« Les boomers, eux, ont prévu d’aller voter »

Murray

« Les boomers, eux, ont prévu d’aller voter »

Devant le tollé généré par son visuel électoral, Julien Bayou rétropédale et s’excuse. Mais, In vino veritas. Idem pour le visuel, les élections désinhibent. Et un fond de vérité demeure dans l’esprit de certains politiciens écologistes.

Agisme, discrimination. Une volée de bois vert bien mérité pour cet écolo de l’élite-homard, tout comme son ancien compère De Rugy. Déjà au boulot, on entend parler des vieux : vivement qu’ils soient à la retraite, ces vieux cons. Car accolé à vieux, il y a con ; c’est comme pour pauvre con. Les militants d’antan avaient davantage de respect pour « nos anciens », nos aînés, les personnes âgées…ceux qui ont par exemple obtenu les congés payés, les acquis sociaux…Bayou est finalement victime de stéréotypes, de clichés…Mais derrière ce dérapage, on entrevoit le discours actuel sur les vieux qui se font vacciner en priorité alors qu’ils ne sont plus dans le monde du travail (sous-entendu, ils ne servent plus à grand-chose). Ces vieux qui profitent de leur retraite, que nous les jeunes on n’aura pas…C’est vrai qu’avec une pension moyenne de 1400 euros, les retraités roulent sur l’or. C’est aussi vrai que les travailleurs se sont battus massivement et victorieusement pour la défense des retraites en 1953 et en 1995 sous Jupé…et puis après, mais pas avec les mêmes succès. Les jeunes ont gagné sur le CPE à l’époque, et c’est tant mieux. Le jeunisme, ce sont  aussi les reproches contre une génération qui aurait bénéficié du plein emploi pendant les Trente Glorieuses (il faudrait parler de cela à tous les paysans qui ont été victimes de l’exode rural) et puis, qu’ont fait les plus vieux pour la planète ? Rien ou si peu, alors dégagez, place aux jeunes ! Vous vous êtes plantés, nous, on va réussir car on est moins cons. C’est ce qu’on appelle opposer les générations comme d’autres opposent les migrants et les « bons Français », les hommes et les femmes, les travailleurs et les chômeurs…Rien de nouveau sous le soleil politicien. Juste un créneau nouveau, juvénile pourrait-on dire.

Perso, je suis un boomer anarchiste, qui plus est, grand-père, et je me sens aussi concerné que n’importe qui du sort des générations futures dont font partie mes petites filles. Et puis, je relisais récemment des entretiens avec René Dumont dans les Cahiers d’Etudes sociologiques « Civilisation Libertaire » de Mai 1977. Il avait quel âge Bayou à l’époque ?  Et Dumont disait cette année-là qu’il n’adhérait à aucun parti politique car aucun d’eux n’abordait: le tiers-monde et la lutte contre le pillage et aussi la faim ; la prise en considération des problèmes écologiques. Et puis de l’autre côté de l’Atlantique, Murray Bookchin opposait déjà l’écologie sociale et libertaire au seul environnementalisme. Revenu sur le devant de la scène depuis les expériences au Rojava, les écrits de Bookchin le placent comme un précurseur de l’écologie sociale, celle qui en appelle à un changement de vision globale : on ne pourra pas faire disparaître la domination de l’humain sur la nature sans éliminer celle de l’humain sur l’humain. Loin du programme de Bayou car ce dernier n’analyse pas les rapports de domination et de hiérarchie. Et c’est logique car généralement, les leaders trahissent et sautent de l’autre côté de la barricade pour obtenir un poste rémunérateur après quelques années de vaches maigres. Un changement de personnel dans l’écurie politique lui suffit. Le reste n’est et ne sera que simulacre, mensonge et comédie envers les autres et envers soi-même.

La remise en question des valeurs traditionnelles de la société n’est pas propre à notre époque. Dans toute l’histoire des idées et de la philosophie, on voit ici et là des individus rejeter les croyances et les valeurs de leurs contemporains, au nom du refus de l’obscurantisme, de la tyrannie intellectuelle et sociale. Bayou ne se situe pas dans cette lignée car il y a peu de choses à attendre des partis politiques. Comment espérer une idée nouvelle et originale de la part d’organisations empêtrées dans la démagogie et le manichéisme ? De plus en plus nombreux sont ceux qui pensent que la transformation de la société ne passe pas par l’adhésion à un parti, le militantisme pur et dur, l’obéissance à des mots d’ordre et des slogans, bien souvent réducteurs.

Face à un capitalisme « en crise permanente » et un marxisme « instrument de tous les pouvoirs », l’écologie sociale et libertaire peut-être une alternative crédible. Notre vision de l’écologie n’a pas grand-chose à voir avec celle véhiculée par les Bayou, Jadot et consorts. La période actuelle de remise en question des idéologies nous réjouit et ouvre des perspectives. C’est l’occasion de penser et mettre en pratique une société du possible, à la fois lieu d’expérimentation et d’exercice de la liberté.

Alors, d’après Bayou, quand on a plus de soixante ans, on vote et pas pour  l’écologie. Quand on est jeune, on vote forcément pour EELV ? Sauf que ce n’est pas la réalité. Les jeunes de 25 à 34 ans sont de plus en plus tentés par l’extrême droite d’après de récents sondages sérieux. Et les moins de 25 ans se réfugient dans l’abstention, parfois une abstention active. La délégation de pouvoir a fait son temps mais Bayou ressort les vieilles recettes lors des joutes électorales. Une chose est certaine, nous ne transformerons pas la société sans nous transformer nous-mêmes et nous ne nous transformerons pas sans nous connaître.

Nous laisserons méditer Bayou sur les paroles d’un ancien chanteur anarchiste, Georges Brassens :

Le temps ne fait rien à l’affaire,

Quand on est con, on est con.

Qu’on ait vingt ans, qu’on soit grand-père,

Quand on est con, on est con.

Entre vous, plus de controverses,

Cons caducs ou cons débutants,

Petits cons d’ la dernière averse,

Vieux cons des neiges d’antan.

Petits cons d’ la dernière averse,

Vieux cons des neiges d’antan.

Salutations libertaires

Patoche (Groupe libertaire Jules Durand)

 

 

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