Coronavirus et religions

Yeux ouverts

L’Amérique latine mais aussi l’Italie, l’Espagne et la fille aînée de l’église, notre belle France… sont des pays  dont la croyance au catholicisme perdure. C’est quelque chose que tous ceux et celles qui vivent dans ces pays peuvent constater sans trop d’efforts.

Il y a ceux qui ne croient qu’aux limites de la peur inculquées depuis l’enfance; ceux qui vont à la messe par habitude, et même ceux qui ont une croyance sincère.

Il y a ceux qui pensent faire le bien en répandant la parole contenue dans la Bible, même si c’est une parole de haine.

Il y a ceux qui pensent aussi que la religion peut changer le monde, qu’il peut y avoir une relation entre la religion et une lutte révolutionnaire.

Ce qui est dommageable pour toute idée de Révolution qui souhaite libérer l’homme de tout dogmatisme.

L’un répand la parole de Dieu par ignorance; le second, qui devrait être une personne plus conscientisée, la propage par peur, par folie ou par ignorance encore plus élevée que celle du croyant.

«La religion a fondé l’État», dit Bakounine dans ses «Écrits de philosophie politique».

En effet, sur l’ignorance du peuple des croyances ont été érigées, et celles-ci ont à leur tour fondé et justifié en ce moment les privilèges de la bourgeoisie.

Pour exercer sa fonction d’exploiteur, l’État exige avant tout une soumission complète du peuple. La soumission se fait soit par les armes soit par la faim.

Cependant ces deux dernières formes risquent de briser la patience des gens et d’apparaître des soulèvements.

Quelle meilleure façon alors d’obtenir la soumission du peuple que celle imposée depuis l’enfance, celle qui enseigne que c’est un monde de souffrances, mais que tout sera récompensé dans un futur paradis? Quelle méthode plus efficace que celle qui déconseille aux coups des puissants d’opposer une résistance révolutionnaire, mais de démissionner, de prier et de tendre l’autre joue en espérant ne plus être battu?

Ceux qui proclament l’existence d’un être supérieur proclament de la même manière l’existence d’êtres inférieurs.

Parce que s’il y a un haut, il y a un bas; et si Dieu est tout, l’être humain n’est rien; si Dieu est le salut, nous devons nous agenouiller pour mériter le pardon. De même, ou nous ne sommes pas libres et Dieu tout- puissant est responsable du mal. Ou nous sommes libres et responsables mais Dieu n’est pas tout-puissant (Albert Camus : Le mythe de Sisyphe).

Jésus-Christ, dit-on, proclamait l’égalité, la fraternité et la justice, et c’est ce qui doit être propagé, que ce soit de manière chrétienne ou révolutionnaire.

Mais nous avons demandé: de quel genre d’égalité, de fraternité et de justice parlait ce personnage?

Ils disent l’égalité. L’égalité mais dans « les limites et l’obéissance en son Dieu ». Si votre Dieu est le maître, nous autres sommes esclaves. Dieu est le patron et les autres ne devraient qu’obéir. Par conséquent, en proclamant l’égalité, cela ne signifie pas que nous sommes tous des esclaves «également». Ce n’est pas autre chose que tous obéissent également. Ni rébellion ni justice, esclaves pareillement. Et si leur Dieu nous veut de cette manière «égalitaire», les gouvernements proclament à leur tour «l’égalité devant la loi». Ayant fondé la religion à l’État, le parallélisme entre l’un et l’autre ne pouvait qu’être semblable à un degré aussi étendu.

Fraternité, disent-ils, quand ils promettent le paradis pour après la mort et la résignation dans la vie. En d’autres termes, ne pas s’organiser, et si cela se fait de manière « fraternelle » qu’ils soient fascistes, communistes autoritaires ou socialistes, peu importe, nous devons être « fraternels »; en d’autres termes, pas de révolution sociale, pas de guerre de classe … la réforme et la seule réforme est ce qui peut résulter d’une telle façon de comprendre l’organisation, et de cette façon le peuple est de nouveau dupe des esclaves restants d’une petite minorité d’ exploiteurs. Ni guerre entre classes, ni révolution sociale, ils ne revendiquent que passivité et impuissance face aux injustices sociales. «Liberté et ne pas expliquer les causes du malheur des gens », comme ils le proclament parfois, ne signifie rien d’autre que l’acceptation passive des conditions actuelles. A cette devise nous opposons cet autre: « La liberté, mais par la révolution sociale ».

