
Pour commencer, analysons plusieurs concepts : la mémoire historique n’est pas une tendance historiographique, c’est un mouvement citoyen qui vise à remédier aux lacunes évidentes de la l’appareil gouvernemental , notamment de la justice, en matière de gestion du passé traumatique de l’Affaire Durand et de ses conséquences, en précisant celles qui en ont découlé pour Durand lui-même, de sa famille, de ses proches et des militants de l’époque.
La défense de Durand a temporairement uni un spectre politique allant de la gauche authentiquement républicaine à l’anarchisme, qui ne croyait pas en la république bourgeoise.
Pour les anarcho-syndicalistes, il y avait un ennemi commun ; son identité était claire. C’était l’Etat et le patronat. Pour les autres, c’était la justice qui était à blâmer.
Mémoire élargie : c’est un sujet qui devrait passionner. Il s’agit d’approfondir les racines de la lutte ouvrière que nous avons étudiée durant l’avant- Première Guerre mondiale. Bien que la mémoire historique ou démocratique se limite désormais juridiquement à la période 1910-1926, certains d’entre nous insistent sur la nécessité de dépasser ces limites temporelles afin d’appréhender plus pleinement ces phénomènes de la lutte ouvrière, notamment l’alternative proposée face au capitalisme de l’époque, au travers ne serait-ce que de la Charte d’Amiens et des institutions coopératives mises en place : dispensaire syndical, imprimerie, Bourses du Travail, boulangerie…
Un autre facteur important à prendre en compte est la question territoriale. Bien que les événements de cette Affaire Durand se soient produits au Havre, ils furent élargis à l’échelle nationale, voire internationale. Mais les divisions politiques qui en ont découlé ont eu des conséquences désastreuses sur le travail de mémoire. Le Parti communiste havrais qui a essayé de manipuler la mère de Durand en 1931 avant l’inauguration de la stèle en hommage au syndicaliste libertaire victime d’une machination ourdie par le patronat de la Cie Gle Transatlantique en 1910, avec une justice à la botte et anti-ouvrière.
L’État n’a jamais pris au sérieux la question de la mémoire historique, la négligeant, l’occultant voire l’instrumentalisant.
Le droit à la justice pour Durand mais aussi pour tous les militants emprisonnés fut bafoué. Comme dans d’autres pays ayant connu des périodes de répression, enquêter sur les violations des droits humains commises durant cette période est une tâche fondamentale.
L’État de notre pays n’a jamais pris ces politiques commémoratives au sérieux. Il a oublié ceux qui ont perdu la vie en combattant pour un monde meilleur et égalitaire.
En conclusion, nous continuerons à rechercher la vérité, la justice et la réparation, afin d’obtenir, si possible, les garanties maximales de non-répétition. Nous continuerons à lutter contre l’amnésie nationale.
Goulago (GLJD)
L’histoire sociale est un long chemin sinueux, jalonné de victoires et de défaites ; reconnaître la ténacité des anarchistes révolutionnaires est donc essentiel pour comprendre notre passé sans dogmatisme. Ainsi, tous les droits sociaux ont été conquis grâce à une lutte inlassable, quotidienne et collective. Leur espoir d’un avenir meilleur était immense.
Se souvenir des figures fascinantes et des idées de Bakounine, Reclus, Kropotkine, Louise Michel, etc. nous transporte dans une époque révolue, foisonnante d’idéalistes, une génération qui rêvait d’un monde fondé sur les principes du bien commun, de la justice sociale et de la défense des libertés. Une époque où la logique du capital et du pouvoir était sur le point d’être complètement renversée.
La vie d’un anarchiste, faite de succès et d’échecs, restera toujours une leçon précieuse de notre histoire récente. Et dans une société comme la nôtre, si pauvre en modèles intègres, se pencher sur l’expérience des libertaires peut éclairer la voie d’un avenir meilleur.