Crash-test pour Lecornu, le 5 Novembre 2026

Huit cent mille manifestants dans la rue, le samedi 17 octobre 2026. Cela faisait longtemps que ce n’était pas arrivé d’avoir autant de monde dans les rues. Bien mieux que les gilets jaunes de 2018 et de surcroît les jeunes n’ont pas l’intention de rentrer dans le rang sans obtenir satisfaction. Et ce n’est pas le discours de Macron à la télé dimanche dernier qui va les calmer ; parce qu’il a dénoncé les violences mais à aucun moment il n’a proposé de solutions pour sortir de la crise. Les revendications sont légitimes…mais quand elles sont défendues calmement, elles ne sont pas entendues. Sois jeune et tais-toi !

Les événements intenses du 17 octobre, marqués par de violents affrontements dans de nombreuses villes françaises, démontrent que la France n’a pas fait exception. Comme ces dernières années dans de nombreuses régions du monde, des Amériques à l’Asie du Sud-Est en passant par plusieurs pays européens, nous avons assisté à l’explosion d’un mécontentement latent, avec des centaines de milliers de personnes descendant dans la rue et faisant preuve d’une détermination capable de résister même aux interventions policières les plus brutales. À l’instar de nombreux autres pays, les personnes qui ont alimenté les manifestations du 17 octobre ne l’ont pas fait en suivant les directives de grandes organisations, mais principalement par le biais des réseaux sociaux, des conversations quotidiennes qui circulent au sein du tissu social des quartiers et des lieux de travail, et en répondant aux appels de petites organisations sans autorité centrale.

Il s’avère que l’absence de structures pour encadrer et diriger les manifestations leur confère un caractère auto-organisé, laissant la prise de décision aux personnes directement impliquées, stimulant leur créativité et faisant d’elles les protagonistes des actions entreprises. De toute évidence, elles ne luttent pas pour faire avancer un prétendu projet révolutionnaire. Cependant, elles développent des pratiques révolutionnaires dans l’immédiat car, en s’attaquant à l’immense pouvoir du système que leur mobilisation conteste, elles créent un contexte de contestation dont les conséquences à court et moyen terme sont difficiles à prévoir.

La multiplication internationale d’événements tels que ceux du 17 octobre en France témoigne de la validité des arguments selon lesquels, partout où la domination s’intensifie, la résistance et la révolte émergent nécessairement. Ces arguments prévoient donc que des mobilisations de grande ampleur éclateront de manière épisodique et apparemment spontanée, là où des circonstances locales d’oppression allument les étincelles de l’insurrection, provoquant parfois un effet de contagion ailleurs, mais sans que ces soulèvements soient le fruit de grands récits d’émancipation. (Tomás Ibáñez)

Comme c’est souvent le cas lorsque le mécontentement gronde dans les rues, les médias privilégient les images les plus spectaculaires, généralement celles d’affrontements violents, d’incendies et d’attaques contre des symboles du système oppressif. Ces images, associées aux déclarations des responsables gouvernementaux et des défenseurs du pouvoir en place, suscitent la peur et le rejet au sein d’une grande partie de la population. Et, comme c’est souvent le cas également, les partis et groupes politiques qui soutiennent plus ou moins ouvertement les mouvements de contestation s’empressent de condamner les actions qualifiées de « violentes », alors même qu’ils ne les attribuent pas à des provocations délibérées.

Les journalistes ont bien constaté le samedi matin qu’il y avait plein de petits cortèges qui jouaient au chat et à la souris avec la police : « Pas de chef, pas de but véritablement défini, juste des individus en mouvement ». Ce qui est intéressant aussi c’est de constater que pour les jeunes, c’est l’Etat qui est violent. Sincèrement quand des lycéens qui effectuent pacifiquement un blocus devant leur lycée et qu’ils se font déloger à coup de gaz lacrymogène et de matraque, il ne faut pas s’attendre après à ce que les jeunes fassent des câlins aux « forces de l’ordre ». Quand des responsables syndicaux se font tirer dessus à coups de grenades lacrymo, LBD…alors qu’ils manifestent comme d’habitude et qu’ils ont été sciemment visés, il ne faudra pas s’étonner que les syndicalistes viennent manifester avec des manches de pioche la prochaine fois. Plusieurs manifestants ont été gazés alors qu’ils n’avaient même pas démarré la manifestation. Et il suffit de visionner toutes les vidéos qui circulent sur instagram par exemple pour constater les méfaits de la police.

Et puis, cette casse des services publics dont l’Education et la Santé. Est-ce qu’on demande aux gens leur sentiment vis-à-vis de cette casse ? Est-ce qu’on leur demande de la condamner ?

Et les dix millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté ! Et ces millions de retraités qui peinent à vivre de leur retraite et que le gouvernement entend désindexer celle-ci à partir de 1280 euros ! Et ces usines qui ferment avec le chômage à la clef. C’est qui les casseurs ? C’est qui les violents ! Et les lycées dégradés !

Le mouvement des « Gilets jaunes » a atteint son apogée il y a plusieurs années, mais ce vêtement est resté présent lors de manifestations dans diverses villes, même s’il n’était plus entièrement jaune. Ceci met en lumière l’un des aboutissements les plus précieux des luttes collectives intenses : elles catalysent l’éveil des consciences et forgent en quelques jours des militants qui le resteront jusqu’à leur dernier souffle. Créer des subjectivités durables, rebelles et subversives est le précieux résultat des luttes collectives radicales, quel que soit leur aboutissement. Se réjouir de la force des affrontements et de l’intensité des débats, et au contraire les dénoncer, c’est desservir la création de cette source de résistance au système établi qui naît de la lutte.

Et le journal « Le Monde » du 20 octobre vient de desservir le syndicalisme croyant au contraire le rehausser : « Refusant tout compromis, les différents exécutifs macronistes ont systématiquement contourné les syndicats depuis 2017, contribuant à leur affaiblissement. En s’y prenant de cette manière, le pouvoir exécutif s’est privé des intermédiaires indispensables pour canaliser les colères. » La principale utilité des syndicats serait de canaliser les colères des gens. Et si l’on va jusqu’au bout de la logique, Le Monde aurait pu ajouter, et faire rentrer les manifestants dans le rang. Voilà qui va donner du grain à moudre à nos camarades anarcho-syndicalistes.

Alors, oui, le 5 Novembre, il faudra être encore plus nombreux que le 17 octobre à manifester, pas pour rentrer dans le rang mais afin de briser leur vieux monde inégalitaire.

Patoche (GLJD)