
Haro sur les retraités !
Les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, ont toujours fonctionné en opposant les générations et en créant des boucs-émissaires. Rien de tel pour faire passer de sales réformes.
Ils accusent les boomers de tous les maux de la société, cela évite aux politiciens de tous bords de faire leur mea culpa, de faire leur agiornamento et surtout de se dédouaner de leurs errances et mauvais choix politiques et économiques pour la société depuis des décennies. Les boomers se seraient gavés, la belle histoire ! Ce sont plutôt les actionnaires et les gros patrons qui se sont gavés et se gavent de plus en plus aujourd’hui. Pendant qu’on agite le chiffon rouge des retraités, on ne voit pas les vrais responsables de la dette qui d’ailleurs n’est pas nouvelle puisque c’était déjà un mal français en 1953 à cause des dépenses militaires de la guerre d’Indochine. Et en 1953, le gouvernement de l’époque a essayé de faire plier et payer les fonctionnaires en augmentant l’âge de départ à la retraite…Comme quoi, les politiciens remettent toujours le couvert quand ils sentent qu’il y a un relâchement au niveau syndical et surtout un manque de mobilisations sociales.
Le mantra gouvernemental c’est de s’attaquer aux fonctionnaires et maintenant aux retraités. Il faudrait taxer ces derniers et dans tous les médias, on reprend en boucle les arguments fallacieux et mensongers des gouvernements qui se succèdent. L’emblématique abattement fiscal de 10 % (qui compense partiellement la perte de revenus entre l’activité et la retraite ; nous en avions parlé précédemment dans nos colonnes) est confondu volontairement avec la déduction forfaitaire pour frais professionnels dont bénéficient les salariés, afin de le présenter comme un privilège absurde puisque les retraités dans l’ensemble n’ont plus d’activité salariée (quoique de plus en plus de retraités reprennent un petit boulot pour compléter leur maigre retraite).
C’est un des arguments du Medef repris par ceux qui gouvernent. De distorsions et distorsions, on en arrive à faire croire aux actifs qu’ils se font gruger par les retraités qui profitent d’un système injuste. Mais enfin, pour qui réfléchit un peu, on n’a jamais vu des patrons aller dans un sens de progrès social à moins d’y être forcés par la loi souvent issue de mobilisations populaires importantes (congés payés en 1936, sécurité au travail…). Le Medef et les gouvernants à leur botte nous jouent la partition de la justice pour que les actifs et les retraités soient traités à parité. Les faquins, les ladres, les lâches !
Le pire c’est que les propositions tendant à jouer sur l’abattement fiscal ou la désindexation des retraites sont des plus ignobles. Il y aurait une désindexation réduite pour les retraités qui « bénéficient » d’une retraite de 1260 à 2034 euros. Et au-delà, pas de désindexation car avec 2040 euros, c’est confort, on est riche. Et puis avec 1270 euros, les anciens peuvent bien faire un effort financier. Qui peut oser dire cela. Qu’on les mette tous et toutes, ces politiciens et ces patrons du Medef, à 1270 euros par mois, qu’ils voient ce que c’est que de vivre avec une telle misère de retraite. Des hypocrites qui essaient de nous faire avaler des couleuvres et nous font croire que seuls les plus aisés seront mis à contribution. Les plus aisés, ceux qui touchent 1260 euros et qui ne verront pas leur retraite revalorisée à hauteur de l’inflation apprécieront.
Les jeunes sont des fainéants qui ne veulent plus bosser et les retraités sont des favorisés. Anti-jeunes et gérontophobes, voilà la politique politicienne !
Il faut discriminer les jeunes, les migrants, les retraités, les fonctionnaires. Enfoncer le clou afin de diviser pour mieux régner.
Certains retraités aident leurs enfants en galère, font vivre des associations d’entraide, gardent leurs petits-enfants… et ont souvent moins de revenus que les actifs. Dans ces conditions pourquoi les retraités devraient-il contribuer davantage que les actifs ou les rentiers de mêmes revenus au redressement des comptes publics qui sont dans le rouge et sont dus à des décisions politiques des mêmes qui n’assument pas leurs erreurs mais veulent faire payer les autres.
A mieux y regarder de plus près, ce sont les futurs retraités qui sont en réalité visés. On entend plein de jeunes dire : « Nous, on n’aura pas de retraites ». C’est l’idée qui commence à germer et qu’il faut déconstruire. Dans ces conditions, les lobbies interviennent pour smicardiser encore davantage les retraites et présenter la capitalisation comme la solution dans un futur proche car les retraites par répartition seront trop faibles pour que les gens en vivent. C’est un système qui s’il est mis en place favorisera les plus riches et les plus fortunés.
Ces dispositions sont contraires au « pacte social ». Les aînés se sont battus pour obtenir des retraites dignes mais pour la dignité, ce n’est malheureusement pas le cas pour tout le monde. Rien n’est jamais acquis, il faut toujours et encore se battre pour défendre ses conquis. Défendre les retraités, c’est défendre ses parents, c’est défendre la conception d’une comparaison de revenus.
Que le gouvernement et les suivants fassent attention car si les retraités ne sont plus globalement en activité et ne peuvent intervenir sur le plan corporatif en faisant grève, ils possèdent d’autres leviers notamment sur le plan de la consommation.
Les retraités peuvent utiliser l’arme du boycottage. Ils peuvent se désabonner des journaux qui leur tirent dessus à boulets rouges. Ils peuvent pendant un trimestre ne plus consommer tel ou tel produit, ne plus aller au restaurant pour ceux et celles qui en ont les moyens. Ils peuvent occuper les ronds-points. Dans les jours et semaines à venir, nous verrons qui va à l’encontre des intérêts des retraités. La moyenne d’une retraire, c’est 1600 euros. Alors stop aux mensonges ! Stop aux campagnes de dénigrement.
Les retraités veulent vivre et non survivre et encore moins être retraités comme des chiens.
Patoche (GLJD)