
On a déjà parlé à plusieurs reprises du techno-fascisme et de la conquête du pouvoir politique par certains géants de la « tech ». Après avoir flirté pour certains avec un peu d’écologie, un peu de démocratie…les élites de la Silicon Valley se sont convertis à des programmes politiques autoritaires. Maintenant, après avoir fait allégeance à Trump, elles méprisent la démocratie et l’humain. Elles condensent les pouvoirs et ne veulent rendre de compte à personne. Elles sont libertariennes dans le plus mauvais sens du terme. Elles mettent leur savoir-faire à la disposition d’entreprises guerrières et de surveillance généralisée. Elles deviennent les chantres de l’anti-humanisme et les enfants de Big Brother, en pire. Nous tendons ainsi vers une nouvelle configuration sociopolitique fascisante avec des moyens techniques et numériques qui jusqu’ici n’avaient jamais eu d’égal. Nous assistons à l’émergence d’un fascisme d’un genre nouveau et cette nouvelle donne va mériter des analyses pertinentes afin que notre camp social puisse réagir rapidement et trouver la parade à ce qui se dessine sous nos yeux : un totalitarisme new-look. Nous connaissions les fascismes brun et rouge, nous entrons depuis quelque temps dans l’ère du techno-fascisme.
Ce techno-fascisme se caractérise par divers traits. D’abord il rejette toute responsabilité sociale en tant que telle, et ses objectifs économiques peuvent être atteints sans se soucier le moins du monde du coût humain qu’ils engendrent. Individualiste-égoïste dans sa nature, rien n’indique qu’il ne se convertisse pas au « collectivisme » si cela sert ses intérêts pourvu qu’il garde le self contrôle de ses activités sans interférence aucune, ni de tiers ni de l’Etat. Le techno-fascisme hait les syndicats et toute organisation visant à restreindre son pouvoir et sa liberté d’entreprendre. Il fera tout pour les minorer et les empêcher d’intervenir ou de débattre. De surcroît, contrairement aux idées reçues, le techno-fascisme ne veut pas la suppression de l’Etat, au contraire il veut s’en emparer autoritairement pour lui enlever toute fonction sociale, redistributive, protectrice…mais entend conserver les pouvoirs régaliens donc les pouvoirs coercitifs à l’encontre de ceux et celles qui voudraient remettre en cause leur ordre établi. Pour les adeptes du techno-fascisme, il n’y a pas de place pour les faibles, pour les personnes qui ne produisent pas assez en fonction des priorités économiques fixées. On n’est pas loin de l’eugénisme économique, loin de nos concepts de dignité humaine. On se retrouve dans l’optique du peuple élu voire plutôt de quelques cercles d’élus.
La masse des travailleurs se retrouvera dans un fatras dépersonnalisé et généré par des algorithmes où la notion du temps devient intemporelle. Pendant ce temps, l’élite autoproclamée entend libérer l’être humain de ses chaînes biologiques : prolongation de la vie voire projet d’immortalité, amélioration biologique, conscience numérique…Ce transhumanisme permet aux « élus » d’échapper entièrement à la condition humaine.
Parallèlement, l’élite techno-fasciste contrôle toute l’information par une manipulation algorithmique inaccessible au commun des mortels: l’individu lambda ne sait plus ce qui a été supprimé, atténué ou amplifié, ni selon quelle logique. Les objectifs de l’élite sont gardés secrets donc non divulgués ce qui finalement accentue la traditionnelle censure celle qui rend obligatoire la conformité et supprime toute dissidence. C’est une autre manière de garder le pouvoir et de consacrer l’État totalitaire.
Le techno-fascisme surveille les individus (façon Big Brother) et transforme cette surveillance en données, ce qui est plus ou moins nouveau.
Au final l’élite techno-fasciste cherche à la fois à extraire les données personnelles des gens qui constituent la matière première de son pouvoir économique et politique pour modeler la société selon une vision exclusive. Bref, connaître, suivre et analyser les actions et les habitudes des individus en ligne pour mieux les cerner et les manipuler. Tout ce qui touche au désir, au relationnel, goûts, aux idées…sont scrutés à la loupe afin d’accentuer le contrôle social ce qui permet d’éliminer la dissidence.
Le techno-fascisme engendre une culture esthétisée mais générique et finalement aseptisée qui continue la société du spectacle actuelle transformant petit à petit la politique en une forme de religion politique où les slogans font figures de théorie politique sans vision ni réflexion critique. Seuls comptent les indicateurs d’engagement qui retiennent l’attention.
Il entend supplanter l’espèce humaine en utilisant une Intelligence Artificielle qui rendrait l’intelligence humaine inutile et dépassée. Ce qui induit le contrôle de l’espèce humaine jusqu’à un niveau jamais atteint auparavant, ni dans les faits ni en rêve.
Ces propos et constatations sont bien pessimistes. Pour autant deux systèmes politiques peuvent altérer puis contrecarrer le techno-fascisme : la démocratie et l’anarchisme.
La démocratie car elle a une longue expérience du pouvoir et de nombreuses personnes lui font encore confiance, même si elle perd de son crédit d’année en année. C’est un système que l’on connaît et qui est certainement « moins pire » que celui que nous proposent les Elon Musk et consorts.
L’anarchisme parce que notre philosophie repose sur l’humanisme libertaire et l’entraide. Nous sommes synthésistes et notre individualisme anarchiste permet de ne pas se soumettre aux diktats d’une I.A qui est utilisée de plus en plus pour isoler les individus. Ce que les politiciens font en divisant pour mieux régner, l’I.A. est capable de l’accentuer et de s’adapter à chaque mouvement de menton d’individus qui tenteraient de se regrouper pour former une coalition et s’opposer au techno-fascisme.
L’individu possède une éthique, ce dont semble dépourvu l’élite techno-fasciste. Les anarchistes ne sont pas démunis de moyens d’action pour lutter contre ce nouveau fléau politique que représente le techno-fascisme. Les luttes pour l’émancipation et la liberté sont intemporelles et portées par notre courant de pensée depuis des décennies voire des siècles. La transformation personnelle s’effectue en accord avec notre éthique. C’est toujours d’actualité et autant subversif qu’il y a un siècle et demi.
Goulago ( GLJD)
PS : un philosophe suédois posait la question suivante : « Qu’adviendrait-il si un gouvernement exerçait un contrôle total sur l’I.A., démultipliant les pouvoirs dont il dispose déjà ? »
On en revient toujours à l’éternelle question de l’utilisation qui est faite de la science, des progrès technologiques et numériques…Une Intelligence Artificielle au service de la médecine ne peut être que bénéfique aux patients. Une I.A. pour le contrôle social et celui de nos vies, en étant au service de la censure, de la propagande d’extrême-droite etc. serait une ennemie jurée. Une I.A. qui permet déjà de cibler davantage d’ennemis sur un champ de bataille et qui permettrait de neutraliser toute défense nucléaire (soi-disant dissuasive) serait la porte d’entrée à un gouvernement mondial techno-fasciste. Napoléon et Hitler en avaient rêvé…Heureusement, ils ont échoué…