
A chaque parti son université d’été où les appels à l’unité contredisent les faits puisque chaque écurie politique a déjà placé ses pions sur l’échiquier électoral, sans compter ceux et celles qui vont bientôt postuler à la présidentielle. Une vraie bataille de coqs à défaut de petits chevaux.
Mais que viennent faire ces libertaires qui appellent d’ores et déjà à voter pour Mélenchon au premier tour de la présidentielle ? Il faudrait battre à tout prix l’extrême-droite. Soit, mais pour nous le problème n’est pas de savoir qui est le mieux placé pour battre Marine Le Pen mais comment endiguer cette montée de l’extrême-droite. Comment faire pour lutter contre les idées nauséabondes de racisme ? Comment redonner des couleurs à l’humanisme libertaire ? Comment regagner la bataille culturelle contre l’extrême droite et les identitaires ? Comment faire gagner la lutte des classes contre des projets anti-ouvriers ? Bref comment faire reculer les réactionnaires. Etc. Parce qu’il ne suffit pas de dénoncer les dangers de l’extrême-droite à propos des libertés syndicales, démocratiques…de la liberté d’expression…La dénonciation jusqu’à présent n’a pas servi à grand-chose. Les anarchistes synthésistes n’ont pas de recette magique mais les autres non plus.
A entendre les Mélenchonnistes, il suffirait de voter pour eux pour que la magie opère et que les idées véhiculées par l’extrême-droite s’estompent puis disparaissent comme par enchantement. D’ailleurs Macron nous a fait le coup, du moins pour ceux et celles qui se sont laissé attitrer par les sirènes d’un pseudo bloc central. Et avec lui, on n’entendrait plus parler de Madame Le Pen. On sait maintenant que c’était une fiction. Et de nombreux électeurs sont même prêts à donner leurs voix, en 2027, à une personnalité politique condamnée par la justice.
Alors, nous devrions voter pour Mélenchon mais sans lui donner un blanc-seing. C’est le même rata qu’on nous sert à chaque joute électorale. Pour le résultat que l’on connaît aujourd’hui. Et puis, ça ne ferait pas mal au poignet de mettre un bulletin dans une urne ; on peut même se pincer le nez en votant. Et puis on attendrait l’élu au tournant…comme si les électeurs n’avaient jamais été grugés. Comme si les prétendants, une fois au pouvoir, tenaient leurs promesses. Où a-t-on vu jouer un pareil film ?
Nous conseillons aux libertaires qui veulent voter de monter un énième parti gauchiste qui ferait de la propagande pour les idées libertaires puis appellerait à l’unité (tactique et théorique ?) et à voter pour le candidat le moins pire. C’est une option d’ailleurs qui avait été choisie par la Fédération Communiste Libertaire qui en décembre 1955 décida de présenter des « candidats révolutionnaires » aux Élections législatives françaises de 1956. Leur ambition était de se servir de ces élections comme d’une tribune. Décision piteuse. Les résultats obtenus furent dérisoires notamment dans le treizième arrondissement à Paris.
De nombreux textes théoriques, de Malatesta à Colombo Eduardo, ont étrillé le système électoral et indiqué pourquoi les anarchistes ne votaient pas, ne participaient pas aux processus électoraux. Nous restons sur cette position, non par purisme mais parce que l’histoire nous a montré qu’après chaque élection le peuple était trahi. Que le principe de la délégation de pouvoir permet à des gens élus de faire ce qu’ils veulent ; que donner sa voix, c’est perdre la parole.
Certains nous disent, et après « élections piège à cons », qu’est-ce que vous faites ? On continue à vivre le plus dignement possible. On continue à militer syndicalement pour certains, à militer dans des associations pour d’autres, à créer des alternatives à petites échelles. Cela ne renverse pas la table mais pas moins que les militants qui ont participé à des campagnes électorales.
Micka (GLJD)
Les parlementaires et autres régimes autoritaires reproduisent systématiquement l’oppression engendrée par le pouvoir politique, un pouvoir déconnecté de la communauté.
Que dénonçons-nous aujourd’hui ?
Des militants qui dénoncent la hiérarchie qui n’est pas une forme d’oppression ; elle est l’oppression même, qui se manifeste ensuite à travers le sexe/genre, l’appartenance ethnique, la classe sociale, etc.
