
L’I.A. est un réel danger avec des conséquences visibles sur l’emploi, notamment celui de salariés qualifiés, et sur les risques que fait peser cette I.A. : surveillance de masse, manipulation des informations, utilisation de manière autonome dans les guerres et risque de perte de contrôle…
Bien sûr, comme nous l’avons dit à maintes reprises, la marche de la science et de la connaissance est irréversible. Mais depuis les canuts de Lyon ou les charbonniers du Havre (Affaire Durand)… où l’emploi a été menacé par la machine, les anarchistes n’ont cessé de dire qu’ils n’étaient pas opposés au progrès et qu’il fallait utiliser la machine pour soulager le travail des ouvriers. Le problème soulevé était celui de la répartition des richesses. Une meilleure productivité devait profiter aux travailleurs en diminuant le nombre d’heures effectué par jour et ce sans perdre d’argent. Et cette problématique est encore d’actualité aujourd’hui. Faute d’accord en ce sens, les travailleurs utiliseront des méthodes qui leur sont propres et déjà éprouvées.
La lutte des salariés contre l’I.A. devrait donc s’inscrire dans la même veine; à cela il faudrait ajouter que les salariés dans l’ensemble rejettent le modèle de société prôné par les patrons de la « tech ». Les spécialistes alertent sur les dangers que l’IA fait courir au monde du travail, voire à l’humanité. Anthropic, par exemple, demande une pause dans la course à l’I.A. car elle est inquiète par la perspective d’I.A. capables de se fabriquer elles-mêmes et de concevoir leurs propres successeurs. Cette entreprise est accusée de jouer sur les peurs…Mais à bien y réfléchir, le danger est réel. Les anarchistes et d’autres savent que le progrès peut être détourné à des fins guerrières (bombe atomique, drones etc.) ou de surveillance à la Big Brother. Dans cette dernière option, ce sont la liberté et la dignité humaine qui sont en jeu.
À la tête des entreprises du secteur, on annonce une révolution dont il faut anticiper les conséquences sociales. Hier, ce sont les robots qui ont supprimé de nombreux postes sur les chaînes de montage (automobiles…).Sam Altman, patron d’OpenAI, appelle à un “New Deal de la super-intelligence” : puisque le travail ne paiera plus, ce sera au capital de financer l’État social. Et le vieux serpent de mer du revenu universel resurgit.
Si hier, c’étaient les métiers les moins qualifiés qui étaient visés par le machinisme, aujourd’hui ce sont les métiers très qualifiés qui sont en ligne de mire de l’I.A. Les travailleurs vont-ils se laisser déposséder de leur emploi sans broncher. Rien n’est moins évident. Le sabotage à la Pouget a-t-il dit son dernier mot. Pas si sûr.
L’intrusion de l’I.A. dans le monde professionnel ravive des craintes historiques liées aux progrès et transformations techniques. Rien de nouveau sous le soleil si ce n’est la brutalité et la rapidité de cette I.A. qui arrive au galop. Nous savons depuis longtemps que les suppressions d’emplois ne sont tolérables dans notre société que si elles sont compensées par d’autres créations d’emplois. A défaut, la révolte puis la révolution pourraient refaire surface. Ici, avec l’I.A. se joue la place de l’humain et si les métiers qualifiés se transforment en métiers non plus de conception mais de simples gestes répétitifs sans création ni réflexion, comme ce fut le cas pour le travail à la chaîne, nous allons nous retrouver dans un processus de prolétarisation qui viendra s’ajouter à celle des emplois existants (aides à domicile, employés, femmes de ménage…), concernant désormais des professions intellectuelles jusque-là non touchées.
Les catégories des travailleurs du secteur tertiaire et des métiers intellectuels, particulièrement visés par l’IA vont-elles se laisser faire ? Auront-elles davantage de leviers que les travailleurs du secteur secondaire par exemple n’ont eu en leur temps pour se défendre et contrer cette tendance à utiliser à tout-va l’intelligence artificielle ? Ces travailleurs ont des capacités d’expression publique (journalistes, artistes…) ; ils peuvent ainsi fusionner leurs revendications sociales traditionnelles avec une critique écologique pour s’opposer au techno-fascisme et à la société liberticide qu’on nous prépare. Cette fusion aura-t-elle un impact sur le long terme ou est-ce perdu d’avance comme tous les combats qui se sont déroulés dans le cadre d’une contestation contre la perte d’emplois due au machinisme. L’avenir nous le dira mais nous sommes pessimistes quant à l’issue du conflit qui devrait prendre de l’ampleur.
Que l’I.A. améliore les analyses et interprétations médicales, oui, mais que l’I.A. nous précarise tous et toutes un peu plus, non.
Ty Xi (GLJD)