Trop belle cette jeunesse lycéenne

Je viens de recevoir le dernier numéro de la revue trimestrielle de critique bibliographique du mouvement libertaire « Chroniques Noir et Rouge », et il est bon.

Dans l’édito, Jean-Louis Phan Van, après quelques nuances de pessimisme face à l’inaction climatique, indique que les politiques nous proposent l’adaptation donc finalement à rester dans ce « train fou qui poursuit sa course folle vers l’abîme. » Il poursuit : « Et nous les anarchistes ? Au lieu de se perdre à défendre les religions ou à s’entêter à ressusciter le vieux mouvement ouvrier, nous devrions être à la pointe du combat écologique, pas celui des Verts mais celui des luttes qui n’ont pas attendu les organisations anars pour avoir lieu. C’est urgent, c’est maintenant, et c’est une question de survie ! »

Et nous sommes d’accord avec lui bien que nous soyons un peu plus optimistes que l’ami Jean-Louis. Le mouvement actuel des lycéens qui s’installe et rassemble nous réconcilie avec la jeunesse qu’on disait laxiste et béni-oui-oui. Elle nous démontre le contraire. Pour avoir listé quelques revendications de bon sens, les lycéens mobilisés ont subi une féroce répression quoiqu’en dise Lecornu. Le gouvernement les réprime farouchement comme pour les gilets jaunes. Le gouvernement matraque le mouvement social de la jeunesse après avoir essayé de le faire passer pour de vulgaires violences urbaines. Les jeunes défendent l’égalité des chances. On est avec eux. Laurent Nunez envoie sa police qui a blessé plus de deux cents lycéens et en a mutilé, à ce jour, trois. Ce ministre a fait arrêter plus de 6500 lycéens et lycéennes. Triste bilan. Les premiers blocus ont été levés avec une certaine bestialité et cette violence policière a généré une radicalité lycéenne à juste titre. Le gouvernement va avoir du mal à réconcilier les jeunes avec la police…

Mais au-delà des moyens demandés, des conditions d’enseignement dignes, les lycéens ont bien compris qu’on donne des milliards pour l’armée, qu’on augmente les effectifs de police mais que pour les services publics, dont l’éducation, c’est la misère. Les récentes études démontrent d’ailleurs que proportionnellement au nombre d’enfants et collégiens scolarisés, la France dépense moins que ses voisins européens. On est à la traîne de l’ordre de 20%, ce n’est pas rien.

De surcroît, le gouvernement entend faire passer une loi « casseurs-payeurs ». Ce qui se prépare, c’est une nouvelle loi scélérate, où tout membre d’un groupement ayant commis des dégradations, serait considéré comme responsable, même s’il n’en est pas l’auteur. Il suffira d’être dans les environs, au mauvais endroit au mauvais moment, pour être jugé et condamné. C’est la porte ouverte à toutes les accusations contre des personnes participant à des manifestations.

Mais aucun défenseur des droits de manifester n’est dupe. C’est une mesure autoritaire de plus qui vise les manifestants.

Cette jeunesse va se mobiliser contre le dérèglement climatique et va pousser un peu plus loin les réflexions en cours. L’urgence climatique avec les dernières canicules de cet été et les récentes inondations s’invitent dans les manifestations, sur des pancartes en carton. Les lycéens vont se redonner des moyens d’action et se trouver solidaires climatiquement des établissements qui sont de véritables passoires thermiques. Pour toute une génération qui fait ses premières armes aujourd’hui, un nouveau terrain d’engagement va se produire et il n’est pas utile de s’auto-flageller, la notion de plaisir peut prendre le pas sur la chienlit et l’austérité militante. Les jeunes anarchistes accompagneront les débats et les suggestions mais toujours en termes d’émancipation et contre les dominations. Les libertaires seront toujours du côté de la liberté à condition que cette dernière ne soit pas celle d’exploiter autrui.

Les anarchistes ne sont pas dénués de références d’artistes qui ont aidé la diffusion des idées et idéaux libertaires. Il va falloir réorienter nos sources de plaisir : peindre un joli tableau, faire partie d’un groupe de musique, partager ses lectures, se balader en pleine nature ou le long des sentiers côtiers…à la place de vociférer dans un stade de foot, d’effectuer des achats compulsifs de fringues à bas coût et jetables…

Alors, oui, nous faisons confiance à cette jeunesse qui tient la rue et ne veut pas rentrer la tête basse dans les lycées et les universités. Ces dernières formatent de bons citoyens pour l’ordre social qui va tenter de se maintenir coûte que coûte.

C’est bien le système capitaliste, société marchande et industrielle, aiguillé par des ultra-libéraux qui alimente la dynamique destructrice du monde : futures guerres, écocide…

Que les jeunes se révoltent contre ce système et envisage d’autres solutions plus humaines qui améliorent nos vies le plus rapidement possible. Nos vies, pas leurs profits.

Instruire pour révolter !

Patoche (GLJD)