L’anarchisme s’oppose à toutes les hiérarchies, à tout pouvoir politique – cette relation figée entre deux ou plusieurs personnes où l’une détient l’autorité de commander et les autres se contentent d’obéir, plus ou moins volontairement. Par conséquent, seul l’anarchisme, au sens le plus large, au-delà de toute bannière ou mouvement spécifique, peut se renforcer en s’unissant sans diluer les différents axes d’oppression. Les anarchistes ne proposent pas que les individus se soumettent à une quelconque forme d’oppression, légitime ou non, à une hiérarchie où leurs idées ne seraient pas considérées comme égales à celles des autres. Aucune institution ne devrait priver les individus de leur droit fondamental à décider par eux-mêmes, à évoluer en harmonie avec autrui.
Dans la proposition révolutionnaire anarchiste, l’individu ne perd pas sa réelle possibilité de construire l’ordre social aux côtés d’autrui. Il existe de nombreuses manières d’y parvenir, et toutes consistent à s’organiser, à s’auto-organiser et à parvenir à des accords avec les autres – à s’organiser de la base au sommet, comme on l’a si souvent répété. Et non pas au sein d’une unique et chaotique assemblée géante, comme le prétendent les autoritaires. Il ne s’agit donc pas de mouvements sociaux servant de tremplin néfaste vers des mouvements politiques. Il s’agit de donner aux mouvements sociaux les moyens d’être anarchistes, quel que soit leur nom, de décider par eux-mêmes, de s’approprier leur territoire et d’être prêts à faire appliquer leurs décisions. Autrement dit, de refuser toute hiérarchie ; c’est reconnaître l’idée la plus radicale et la plus puissante de la multitude : l’égalité.
Le problème des autorités, c’est l’autorité elle-même. La structure des régimes autoritaires reproduit la hiérarchie ; s’ils proposent des assemblées, c’est uniquement pour la base – en l’occurrence, la base d’une pyramide avec un dirigeant au sommet. Les intentions n’ont rien à voir là-dedans ; cette personne pourrait être la plus bienveillante, mais la hiérarchie se perpétuera, entraînant la perte du principe fondateur de la communauté.
Nous devons renoncer à la fragmentation sans pour autant prôner une homogénéité étatique, et seul l’anarchisme, mouvement de résistance par excellence, est capable d’y parvenir grâce à son approche anti-hiérarchique et anti-autoritaire. Cela ne signifie pas que des rapports d’oppression informels ne surgiront pas et ne ressurgiront pas au sein des structures sociales, y compris anarchistes, mais nous pouvons les combattre plus efficacement en les rejetant totalement et en adhérant à un principe anti-autoritaire explicite de vigilance permanente. Nous ne pouvons plus être anticolonialistes, anti-impérialistes, anti-sexistes et antiracistes tout en cherchant, en fin de compte, à maintenir certains groupes au-dessus des autres, à reproduire le pouvoir politique – c’est-à-dire à exproprier les communautés de leur droit à disposer d’elles-mêmes.
Il ne s’agit donc pas de débattre de l’oppression la plus importante ou la plus déterminante ; l’oppression est bien présente, même si elle est invisible. Il ne s’agit pas d’intégrer les différents axes dans un « programme politique commun », mais plutôt de les inscrire dans une vision globale qui s’oppose à toutes les hiérarchies, sans en dissimuler les traces, sans subsumer une oppression sous une autre, mais en les intégrant à une vision qui développe le potentiel humain, tant individuel que collectif.
Liberté et anarchie ne signifient pas l’absence de conflit, mais plutôt des modes de résolution des conflits anti-autoritaires et collectifs, guidés par l’idéal social d’égalité et de liberté. Ces conflits englobent aussi bien les formes anciennes que les formes nouvelles. La gauche prétend vouloir mettre fin à l’oppression tout en maintenant intact le principe de hiérarchie – autrement dit, une certaine oppression « juste ».
Nous ne sommes pas contre la force, et encore moins contre la capacité des communautés à se défendre ; nous sommes contre l’oppression, le pouvoir politique, la société hiérarchisée elle-même. Inutile de débattre de la supériorité d’une oppression sur l’autre. Les différents axes d’oppression nous aident à comprendre comment l’oppression, les oppressions, se matérialisent, que nous en soyons conscients ou non. Nous ne devons ni les nier ni les dissimuler : ce sont nos outils pour devenir plus forts, plus libres.
Toujours contre toute oppression.
Marisol Boulé