Centenaire Jules Durand (1926-2026) : la stèle

Non John Barzman, ce n’est pas la mairie dirigée par Léon Meyer, qui a décidé d’ériger une stèle au cimetière Sainte-Marie, comme vous l’affirmez page 212 de votre livre.

Ce monument a été financé par les organisations autonomes (anarcho-syndicalistes) et confédérées (socialistes) havraises. Les syndicats communistes (CGTU)  contribuent très marginalement au financement de la stèle. Ces faits sont confirmés dans des articles de Vérités d’Avril, Mai, Juin et Juillet1931, très critiques d’ailleurs envers l’attitude des communistes locaux sur cette question.

Force est de constater donc que les communistes ne sont quasiment pour rien dans le financement de la stèle de Jules Durand au regard des 8.187.fr.10 collectés.  Les syndicats autonomes sont contributeurs à hauteur de quasiment 82% du montant total récolté pour l’édification de cette stèle. Les plus gros souscripteurs étant le Syndicat autonome des ouvriers du port (2867 fr), le Syndicat autonome des ouvriers camionneurs (1200 fr) et l’Union des Syndicats autonomes du Havre (1000 fr). Les syndicats autonomes ont versé un total de 6710 francs.

Et nous allons enfoncer le clou avec un document que nous n’avions jamais utilisé jusqu’à présent. Nous conseillons aux militants qui sont intéressés par le sujet de lire le journal « Vérités » de juin 1931 qui révèle concernant le financement de la stèle «  l’attitude scandaleuse observée des communistes de notre ville en cette circonstance ».

Dans « Vérités » de juillet 1931, c’est un vieux militant voilier, Henri Coupard, qui fait un bref historique du Comité Jules Durand : « Il faut que je rappelle aux néophites unito-communards qu’en 1926 un appel fut lancé, pour constituer notre Comité, à toutes les Organisations syndicales : confédérées, autonomes, unitaires et Syndicats de fonctionnaires. De toutes les Organisations ouvrières, seul le Syndicat des Charbonniers – qui était alors indépendant et qui est aujourd’hui ultra-révolutionnaire – ne répondit pas à notre appel malgré trois démarches successives.

Les autres syndicats unitaires versèrent pendant quelque temps puis cessèrent parce que notre Comité résista aux tentatives des communistes qui cherchaient à s’emparer de sa direction.

Voici, d’ailleurs, à titre documentaire, les sommes versées par quelques-uns de ceux-ci :

Parti Communiste : A versé 25 francs en 1926.

Métallurgie : 10 francs par mois jusqu’en 1928.

Gaziers : Ont versé en tout 150 fr. Plus de versement depuis 1928.

Coiffeurs : Un versement de 10 fr en 1926.

Produits chimiques : Ont versé 5 fr par mois jusqu’au début de 1927.

Livre : Cinq versements de 5 fr en 1926.

Les autres Organisations firent un ou deux versements puis ce fut fini. Nous n’avons pas besoin de nous appesantir longtemps sur les raisons qui ont motivé cet état de choses. La baisse constante des effectifs en est aussi la cause et ce n’est pas sans une certaine rancœur que les dirigeants des Syndicats unitaires voyaient notre Comité, plus solide que jamais, demeurer debout pendant qu’eux se désagrégeaient pour tomber à zéro.

Il paraîtrait, cependant, que certaines Organisations ont versé à l’Union Locale Unitaire des sommes qui devaient être versées à la mère de Durand. Si cela est exact nous serions heureux de connaître le chemin pris par ces fonds. Ou alors, nous prions les intéressés, puisque Mme Durand n’a jamais reçu un sou de ce côté, de mettre fin à cette hypocrite comédie en exigeant les reçus des sommes versées.

Le Comité Durand tient cinq membres à la disposition des communo-unitaires pour examiner, dans une Commission mixte, les pièces comptables justifiant ces versements.

Nous savons que le Syndicat des Charbonniers, qui a dans son sein les quelques trublions qui ont découvert la sépulture de Durand en 1930, s’est aperçu l’année dernière que la mère de notre regretté camarade devait être digne d’intérêt. Aussi lui octroya-t-il généreusement le reliquat de la grève qui se montait à environ 200 francs. Je regrette que ce geste fût si tardif et regrette aussi qu’il soit resté sans lendemain. Notre Comité, lui, a toujours fait son devoir, même en des moments difficiles. »

Nous apprenons donc que les communistes havrais ont essayé de prendre le contrôle, sans succès, du Comité des Amis de Jules Durand et que leur contribution financière fut des plus réduites et c’est un euphémisme. Nous verrons dans un prochain article comment les communistes de l’époque ont essayé de manipuler la mère de Jules Durand.

Patrice Rannou