Modèle autoritaire de la gestion de la pandémie

Etat virus

Le modèle autoritaire de la gestion de la pandémie est majoritaire en Europe et, par conséquent, c’est celui qui a défini la manière dont les États ont abordé la gestion de l’épidémie de coronavirus. Ainsi, dans ce cas, l’Etat assume l’entière responsabilité de garantir la santé de la population, pour laquelle il adopte une approche sécuritaire dans laquelle l’épidémie se transforme en une question de sécurité nationale. De cette manière, l’action de l’Etat vise officiellement à préserver la sécurité de ses citoyens, pour laquelle il intervient dans tous les domaines de leur vie. Dans ce modèle, l’État se présente comme un protecteur, en même temps qu’il développe une politique entière basée sur la méfiance envers le citoyen qui se conjugue à des niveaux élevés de coercition pour appliquer ses nouvelles et plus grandes réglementations.

Cette approche est majoritaire parmi les pays européens, parmi lesquels l’Espagne et l’Italie se distinguent comme leurs plus grands représentants, et à un autre degré aussi la Belgique et la France. D’autres pays d’Europe centrale et orientale, mais aussi du nord comme le Danemark, la Finlande et la Norvège  ont adopté des politiques qui ont conduit à des niveaux élevés de coercition, voire à la consolidation d’une dynamique ouvertement dictatoriale avec la restriction des contrôles sur le pouvoir exécutif et la mise en place d’un état d’exception permanent.

L’une des principales mesures adoptées par les pays de ce modèle de gestion des épidémies a été l’instauration d’un confinement obligatoire de l’ensemble de la population, ou d’une partie significative de celle-ci, comme ce fut le cas initialement en Italie. Cela signifie l’approbation des lois, ou le recours aux lois d’exception existantes, pour forcer la population à rester enfermée chez elle sous la menace de l’usage de la force avec différents types de sanctions. A cela, il faut ajouter le déploiement d’un puissant appareil policier chargé de superviser ce type de mesure, avec une forte restriction de la mobilité sur le territoire national. Dans certains cas, comme ceux de l’Espagne et de l’Italie, cette mesure s’est accompagnée d’une militarisation de l’ordre public.

S’il est vrai que certaines exceptions au confinement ont été envisagées, comme les déplacements dans les supermarchés, l’utilisation de distributeurs automatiques de billets, les rendez-vous médicaux alors que ceux-ci n’étaient pas remplacés par des consultations en visio, etc., il faut noter qu’en général, ils étaient très peu nombreux et assez limités. Cette circonstance a fait que la mobilité a été considérablement réduite pendant la durée du confinement.

Outre le confinement obligatoire de l’ensemble de la population, la suspension du droit de réunion dans les espaces publics et privés a été un trait caractéristique de cette manière d’aborder la gestion de l’épidémie. À cet égard, l’objectif principal a été l’isolement des membres de la société pour empêcher leur interaction et, de cette manière, empêcher la propagation du virus dans l’espoir de son extinction définitive. Les manifestations de différents experts et spécialistes défendant cette approche de l’épidémie sont notables, qui n’ont pas hésité à souligner l’importance de paralyser toute activité pendant des semaines. Cela inclut, comme nous l’avons vérifié ces derniers mois, l’interdiction et la persécution de la vie sociale des unités individuelles et familiales.

Ainsi, il n’a pas suffi d’empêcher des rencontres dans les espaces publics entre des personnes qui ne vivent pas ensemble dans le même domicile, mais la mise en œuvre de cette mesure a également inclus l’interdiction, ou la limitation sévère, du droit de réunion dans les espaces privés. Cela s’est traduit par une pression croissante des appareils de pouvoir étatiques, tels que les services de santé, la bureaucratie et les forces de police, sur la sphère privée du peuple. En ce sens, le principal antécédent de ce type de mesures ne peut être trouvé que dans les régimes totalitaires.

La promulgation d’états d’alarme ou d’urgence a constitué un instrument juridique fondamental pour l’adoption de mesures aussi drastiques et qui a conduit à une augmentation du pouvoir discrétionnaire des fonctionnaires, en particulier des agents de police, dans leur exécution. Cette circonstance a facilité la suspension pratique d’autres droits et libertés, et avec elle d’une grande partie du système juridique, ayant gravement porté atteinte à l’état de droit et au prétendu état de droit inhérent à tout régime constitutionnel. On ne peut pas non plus ignorer que les constitutions établissent des garanties de ce type, telles que des états d’alerte, pour des situations exceptionnelles et temporaires.

Ce qui précède rejoint la notion d’exceptionnalité mise en avant par le juriste et théoricien politique allemand Carl Schmitt (2003). Cet auteur a souligné que la souveraineté réside dans la capacité de décider de l’exception, et qu’elle met celui qui l’arrête, c’est-à-dire le souverain, au-dessus du système juridique en montrant sa capacité à prendre la décision finale. De cette manière, l’Etat total, à la suite du processus historique de modernité dans lequel cette entité a étendu ses pouvoirs sur un nombre croissant de domaines, dispose des instruments précis pour faire valoir sa volonté contre tout acteur social, entité ou institution, en affirmant leur souveraineté dans un contexte d’exception. Ainsi, la situation d’urgence, de danger supposé pour l’existence de la communauté dans son ensemble,  constitue le prétexte politique pour que les restrictions qui limitent habituellement l’État dans des conditions normales à perdre leur validité et à avoir une marge d’action beaucoup plus grande. L’État total faible, représenté par l’État constitutionnel, renforce son pouvoir à travers ces garanties telles que l’état d’alarme, d’exception ou de siège que les constitutions envisagent, et qui permettent l’instauration d’une dictature constitutionnelle.

