Gilets jaunes Le Havre: Anticapitalistes toujours ! Vive la liberté de manifester !

rojoynegro267.qxd

Depuis 1995, le mouvement ouvrier n’a plus gagné une grande victoire sociale. De recul en recul, les travailleurs deviennent toujours plus pauvres et de plus en plus méprisés par le pouvoir, qu’il soit de droite ou de gauche. Jusqu’au mouvement des gilets jaunes, la question sociale était donc la grande oubliée même si elle était soulevée dans les rangs militants, notamment syndicalistes. Elle était remplacée par des débats sociétaux menés par des intellectuels en mal de reconnaissance ou par des personnes directement impactées par l’ostracisme d’une opinion publique peu encline à sortir des préjugés. Les politiciens se gargarisent de  progressisme en opposition aux réactionnaires mais ce type de problématique est un dérivatif qui permet aux classes dominantes de toujours exploiter l’ensemble des travailleurs sans répondre à leurs soucis matériels.  En cela, Macron peut se vanter d’être progressiste.  Mais il ne répond aucunement aux demandes de justice fiscale et de justice sociale. Il laisse de côté comme ses prédécesseurs les problèmes  alimentaires , les fins de mois difficiles pour le plus grand bien et intérêt du grand patronat, toujours plus avide de profits sur le dos des salariés.

Le catalogue de « réformes » cosmétiques du gouvernement Philippe n’a aucunement esquissé la moindre approche salariale et de pouvoir d’achat. Une année et demie de réformes pour donner aux plus riches et faire payer les travailleurs pauvres et les retraités.

Mais le progressisme a ses limites. On a tous en mémoire la volonté du pouvoir d’humilier les jeunes (cf la manière dont la police a traité les lycéens de Mantes la Jolie au moment où le parlement « En Marche » interdisait la fessée. On a tous pu constater ce que valait le féminisme de la ministre Shiappa, fille d’un militant trotskyste lambertiste, définitivement silencieuse devant les femmes en gilets jaunes qui ont pris cher lors des manifestations. Maintenant, tout le monde déteste la police et l’on sait pratiquement pourquoi. Elle blesse, elle mutile…Elle est même armée maintenant de fusils d’assaut semi-automatiques, armes létales…

La bourgeoisie a raté son scénario de la fin de l’histoire où la lutte des classes était remisée au placard. Elle se donnait le beau rôle, celui de remplacer l’affrontement classe contre classe par celui du progressisme mais la rue a changé la donne et s’est invitée dans un débat où elle pose des questions et émet des revendications.

Dès le 17 novembre, nombre d’observateurs, repris en boucle par des militants cégétistes ou politiques, ont dénoncé un mouvement à tendance fasciste. Ces derniers passeront pour les imbéciles de service  au regard du mouvement des gilets jaunes aujourd’hui où l’on retrouve des militants de toutes tendances dedans. D’ailleurs samedi dernier, à Paris, des abrutis criant « Dieudonné, président » et tenant des propos antisémites ont été remis à leur place par des gilets jaunes.

En imposant de manifester de façon originale, où et quand ils veulent, sans déposer ni autorisation, ni parcours et sans nommer de chefs, sans drapeaux d’organisation, les manifestants ont prouvé qu’ils n’entendaient pas être récupérés. En ayant parlé de pouvoir d’achat qui baisse d’année en année, de misère qui amène la colère, les gilets jaunes ont remis les problèmes financiers et des injustices sur le devant de la scène. Ils ont réussi, là où les syndicats avaient échoué et l’on ne parle pas des partis politiques à la ramasse et à la remorque, toujours prêts à pérorer avec de belles formules pour rester dans l’histoire et l’actualité.

Le premier samedi de décembre a marqué un autre tournant, par son caractère semi-insurrectionnel. L’extrême-gauche rejoignit le mouvement. Cette évolution confirmait la dynamique  qui allait suivre. Et comme toute dynamique et mouvement en cours, personne ne peut prédire ce qu’il va advenir.

La révolte continuera-t-elle à rester majoritairement auto-organisée ? Majoritairement car nous savons que certains essaieront de torpiller le mouvement ou de le récupérer à des fins personnelles ou partidaires.

Auto-organisée autour d’une référence qui est la Révolution Française. Nous en profitons pour faire de la publicité pour le livre de Pierre Kropotkine « La Grande Révolution » qui permet de se remémorer cette période.

