Grève le 9 octobre 2018

Asservissement

Alors, le 9 octobre, on y va ou pas ?

Enième réforme des retraites, à points celle-ci ; suppression de postes et précarisation massive des emplois dans la fonction publique avec un contingent de contractuels qui s’accroît d’année en année, attaque sur les droits des chômeuses et des chômeurs pour mieux faire des économies sur le dos des plus défavorisés, non indexation des pensions des retraités après la hausse de la CSG… Macron donne dans le vandalisme social.

Concernant cette grève du 9 octobre, la plupart des compagnons pensent que cette journée de grève ne servira à pas grand-chose d’autant que la FSU, division oblige, appelle à se mobiliser « sous toutes les formes possibles », c’est-à-dire qu’elle n’appellera pas à la grève, nationalement. Elle se réserve pour une grève corporatiste en novembre. C’est la chronique d’une nouvelle défaite annoncée après les défaites accumulées depuis 2003. Le défaitisme syndical prend de l’ampleur. Les travailleurs savent que les manifestations d’un jour ne font pas reculer le gouvernement. Loi El Khomri, code du travail, statut des cheminots…les centrales syndicales dites représentatives ont perdu face à l’Etat malgré quelques belles mobilisations, alors une manif-ballon de 24 heures, qui peut y croire sérieusement.

Certains préconisent une grève générale mais de nombreux salariés rechignent à perdre une journée de salaire pour une manif sans lendemain. Il faut alors changer de braquet. Une grève réussie, c’est une grève qui s’appuie sur l’opinion publique, les usagers…ou alors elle est à l’initiative d’une corporation qui a les capacités de bloquer l’économie et de frapper au portefeuille le patronat ou l’Etat employeur. L’action directe et les méthodes appliquées aux origines du syndicalisme révolutionnaire peuvent aussi rendre de bons services quand le patronat fait la sourde oreille aux revendications des travailleurs.

Parallèlement, quand on n’est plus en capacité de gagner une grève, on agit par le biais de la consommation et on remet au goût du jour le label et le boycottage. Ces méthodes sont éprouvées et ont l’avantage de ne pas pénaliser financièrement les salariés. Les étudiants et les chômeurs peuvent de même s’associer aux luttes. Cette association permet de dépasser la division syndicale qui devient de plus en plus l’éventail derrière lequel on se cache pour ne pas faire grève. Pendant ce temps-là, les syndicats réformistes genre UNSA et CFDT progressent électoralement parlant car ils donnent l’impression d’obtenir des avancées sans aller au conflit avec le patronat. Peu d’entreprises du secteur privé font grève pour peser sur les négociations salariales annuelles (les N.A.O.) et les fonctionnaires se mobilisent a minima pour défendre leur pouvoir d’achat bien rogné par le blocage de leurs salaires et une revalorisation sérieuse du point d’indice depuis des années. C’est un constat, cruel mais qui représente la réalité d’aujourd’hui.

Dans le milieu militant deux options se font jour. L’une pense que la grève peut servir de levier pour aller plus loin. Pour cela il faudrait remobiliser la base et doper les équipes militantes (le militantisme serait-il une drogue à accoutumance ?).

L’autre, que cette grève sera une grévette comme à l’accoutumée. Que le syndicalisme est trop intégré à la logique du système capitaliste : financement vital des structures syndicales par l’Etat et non plus basé sur les cotisations des adhérents. Dans ces conditions, le syndicalisme institutionnel joue un rôle convenu : il canalise les salariés. Contre quelques grains à moudre, le syndicalisme s’assoit à la table des négociations avec les patrons pour finalement veiller au respect des modalités de l’exploitation capitaliste. Le syndicalisme, à moins d’être débordé, gère les conflits du travail et tente de faire régner la paix entre les classes sociales.

Pourtant, quelques syndicats arrivent encore à démontrer de temps à autre que les lois ne sont que le reflet des rapports de force dans la société. Les congés payés, la protection sociale, les retraites…sont des droits qui ont été conquis de hautes luttes : occupations d’usines, manifestations monstres, heurts avec les forces de l’ordre capitaliste…

Marcher sur ses deux jambes : revenir aux pratiques de l’action directe dans les syndicats (fédéralisme syndical, mandats précis et révocabilité des mandatés…) et encourager l’entraide et la solidarité en dehors des syndicats (ZAD à multiplier, participation du plus grand nombre aux décisions dans les A.G., pression des consommateurs organisés pour obtenir satisfaction…).

Il nous faut renouer avec les victoires qui en appelleront d’autres. Pour l’instant, chacun fera ce qu’il voudra le 9 octobre, mais d’ores et déjà, nous pouvons réinvestir le champ des formations militantes, accompagner ceux et celles qui luttent, construire des alternatives et stopper le projet de la macronie : une entreprise France pour les nantis.

Patoche (GLJD)