Lyhanna : plus jamais ça !

Quelle horreur que cette petite collégienne de onze ans assassinée. Notre pensée première va à la famille endeuillée de Lyhanna. Nos condoléances, notre compassion…mais il n’y a pas suffisamment de mots pour décrire la douleur des parents et des proches. Au-delà de la négation de la parole des femmes, des enfants, c’est d’une tragédie dont il s’agit mais c’est aussi la faillite d’un système. L’émotion a parcouru le pays à juste titre, bien au-delà de Fleurance. Que dire du meurtre d’une enfant qui avait toute la vie devant elle ? Victime d’un prédateur ; victime d’une défaillance d’un système qui devra cependant rendre des comptes car l’opinion publique est remontée après la justice, ses manquements, sa lenteur…et les gendarmes vont aussi se trouver dans la tourmente. Du côté du commun des mortels, c’est une certaine incompréhension qui règne : comment a-t-on pu en arriver là ? Chacun a sa réponse et propose sa solution pour le meilleur et pour le pire. Les solutions « radicales » sortent spontanément. Aux caisses des supermarchés, au Havre, des caissières et des clients y vont de leur couplet : « il faut rétablir la peine de mort pour le coupable. Non, dit l’autre, ce serait trop facile, il partirait trop vite. Il faut le faire souffrir et lui faire ce qu’il a fait à la petite… ». C’est sûr que les gens sont en colère et cette dernière n’est pas prête de s’apaiser. Dans le bus, ce sont les mêmes propos qui prédominent : il faut le rétablissement de la peine de mort pour les tueurs d’enfant. Sur le marché, les gens ne parlent que du drame. Lyhanna par ci, Lyhanna par là.

Une maman pleurait. Mais pourquoi tu pleures, tu ne connais pas Lyhanna. Et alors ? J’ai des enfants, je ne peux pas imaginer comment je serai si ça m’arrivait. De l’émotion non feinte était palpable un peu partout. C’est un drame national qui a touché la plupart des gens. Une belle unanimité dans la douleur. Pauvre petite. Pauvres parents.

Du coup, Darmanin et les autres membres du gouvernement sentent le vent du boulet. Il va leur falloir tenir jusqu’aux vacances scolaires…Darmanin demande que les procureurs reprennent d’ici le 14 juillet, les 70 000 dossiers de plaintes qui touchent les enfants.

Soixante-dix mille ! Un chiffre astronomique. Et encore, il doit y en avoir bien d’autres non répertoriés car de nombreux parents préfèrent passer à autre chose et n’osent pas porter plainte pour diverses raisons. Par peur de ne pas être crus; dans le but aussi de protéger leur enfant…pour lui faire oublier et ne pas en rajouter…Mais que révèle ce chiffre étourdissant ? Très certainement que de nombreux hommes ont des problèmes de quéquette. Les viols, les incestes (1), les agressions sexuelles, la pédophilie… sont essentiellement le fait d’hommes contre des enfants ou des femmes.

L’éducation des enfants doit être revue. Les prédateurs, à défaut d’être soignés, doivent être neutralisés. Il faut dénoncer les ressorts du patriarcat.

On ne doute pas que les politiciens, sans tenir compte des vœux des parents, vont essayer d’instrumentaliser le meurtre de Lyhanna. Les partisans de la peine de mort vont s’en donner à cœur joie, notamment à l’extrême-droite, mais pas qu’eux. Certains à gauche demandent la démission de Darmanin. Certaines élites vont être remises en cause et ce sentiment ou plutôt ressentiment va aller dans le sens du poil des populistes qui vont utiliser l’émoi suscité par l’horreur des faits pour avancer leurs solutions « yaka », simplistes, complotistes et nauséabondes.

Parallèlement, des militantes contre les violences faites aux enfants se mobilisent pour rendre hommage à Lyhanna, dénoncer et repenser la réponse pénale à apporter dans les cas de viols… La militante Andréa Bescond a été arrêtée pour outrage et rébellion lundi lors d’une manifestation place Vendôme puis libérée le lendemain. La justice a plutôt intérêt à se faire petite ces temps-ci.

Ce qui inquiète, ce sont les récupérations politiciennes qui vont se produire alors que les crimes sexuels méritent une attention des plus sérieuses. Les masculinistes n’ont-ils pas une part de responsabilité dans les violences qui sont réservées aux femmes ? L’administration n’a-t-elle aucune responsabilité dans l’embauche de pédophiles dans le péri-scolaire et le milieu éducatif dans son ensemble ? Les attaques réactionnaires, les manques de financement récurrents pour la santé, l’éducation et la justice n’ont-ils aucune incidence sur le fonctionnement de la société, le fonctionnement de la chaîne pénale ? Les réactionnaires vont essayer de s’engouffrer dans la brèche : faire comme aux Etats-Unis et mettre la justice sous tutelle.

Quoi qu’il en soit, les libertaires seront toujours du côté des victimes, notamment les enfants. Il nous faut revoir les rapports de pouvoir et de domination.

Micka (GLJD)

(1) Claude Lévi-Strauss et beaucoup d’anthropologues ont ainsi fait de l’interdit de l’inceste une loi socio-culturelle censée régir l’ensemble des sociétés humaines. Pourtant, il existe des situations, par ailleurs socialement acceptées, où cet interdit est plus lâche, notamment envers les mariages entre frères et sœurs. Surtout, si les sociétés interdisent en droit l’inceste, cela n’empêche pas qu’il est de fait très fréquent dans le secret familial, au point que l’on pourrait dire que la pratique de l’inceste est certes interdite, mais pourtant ordinaire, et qui se satisfait de la dissimulation. Dès lors qu’on s’essaie à élaborer des lois socio-culturelles, on se heurte nécessairement à de grandes difficultés, qui peuvent avoir des enjeux encore plus immenses. Claude Lévi-Strauss n’a-t-il pas, bien involontairement, contribué au tabou de l’inceste, ou plutôt contribué au silence des victimes d’inceste ? (Vignet Julien- L’émergence du Léviathan – P. 76, Editions Noir et Rouge – Mars 2026)