
Durand l’anarchiste
C’est en 1902 que le jeune Jules Durand adhère à la C.G.T. au Havre. Quelques mois auparavant, les syndicalistes sont expulsés de la Bourse du Travail, la majorité du conseil municipal ayant voté la fermeture de celle-ci suite « aux désordres » des 24 avril et Premier mai 1901.
Le Cercle Franklin fermé, une perte de cohésion syndicale s’ensuit. Il faut attendre 1906 et la parution de Vérités, organe social, économique, scientifique des syndicats ouvriers, coopératives et universités populaires, pour que l’Union des Syndicats du Havre reprenne de la consistance et de l’influence.
Ce sont les anarchistes qui redonnent vie au syndicalisme havrais. Ils sont majoritaires à la Bourse du Travail et c’est naturellement que les libertaires Adrien Briollet puis Camille Geeroms sont élus à la tête de l’Union en 1909, 1910 et 1911.
En 1910, l’Union des Syndicats du Havre et de la Région compte 10 000 adhérents et permet ainsi d’appointer un permanent, Geeroms.
Les racines de l’anarchisme au Havre sont profondes. Les anarchistes sont les premiers à essayer d’organiser les chômeurs dès 1886. Dans la région, un fort groupe anarchiste est recensé à Villequier en 1882. Louise Michel, Tortelier et Sébastien Faure remplissent les salles d’auditeurs lors de leurs venues. Le premier journal révolutionnaire havrais L’Idée Ouvrière est un hebdomadaire anarchiste. Il paraîtra durant une année en 1887-1888. Les idées anarchistes au moment de l’Affaire Durand sont alors bien répandues dans cette localité, Jules Durand ne fait donc pas partie d’une génération spontanée de militants libertaires d’autant que Brierre, très influent au sein de la corporation des charbonniers est lui aussi anarchiste.
Jules Durand s’aperçoit des méfaits de l’alcoolisme sur le port et notamment chez les charbonniers, il devient abstinent. C’est, en 1910, un syndicaliste non violent, antimilitariste et instruit. Durand possède une formation de bourrelier, ce n’est donc pas un travailleur sans qualification. Il préfère cependant travailler sur le port et tente d’organiser ses frères de misère qui la plupart du temps utilisent le fourneau économique. Il s’est imprégné des lectures des grands auteurs anarchistes : Bakounine, Kropotkine, Reclus…La presse anarchiste est aussi très présente en France et particulièrement au Havre : Le libertaire, La Guerre Sociale sont les journaux les plus lus. L’Anarchie et Les Temps nouveaux ont aussi leur lectorat.
Les principaux dirigeants syndicalistes du port, de la métallurgie et des Terrassiers se réclament des idées anarchistes. Aux conditions de travail et de salaire qu’ils essaient d’améliorer, les responsables syndicaux jugent indispensable la création de coopératives de consommation et mettent aussi en place une coopérative de production « l’imprimerie de l’Union » et un dispensaire syndical avec l’appui d’un chirurgien, Monsieur Houdeville.