Sortie de route

Bal anarcho

C’est en rentrant de l’école, française, laïque et républicaine, à 8 ans, que j’ai découvert que j’étais musulman. L’institutrice nous avait parlé des guerres de religion, de la Saint-Barthélemy et du conflit opposant les protestants aux catholiques. Je demandais à mon père dans lequel des deux camps nous nous trouvions ; ni l’un ni l’autre, me dit-il. J’apprenais que l’islam était la seule et vraie religion, et que seuls les musulmans avaient accès au paradis. J’apprenais aussi à cette occasion qu’il y avait aussi des juifs et des païens qui eux croyaient en une multitude de dieux aux noms bizarres.
Je suis retourné jouer aux petits soldats, et le lendemain, j’ai pu dire à mes copains de classe que je n’étais ni catholique ni protestant, mais je crois qu’ils s’en foutaient éperdument, et moi aussi à vrai dire. À cette époque-là, dans les années 1960, les musulmans en France étaient quasiment invisibles, les femmes ne portaient de foulards que lorsqu’il pleuvait, mais les non-musulmanes aussi, alors on ne faisait pas la différence. Mon père écoutait Radio Le Caire (« la voix de la Révolution arabe », j’ai encore le gingle en mémoire), sur ondes courtes ; ça crachotait et il fallait bouger l’antenne du poste sans arrêt dans tous les sens : on captait les discours enflammés de Nasser et les mélopées d’Oum Kalthoum. La guerre de Six-Jours et la défaite des troupes arabes devant Israël avaient traumatisé mes parents. Dans les cafés arabes de banlieue, on regardait des scopitones aux couleurs criardes de chanteurs algériens qui racontaient la douleur de l’exil, que mes parents ressentaient viscéralement, sans s’imaginer qu’une de ces chansons deviendrait un tube de la fin des années 1990.
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