Nouvelles journées insurrectionnelles, marches convergentes vers Paris, la jacobine? Autres méthodes de lutte ?

Macron va jouer sur deux tableaux : la répression des manifestations et la reprise en main de l’opinion via le grand débat organisé et truqué dès le départ. Il a donné satisfaction aux revendications salariales dans la police pour mieux les amadouer et donner du grain à moudre à leurs syndicats. Mais cette gratification financière de la police va faire naître des  mécontents, surtout dans la fonction publique dont l’enseignement et ses stylos rouges et la justice qui revendique des moyens.  Cette configuration est potentiellement explosive car bon nombre de salariés n’en peuvent plus, notamment dans le secteur de la santé (urgences, psychiatrie, Ehpad…). Allons-nous vers des convulsions politiques ? Nous le souhaitons pour qu’il y ait un véritable changement en faveur des travailleurs et des chômeurs mais nous connaissons les facultés du système à retomber sur ses jambes tels les acrobates et ses capacités à s’adapter aux situations de crise.

On accable les gilets jaunes de tous les maux. Ils seraient responsables de la perte de milliers d’emplois…Mais les gilets jaunes sont-ils responsables de la fermeture de l’usine Ford à Bordeaux, des pertes d’emplois dans les usines métallurgiques, de la désindustrialisation en France, des futures pertes d’emplois dues à l’automatisation et la numérisation…Non, ce n’est pas sérieux ; c’est de la culpabilisation d’un mouvement, à bon marché. Les libertaires prendront leurs responsabilités et seront aux côtés des gilets jaunes, ne serait-ce que pour indiquer que le mouvement n’est pas aux mains de l’extrême-droite, ce qui est un raccourci bien utile aux tenants du pouvoir et aux militants de clavier qui se dispensent ainsi de tout effort de participation à une lutte originale.

Riton (Groupe libertaire Jules Durand)

 

La police veut-elle mettre de l’huile sur le feu au Havre ?

 

Lors de la manifestation du samedi 13 janvier 2019, quelques galets ont volé en direction de policiers en ligne près de la digue, à la plage. Les lacrymos ont alors plu comme à Gravelotte. La majorité des manifestants est partie de l’esplanade mais 22 personnes ont été interpellées. Dix-huit d’entre-elles ont été appréhendées sous le chef d’inculpation suivant: « participation à un attroupement armé ». La justice nous dira si  les  galets de la plage peuvent être considérés comme armes, ou plutôt arme par destination. Sous les galets, la plage. On entendra parler  de « violences volontaires », de rébellion… Ces personnes devront répondre de ces faits au Tribunal. Peut-être que l’avocat de la défense mettre en parallèle les violences policières car en France, les dizaines de mutilés se comptent plutôt du côté des manifestants. Les armes sont plutôt tenues par les policiers et les gendarmes…

Dimanche 13 janvier, aux Huit-Fermes, lieu habituel de blocage des Gilets jaunes à Gonfreville l’Orcher, près du Havre, des policiers ont contrôlé les identités de ceux qui tenaient ce rond-point car ils avaient vu l’acronyme A.C.A.B. sur un totem érigé sur ledit  rond-point. ACAB – All cops are bastards – est  historiquement une insulte envers la police. Mais ACAB peut avoir une autre signification : L’acronyme ACAB est aussi utilisé par certains militants anticapitalistes qui ont repris la dénomination originelle pour la transformer en un slogan revendicateur et clair : « All Capitalists Are Bastards ». Le totem mesurait deux mètres de large  avec des lettres hautes de 60 centimètres…Et en période de conflit social, c’est un peu normal que les gens soient anticapitalistes.

Plus tard dans la nuit, vers minuit 20, les trois hommes âgés d’une trentaine d’années ont été arrêtés et mis en garde à vue pour « outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique ». Il n’est pas établi qu’ils soient liés à la construction du « totem », mais leur présence suffit « à les associer à ce qui est écrit »… Le totem a été détruit et les trois gilets jaunes  seront convoqués, en août 2019, au tribunal correctionnel du Havre. Que dire sinon qu’à ce jeu-là, la police ne va pas en sortir grandie.

La répression s’abat durement sur le mouvement des gilets jaunes. Gageons que par provocation, l’acronyme ACAB va partout fleurir au Havre et même partout en France, en signe de solidarité.

Anticapitaliste toujours ! Vive la liberté de manifester !

Gavroche (GLJD)