Panaït Istrati : une vie à hauteur d’oeuvre

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Rarement la vie d’un écrivain est à la hauteur de son oeuvre. Panaït Istrati (1884-1935) est l’une de ces exceptions. Et dans ce cercle très fermé, il croisera Joseph Kessel, Victor Serge et Nikos Kazantzaki1, l’auteur de Zorba le Grec, sera cornaqué par Romain Rolland, préfacera en 1935 le premier livre de George Orwell – Dans la dèche à Paris et à Londres – et partagera avec Boris Souvarine une vision critique de l’URSS en cours de stalinisation. L’écrivain roumain nous laissera à sa mort une oeuvre « marquée par l’amour d’une humanité souffrante » dans laquelle les dockers de la mer Noire, les paysans pauvres de Roumanie, les haïdouks – ces « bandits d’honneur » affrontant un monde sans honneur et sans justice – cherchent à survivre malgré le poids d’un destin social qui les écrase2 sans qu’il ne soit jamais possible d’en inverser le cours. Des vies où la liberté se paye au prix du sang et des larmes dans un monde où la condition sociale du « petit peuple » qui jonche les routes du pouvoir est une prison sans confort vouée, quoi que l’on fasse, à la soumission, un monde où la loi du plus fort est toujours la meilleure. Vagabond, peintre en bâtiment, puis photographe itinérant, Panaït Istrati raconte ses frères de misère, ses amitiés, dans un souffle qui parfois porte la marque d’un mysticisme laïque – une poésie du dénuement qui n’est pas sans évoquer celle de Tolstoï qu’il admirait, persuadé qu’il était que « la littérature était porteuse d’émancipation ». Romain Rolland parlera quant à lui de souffle shakespearien. Le tragique, l’épique et l’ordinaire se conjuguent en donnant aux figures qui traversent ses récits des allures d’épures confrontées à ce qui fait l’essence de leur dignité.

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