Hommage à Jules Durand

Le meilleur moyen de rendre hommage à Jules Durand, cent ans après sa mort, c’est de refuser de voter et de se révolter.

Regardez-les ces universitaires issus pour la plupart de la bourgeoisie qui regardent avec condescendance les ouvriers qui ne sont devenus pour eux qu’un sujet d’étude, un sujet académique. Ils n’ont jamais mis pour la plupart les pieds à l’usine. Il existe dès lors une sorte de consanguinité universitaire, de l’entre soi, de la congratulation envers ses pairs, de la solidarité de corps etc.

Regardez-les aussi ces politiciens qui ne connaissent rien aux souffrances des gens du peuple mais qui leur demandent de travailler davantage et plus longtemps, qui leur disent que c’est le SMIC qui plombent les comptes, que les chômeurs sont des fainéants, des assistés…qu’heureusement qu’ils sont là pour leur servir de guide (et surtout se servir au passage).

Nous autres anarchistes havrais, nous engageons les travailleurs comme à l’époque de Jules Durand, à déserter les urnes électorales et à ne pas se prêter à la comédie grotesque dont ils sont les premières victimes. Non pas que nous aimions à les voir délaisser leurs intérêts personnels et n’avoir que mépris pour ce que l’on appelle l’intérêt général et la chose publique. Au contraire, c’est parce que nous avons souci de la dignité humaine et qu’il nous est pénible de voir les travailleurs se faire les complices de leur asservissement économique, et sanctionner l’arbitraire politique qu’ils subissent.

Et leur acquiescement à l’imposture légale, à l’exploitation bourgeoise, ils la donnent sous bien des formes : travail salarié, impôts… De même, l’acceptation du vote comme moyen de lutte est une illusion qui perdure depuis que le suffrage, dit universel, existe.

Déposer un bulletin dans l’urne ou appuyer sur un bouton pour le vote électronique, même au nom du plus révolutionnaire des candidats, c’est une approbation donnée à la société capitaliste, à la délégation de pouvoir, aussi caractérisée que de voter pour le plus bourgeois des candidats.

L’Etat comprend combien  l’abstention lui serait fatale. Il la redoute par-dessus tout. Peu lui importe qu’on le combatte – qu’à ses candidats on en oppose d’autres, que ses adversaires soient élus. C’est l’alternance. Ce qu’il craint et veut éviter, c’est le vide autour des urnes ; car la diminution des votants est la preuve évidente que la foi en son utilité diminue chez les travailleurs.

L’abstention, telle que nous la comprenons – et la pratiquons – n’implique pas une soumission passive aux volontés des patrons et d’un pouvoir tracassier. Nous n’acceptons pas les faits sans les discuter, et si la force nous oblige à nous y soumettre nous ne le faisons pas sans protester.

Dès que les travailleurs arrivent à avoir conscience de leur situation en face de la bourgeoisie, ils cherchent à faire leurs affaires eux-mêmes.

Et puis, il faut une logique en toute chose !

Quel est notre but ? Jeter bas cette société qui nous infantilise, nous exploite et saccage la planète. Nous voulons supprimer toutes les entraves qui s’opposent à la libre expansion des individus. Restons donc nous-mêmes et tenons-nous à l’écart des joutes électorales ; ces dernières n’amèneront jamais l’égalité économique et sociale.

Chaque bulletin de travailleur déposé dans l’urne, c’est une goutte de sang infusée dans les artères du système capitaliste. C’est nous qui maintenons sa vie artificielle. Il faut dès à présent lui couper les vivre et ne plus l’alimenter pour envisager un autre futur.

Jojo le métallo (Groupe libertaire Jules Durand)

PS : A entendre les politiciens, de tous bords, le suffrage universel répond à tout ; grâce à lui, toutes les questions même les plus ardues se résolvent. Après semblables affirmations, on se demande comment ont pu faire nos ancêtres pour arriver à vivre sans posséder cette arme souveraine.