir diligenté une enquête. Nous verrons bien les suites qui seront données.

« Harcèlement moral et sexuel, coups, racisme, traitements dégradants… Face aux violences systémiques dans l’armée, des victimes sortent du silence afin de libérer la parole, changer les pratiques et interpeller le politique. Une rude bataille. », c’est ce qu’indique le journal L’Humanité du

4 juin 2026. Ces propos sont donc des plus récents. Les comportements changent d’intensité dans l’armée mais demeurent les mêmes dans leur nature, toutes choses égales par ailleurs.

Quand le scandale de l’affaire Aernoult-Rousset éclate : sévices, tortures, silences complices, faux témoignages apparaissent au grand jour. Les syndicats ouvriers, les artistes, des intellectuels, la LDH… se mobilisent. Et pour nos trouffions de Djibouti, qu’en est-il ?

Il y a cinq ans, en avril 2021, une tribune de militaires gradés était publiée par « Valeurs actuelles ».

Les signataires dénonçaient le « délitement » du pays et la montée des périls : communautarisme, immigration sans frein, islamisme, violences urbaines, « hordes de banlieue » etc. Toute la panoplie des thématiques d’extrême-droite. Il faut dire que dans l’armée aujourd’hui, le vote en faveur du Rassemblement National est nettement supérieur à la moyenne des autres corporations.

Donc, les habits neufs de l’extrême-droite se cachent aussi sous l’uniforme. Et la grande muette restera toujours la grande muette en « démocratie » et a fortiori sous régime autoritaire et dictatorial. Le capitaine Dreyfus fut condamné parce qu’il était Juif. Les faux documents, les faux témoignages furent l’apanage de gradés militaires. Aujourd’hui ces militaires proches de l’extrême-droite nous invitent à redoubler d’ardeur dans notre lutte antimilitariste. De notre combat aujourd’hui dépendra notre liberté demain.

Ce livre « Aernoult, Durand et Rousset » reste d’une actualité finalement brûlante car s’il nous révèle une page noire de notre histoire, il nous invite aussi à réfléchir sur cette Troisième République qui se voulait démocratique. D’après les socialistes de l’époque, la défense de Jules Durand et d’Emile Rousset a pu être effective car elle intervenait dans un cadre démocratique. Dans une dictature, elle n’aurait pu avoir lieu. Pour les anarchistes, la Troisième République, c’était la colonisation et ses crimes, le rouleau compresseur de l’Etat pour laminer les langues dites régionales comme le Breton, le Basque…et surtout l’utilisation de l’armée contre les grèves et manifestations ouvrières. Cette République était dans les faits contre les ouvriers.

Aujourd’hui, de la même manière se pose le problème d’une société démocratique ou d’une société se dirigeant vers l’extrême-droite. Peut-on davantage se défendre dans une société dite démocratique ? A l’évidence, oui, mais les ennemis de nos ennemis ne sont pas pour autant nos amis. Si un gouvernement d’extrême-droite venait à voir le jour en France, il verrouillerait davantage qu’aujourd’hui la justice, le mouvement ouvrier etc.

Pour autant, les anarchistes ne peuvent se détourner de la question sociale et de leurs propositions originales. La République reste une institution bourgeoise à destination des bourgeois qui entendent maintenir leurs privilèges et leur domination. Le combat contre cette République inégalitaire demeure toujours d’actualité.

Pour en revenir au livre, Patrice Rannou a exhumé le sort tragique et emblématique de Durand et de Rousset. Ses recherches complètent celles déjà effectuées sur l’Affaire Durand. Les tortures à Biribi reviennent dans nos mémoires et nous plongent dans la violence de l’Etat des années 1910-1912.

Merci à lui pour ces témoignages historiques.