Jules Durand et autres martyrs ouvriers

Martyrs de Chicago : le procès s’ouvre le 21 juin 1886 à la cour criminelle de Cook County (Illinois). Le procureur Julius Grinnel donne le la et déclare lors de ses instructions au jury :

« Il n’y a qu’un pas de la République à l’anarchie. C’est la loi qui subit ici son procès en même temps que l’anarchisme. Ces huit hommes ont été choisis parce qu’ils sont des meneurs. Ils ne sont pas plus coupables que les milliers de personnes qui les suivent. Messieurs du jury : condamnez ces hommes, faites d’eux un exemple, faites-les pendre et vous sauverez nos institutions et notre société. C’est vous qui déciderez si nous allons faire ce pas vers l’anarchie, ou non. »

Ce procès, certes d’apparence exceptionnelle, n’était pas si différent des autres procès d’anarchistes de l’époque. Nous sommes à quelques années avant la promulgation des lois scélérates en France (1893-1894), une série de lois votées à la Belle Époque qui visaient à réprimer le mouvement anarchiste et les possibilités d’expression subversives en général. Toutes choses égales par ailleurs, on peut trouver plusieurs  similitudes avec la façon dont sont menées aux quatre coins du monde les enquêtes de police et de justice contre les anarchistes: interrogatoires musclés ou non, perquisitions, accusations de meurtre, voire de terrorisme, invention de délits, rémunération de délateurs, subornation de témoins, utilisation des journaux pour isoler les condamnés et travailler l’opinion publique et enfin la prison pour détruire les individus.

En 1886, le mouvement ouvrier lutte aux Etats-Unis pour obtenir la journée de huit heures. Une charge policière s’en prend à la manifestation du Premier mai, lors de la dispersion. On relève un mort et des dizaines de blessés dans les rangs ouvriers. Le 4 mai suivant, une autre manifestation est organisée pour dénoncer les violences policières du premier mai. Au moment de la dispersion, la police charge mais cette fois une bombe est lancée vers les policiers et explose. Même si aucune preuve n’incrimine les huit militants anarchistes arrêtés, le procès est à charge et il faut faire un exemple. Sept d’entre eux sont condamnés à mort et le 11 novembre 1887, quatre seront pendus : Engel, Spies, Parsons et Fischer.

Le pédagogue Francisco Ferrer, accusé à tort par le clergé catholique espagnol d’être l’instigateur de la « semaine tragique » à Barcelone, est fusillé le 13 octobre 1909 à Monjuïc, après un procès bâclé.

Shusui Kotoku, journaliste pacifiste et libertaire, est exécuté par le gouvernement japonais pour « trahison » le 24 janvier 1911.

En France, le 25 novembre 1910, le syndicaliste libertaire Jules Durand est condamné à mort le 25 novembre 1910 après une machination orchestrée par la Cie Gle Transatlantique. Innocenté par la Cour de Cassation en aôut 1912, il l’est totalement en 1918. Mais entre-temps, il avait perdu la raison.

Les anarchistes Sacco et Vanzetti sont condamnés à mort aux Etats-Unis et exécutés en août 1927. Là encore, leur procès est inéquitable.

Nous évoquons ici les affaires les plus emblématiques de la peine de mort appliquée aux anarchistes par des institutions judiciaires mais d’autres militants anonymes ont très certainement été victimes de l’injustice. Les affaires précitées ont bénéficié d’une mobilisation importante du prolétariat ainsi que des membres de la Ligue des Droits de l’Homme ou de leurs correspondants à l’étranger. Les erreurs judiciaires contre des militants servent le patronat et l’Etat.

Goulago (GLJD)