
Rien n’est plus fascinant que la diversité des choses
D’où l’intérêt du fédéralisme libertaire
Ce serait une erreur colossale que de supprimer les régions. Il est urgent, et sans délai, de démanteler le nationalisme fermé qui est l’ennemi des droits populaires. Car l’État unitaire, partout où il a dressé sa tête d’hydre, n’a engendré que des folies : il a étouffé la conscience humaine et appauvri la culture. En tant que fédéralistes, nous adhérons à l’idée de l’union des peuples d’Europe. Bien avant les hommes politiques d’aujourd’hui, partisans de l’unité des nations, des internationalistes libertaires ont lancé la doctrine d’un fédéralisme sans hiérarchie ni artifice, dont les principes doivent sous-tendre l’association en cours de formation.
Chacun doit recevoir ce qui lui appartient afin de pouvoir le mettre en valeur et l’embellir. L’unité dans la diversité est source d’enrichissement, tandis que l’uniformité engendre le déclin le plus effroyable.
Le terme « fédéral » ne suffit pas à lui seul, car il existe des États unitaires, absolutistes, démocratiques, libéraux, des régimes de camps de concentration et des États totalitaires. Le nom change, mais le résultat reste le même sur le plan de la centralisation. Il est vrai aussi que des États fédéraux existent. Les trois formes de gouvernement qui semblent les plus acceptables sont le libéralisme, la démocratie et le fédéralisme. Cependant, en fin de compte, l’État, quelle que soit sa nature, est oppressif et injuste.
Nous souhaitons de même que les municipalités libres pratiquent une véritable démocratie, restaurant la liberté, garantissant l’égalité d’accès aux ressources et plaçant chaque personne au poste qui lui revient afin de contribuer au bien commun. Le fédéralisme est un pont entre le passé et le présent, permettant ainsi à la liberté future de progresser.
Rien n’est plus fascinant que la diversité des choses, tant dans le monde végétal que dans le domaine des idées. Si chacun de nous possède individuellement une force, en nous unissant, nous la multiplions et la rendons indestructible. Ensemble, nous accomplissons ce qui est impossible séparément et dispersés. Mais cette union ne doit pas diminuer ; elle doit au contraire accroître ce que chacun de nous aspire à continuer d’être.
Par nature et par conviction, le fédéralisme est créatif.
Le gouvernement central s’emploie sans cesse à abattre les arbres les plus luxuriants et les plus productifs du fédéralisme populaire. Il est tragique qu’il faille un Charles Quint, un Thiers, un Bismarck pour détruire de l’intérieur tout ce que le peuple défend légitimement.
Qu’est-ce que la France authentique ? Rien. La France est historiquement le résultat de la vassalisation des autres régions à partir de Paris et de l’Orléanais à compter d’Hugues Capet, c’est-à-dire la soumission par la force, donc les guerres, de pays voisins comme la Bretagne par exemple. Pays qui avait une langue, des coutumes… Pourtant nous proclamons que le soleil et l’air, la terre et l’eau, le travail et ses fruits sont le patrimoine de tous, absolument tous. L’authenticité française se fit à coups de canon et d’arquebuses pour centraliser et s’accaparer les richesses de proximité. L’Etat français fut un Etat de rapines, un colonisateur des régions proches avant d’aller en Afrique et notamment l’Algérie.
Parallèlement au fédéralisme libertaire, nous constatons que le municipalisme fédéral, profondément ancré dans la vie du peuple, est une tradition constamment soumise au despotisme « éclairé ».
Qui n’a pas gardé en mémoire les leçons de l’Italie et de ses villes libres, ouvrant leurs portes à l’espoir d’une renaissance ? Un développement culturel magistral, l’apogée du travail artisanal, l’émulation des métiers d’art et l’essor de l’activité dans toutes les disciplines créatives. De remarquables fédérations de professionnels et de municipalités existaient en Finlande, en Russie, en Pologne, aux Pays-Bas, en Belgique, en Allemagne et en Suisse. Ceux qui ont eu la chance d’étudier les Lettres finlandaises d’Angel Ganivet, conservées pour la plupart à la bibliothèque de la prison de Grenade (Espagne), ont été témoins du dévouement d’hommes qui ne méritaient pas l’infamie, mais la joie d’une véritable victoire. Ni la solitude ni la tristesse ne sauraient ternir l’éclat des actes nobles.
Les artifices sont futiles et stériles. La chose normale et sensée à faire est de former un continent peuplé de peuples souverains, de telle sorte que l’individu, c’est-à-dire les petites villes et les bourgs, ne soit pas maltraité par les plus forts et les plus impitoyables. La légende des Mandrin, des Marion du Faouët… a pris des proportions extraordinaires. On a tenté de discréditer et de calomnier ceux et celles qui cherchaient à établir leur coexistence en dehors de la sphère centralisatrice. Mais la malveillance autoritaire n’a pas atteint ses objectifs.
Ceux et celles d’entre nous qui n’attendent rien de l’État devraient promouvoir, comme règle sociale pour le traitement formel de nos affaires, les principes suivants, ainsi que tous autres qui tendent à les améliorer :
Éradication de l’État unitaire.
Indépendance civile et civique.
Lutte contre l’oligarchie au pouvoir.
Démantèlement de la ploutocratie.
Guerre contre l’autarcie et paix pour les hommes.
Défense et protection de la commune libre.
Autonomie populaire et administration des choses.
Fédération des régions autonomes.
Confédération des peuples d’Europe.
Paix et harmonie entre les continents fédérés.
Il n’existe qu’une seule forme de noblesse : celle des bonnes actions. S’il existe une véritable aristocratie, c’est celle du travail, de la culture et de l’intelligence. L’honnêteté, la diligence et la vertu. Des hommes libres et des peuples autonomes, unis au sein de la Confédération, plaçant la liberté et l’égalité au-dessus des derniers vestiges de l’esclavage.
La France catholique et jacobine a toujours constitué un obstacle à l’autonomie locale, régionale. L’absence d’une France fédérée s’explique par le fait que le centralisme de type césariste a brisé l’unité philosophique, politique, sociale et économique des Bretons, des Basques, des Corses, des Alsaciens, des Occitans… Les peuples libres doivent se comprendre au-delà des centralismes qui s’opposent à leur identité. Les régions ne doivent pas mendier, mais conquérir ce dont elles ont besoin pour s’épanouir et bâtir une vie nouvelle et meilleure.
Nos régions aspirent à se libérer de l’injustice centralisée, car elles s’opposent à l’oppression entretenue et alimentée par un pouvoir unique. Elles désirent une autonomie qui prenne racine dans l’individu, prenne forme sociale au sein de la famille, se renforce dans le syndicat et trouve dans la commune libre l’expression la plus vivante de la conscience populaire.