
Ministère de l’Intérieur
Section de la Sûreté Générale
Cabinet du directeur (Secret)
« Le ministre de l’Intérieur à Messieurs les Préfets :
J’ai l’honneur d’appeler votre attention sur le développement d’une campagne entreprise en faveur des « objecteurs de conscience » et tendant à encourager le refus du devoir militaire pour des raisons d’apparence morale.
Ce mouvement affecte les milieux les plus divers au point de vue confessionnel et professionnel, notamment :
- Les milieux libertaires ;
- Certaines églises ou associations protestantes qui estiment que la loi de l’évangile est incompatible avec la loi militaire (Quakers) ;
- Certains groupements catholiques, qui réprouvent le nationalisme « fauteur de guerre » et contraire à l’esprit chrétien (conférences faites en décembre 1932 à l’Institut Pie XI des Volontaires du Pape) ;
- Les associations pacifistes telles la Ligue Internationale des Combattants de la Paix, la Ligue internationale des Jeunes contre la Guerre, la Ligue populaire des Résistants à la Guerre, l’Ordre international des Bons Templiers, etc., qui estiment que le refus de porter les armes est le moyen le plus efficace d’éviter la guerre ;
- Des fonctionnaires appartenant à l’Instruction publique, aux Finances, aux P.T.T. et qui ont ouvertement manifesté leur sympathie aux « objecteurs de conscience » récemment condamnés ;
- Des journaux à nuances diverses : L’Aube (Catholique), Le Semeur (anarchiste), La Volonté, La Patrie Humaine, Le Barrage, Voilà (pacifistes).
M. le ministre de la Guerre, en me transmettant ces renseignements, me signale la gravité des effets qu’une pareille propagande a produit chez de jeunes soldats, des réservistes et même des officiers de réserve.
Plusieurs ont déjà été condamnés par les tribunaux militaires. Au cours de leur détention ou à la suite de leur condamnation, des témoignages de sympathie leur ont été adressés de divers milieux et de pays différents.
Ce mouvement en faveur de l’objection de conscience, écrit le ministre de la Guerre, risque de prendre une certaine extension, si des mesures ne sont pas prises en vue de montrer au pays le danger qu’il présente et de mettre en garde contre ses conséquences ceux qui seraient tentés d’y adhérer, soit par conviction, soit par intérêt personnel, soit par lâcheté.
Je vous communique les instructions transmises par M. Daladier aux généraux, commandants de régions.
Je vous serais obligé de vous mettre en rapport avec les représentants de l’autorité militaire dans votre département et de poursuivre activement, en étroite collaboration avec eux et toutes les fois que l’occasion vous en sera donnée, la lutte contre cette dangereuse propagande.
Vous voudrez bien m’accuser réception de la présente circulaire, me tenir au courant des dispositions que vous aurez prises pour son exécution et me communiquer les renseignements que vous aurez pu recueillir sur les faits qui l’ont motivée. »
C. Chautemps
Cette circulaire « secrète » avait fuité dans la presse. On la trouve in extenso dans L’Echo de Paris du Lundi 1er Mai 1933.
Elle sera reproduite dans le livre « Pacifisme et Antimilitarisme dans l’entre-deux-guerres (1919-1939) de Nicolas Faucier (Editions Spartacus de septembre 1983)