Justice, disent-ils. Et tandis que la justice est proclamée, ils proposent précisément que l’être humain s’agenouille devant un être inexistant dont la croyance vient précisément de l’organe le plus injuste: l’État.

À toutes ces choses, camarades, l’anarchisme doit faire la guerre.

Dans les pays dits catholiques, où l’Église se mêle ouvertement des affaires politiques pour manipuler les débats; où précisément la croyance au Dieu chrétien-catholique a été imposée par la torture, le sang et le feu; où l’Église a souvent été aux côtés des assassins (de la colonisation de l’Amérique centrale, du Pérou…de la Croisade contre les Albigeois puis contre « les Infidèles musulmans », où la religion soumet les pauvres aux injustices du capitalisme (les Protestants ne sont pas en reste); leur morale religieuse se trouve toujours du côté du manche. Aux Etats-Unis, nous avons atteint le point où le créationnisme est enseigné dans certaines écoles de certains Etats.  Le crétin Trump, soutenu politiquement par les évangéliques, a indiqué sur CNN (reprenant Fox news) que l’épisode viral du Covid 19 serait balayé par le vent d’ici au dimanche de Pâques, le 12 avril 2020, en espérant que les églises soient pleines pour célébrer la résurrection du Christ, ce fantasme pascal. Que dire de cette bêtise ! Tandis que plusieurs pasteurs américains (Rodney Howard-Browne, Tony Spell…) bravent les interdictions de rassemblement en organisant des messes (29 et 31 mars 2020 en pleine pandémie) sous couvert qu’ils détiennent un mandat de Dieu pour se réunir. Un mandat très certainement impératif mais non révocable. Au Brésil, l’ex-astrologue Olavo de Carvaho, qui soupçonne le Terre d’être plate, conseille Bolsonaro, lui aussi aidé par les Evangéliques pour accéder au pouvoir. Silas Malafaia, chef d’une des plus grandes églises évangéliques du pays, galvanise ses fidèles et les exhorte à ne pas céder à la névrose et la psychose: « Notre église va garder ses portes ouvertes…Nous croyons que Dieu a le contrôle de toute chose. Nous croyons au pouvoir de la prière. C’est notre arme ! ». Tu m’en diras tant. Evangéliques français aussi qui en chantant leurs cantiques en se tenant la main ont permis au Coronavirus de se propager en France et en Guyane après leur grand rassemblement de Mulhouse, fin février 2020. Merci les évangéliques.

Compagnons anarchistes, il est indispensable que l’influence des religions soit combattue avec toutes les forces nécessaires. Nous en avons autant au service de l’Islam.

Nous proclamons la mort de l’idée du Dieu chrétien, juif ou de tout autre Dieu. Nous affirmons l’indépendance de l’être humain vis-à-vis de toutes sortes de créateurs extra-terrestres de destins.

Plus d’esclaves soumis. Plus d’irrationalisme. Plus de tiédeur chrétienne, musulmane… Plus d’églises. Plus de mosquées, de temples…Plus de couvents ni de théologie, pas même la soi-disant « théologie de la libération ».

La révolution que proclament les anarchistes donnera à tous la plus grande liberté de croire en ce qu’ils préfèrent, c’est vrai.

Mais scientifique et rationnelle, l’éducation doit démolir les croyances absurdes du créationnisme, de Dieu et de toute idée fondée sur l’irrationalité. Nous sommes rationalistes donc athées.

La religion ne s’adresse pas à l’esprit, mais au cœur. Par conséquent, malgré les milliers de preuves qui réfutent l’existence de leur Dieu, les croyants continuent d’exister. Ils ne croient pas en vérifiant les choses, mais par sentimentalité.

Mais la science hétérodoxe, implacable dans ses démonstrations, doit définitivement remplacer le culte religieux, car comme Nietzsche le dit à juste titre: «Rien n’est plus nécessaire que la vérité et, par rapport à elle, tout le reste n’a qu’une seconde valeur d’ordre.  »

Ainsi, les Églises doivent devenir des entrepôts, des théâtres ou des écoles … mais plus des centres d’ignorance où nos enfants sont éduqués dans l’irrationnel, dans l’absurde.

La morale religieuse est la morale des lâches, du soumis, de l’injustice et de l’inégalité.

Nous devons nous battre pour que, lorsque le peuple se lèvera, les prêtres ne puissent pas les esquiver. Cette éthique religieuse s’oppose à l’éthique humaine, juste et rationnelle.

Puissent nos enfants ne pas grandir davantage par la croyance en Dieu.

Nous devons laisser la soumission à ceux qui ont toujours peur d’aller plus loin, à ceux qui cherchent à concilier ce qui est comme le mariage de la carpe et du lapin.

S’ensuit-il que nous rejetons l’humanisme?

Bien sûr que non. L’humanisme serait-il d’essence divine ?

L’humanisme que les croyants comprennent est un humanisme absurde, celui qui fond dans la tendresse envers les fascistes et la police : « Parce qu’ils sont aussi humains », cet humanisme chrétien ou musulman et conformiste qui ne mène qu’à l’absurde, aux contradictions et à la perte de dignité et rébellion. Cette sentimentalité absurde qui convient si bien aux intérêts des exploiteurs et fait tellement de tort à la liberté.

L’humanisme que nous désirons est un humanisme différent, un humanisme libertaire aurait dit Gaston Leval. Nous désirons la fraternité universelle de tous les êtres humains sans distinction d’âge, de sexe ou de couleur de peau. Mais nous comprenons parfaitement que pour que cela se produise, il est essentiel que le peuple cesse d’être soumis, silencieux et résigné. En d’autres termes, le peuple doit être rebelle, révolutionnaire, digne et juste. Entreprendre la lutte à mort contre tous les types de gouvernement, contre le capitalisme et surtout contre cette idée infâme qui l’a aveuglé depuis si longtemps: la religion. Faire de la lutte areligieuse, une lutte sans ambiguïté, rebelle, révolutionnaire, athée, anarchiste, digne, juste, radicale et fraternelle entre les exploités.

Ces termes sont incompatibles avec la religion et la croyance en toutes sortes de Dieu.

C’est pourquoi nous proclamons qu’en parallèle à la lutte contre le capitalisme, nous devons sans pitié abattre cette croyance infâme appelée religion.

Pour être physiquement libre, nous devons également être mentalement libres et vice versa.

Revendiquer la liberté économique et sociale, mais pas la liberté mentale, équivaut à ne rien revendiquer.

« Eh bien, en fait et en droit », dit Sébastien Faure, « l’anarchisme est antireligieux, anticapitaliste – le capitalisme est la phase historiquement contemporaine de la propriété – et antistatique. Faites face à la triple lutte contre l’autorité. Il n’épargne ses coups ni à l’État, ni à la propriété, ni à la religion. Il veut supprimer les trois, ensemble. »

L’humanisme, oui, mais un humanisme digne, juste et anarchiste. Humanisme non soumis et lâche.

Ti Wi (GLJD)

 

PS : concernant le Covid 19, nous connaissons bien la rhétorique religieuse : c’est Dieu qui nous met à l’épreuve. On va s’en sortir grâce à nos prières. Même les bouddhistes français s’y mettent. Le frère de Tariq Ramadan indique que la cause du Coronavirus provient de l’adultère et de la fornication. Nous constatons que les fréristes ont un rapport au sexe bien étonnant. Le châtiment de Dieu. On a échappé de peu à Sodome et Gomorrhe.  A l’heure de nos connaissances médicales et scientifiques, les religions sont-elles bien sérieuses ?