Avec tout ce qui a été discuté jusqu’à présent, il est nécessaire de souligner la fermeture de la quasi-totalité de l’économie comme l’une des mesures les plus importantes adoptées par les pays de ce modèle. Cette mesure a principalement touché le secteur de l’hôtellerie, comme les hôtels, les bars et les restaurants, mais aussi d’autres services tels que les commerces et les secteurs professionnels qui maintiennent un contact direct avec la population. Seuls les secteurs essentiels pour garantir l’approvisionnement ont poursuivi leur activité économique, tels que le transport de marchandises, les entités financières et d’assurance, les supermarchés, les pharmacies et les opticiens, ainsi que d’autres établissements liés au secteur technologique et à l’entretien des infrastructures critiques ou services liés aux secteurs précités. La fermeture de l’économie est devenue pratiquement totale dans certains cas en avril-mai 2020. Les autres secteurs ont opté, dans la mesure de leurs possibilités, pour le télétravail lorsqu’il leur était possible de développer leurs activités économiques respectives.

Les restrictions économiques susmentionnées se sont accompagnées, à leur tour, d’autres au moment d’alléger lesdites limitations avec la mise en place de capacités différentes pour les établissements ouverts au public, en plus d’autres types de mesures de contrôle qui ont rendu le développement normal difficile à de nombreuses reprises de leurs activités. Sur le plan économique, il faut également souligner la fermeture des lieux publics, tels que les musées, mais aussi des bâtiments de l’État et la limitation ou la suspension à des fins pratiques de nombreux services. La propagation du coronavirus a servi de prétexte à l’Etat pour réduire substantiellement ses services à tous les niveaux administratifs, du central au local, en passant par le régional. De même, la déclaration de l’état d’alarme, comme cela s’est produit un peu partout en Europe impliquait la paralysie des différents processus administratifs liés à ces mêmes services, et leur report correspondant. En général, il y a eu une suspension de tous les services publics non essentiels dans tous les pays de ce modèle de gestion des épidémies.

Une autre mesure qui a eu un effet important sur la société a été la fermeture de tous les centres éducatifs, des crèches aux universités, en passant par les collèges, les instituts, etc. Dans de nombreux cas, cette fermeture a été remplacée par des cours dispensés en ligne, ce qui n’a pas été sans difficultés lors de la réalisation des évaluations correspondantes.

De même, la fermeture des frontières, des ports et des aéroports qui a été appliquée au transit des personnes est notable. Tout cela a également été combiné avec l’établissement d’une distance physique obligatoire allant de 1 mètre à 1,5 mètre. Ne pas le faire pouvait entraîner des amendes substantielles dans certains cas.

La fermeture des lieux publics tels que les parcs, les plages, l’accès aux montagnes, etc. n’est pas moins importante. Ce type de mesure s’est également accompagné d’un travail de supervision accru des forces de l’ordre pour s’assurer du respect du déploiement de drones, de clôtures et de bouclage de ces lieux. Dans certains cas, comme en Italie, des satellites ont été utilisés pour surveiller le respect du confinement par la population.

Septembre 2020 : la situation a-t-elle évolué ?

Les gouvernements ont laissé dans l’ensemble leurs populations respectives profiter des vacances. En France, la saison touristique a été sauvée sauf à Paris et dans les grandes métropoles. Les Français avaient besoin de prendre l’air et profiter d’une convivialité retrouvée. Puis le gouvernement a resserré les boulons à la rentrée, les cas de Covid reprenant de plus belle dans l’hexagone. L’Etat joue sur la peur des gens qui sont majoritairement demandeurs de sécurités sanitaire et sociale. L’Etat renforce donc son rôle d’autant que les milliards pleuvent et vont permettre de limiter la casse. Son problème, c’est sa communication à géométrie variable. Les protocoles scolaires s’allègent car il faut bien que les parents aillent au travail. Maintenant les ministres nous assènent que les enfants ne contaminent pas les adultes mais il faut éviter que les papys et les mamies aillent chercher leurs petits enfants à l’école et les gardent. Comprenne qui pourra. Sans compter que des chercheurs américains indiquent que des parents ont été contaminés par leurs enfants qui fréquentaient la crèche ou l’école. Concernant le port du masque, c’est pareil : les infectiologues ont des points de vue divergents. Qu’on s’entende bien, les libertaires ne nient aucunement la pandémie et plus on évitera de décès, mieux ce sera. Nous préférons la vie aux profits capitalistes, c’est aussi pour cela que nous sommes antimilitaristes. Personne ne nous classera dans les pro-masques ou les anti-masques. Loin des complotistes, nous pensons que le masque est utile dans les lieux clos notamment les transports, les grandes surfaces…Il peut être utile sur les marchés, grandes artères très fréquentées, centres touristiques bondés (Mont-Saint Michel, ville close de Concarneau, Saint-Malo Intra-muros…) mais très contestable au bord de mer, en zones rurales…Car les humains que nous sommes ont besoin de zones de respiration et là l’Etat via les maires entrave nos libertés. De nombreuses aberrations se font jour au quotidien. Le port du masque vient d’être décrété partout dans de nombreuses villes même dans des quartiers peu habités. Les maires nous couvrent pour se couvrir eux-mêmes juridiquement. Le port du masque en plein air à partir du moment où la distanciation physique est respectée n’a aucune utilité prouvée médicalement. Par contre, le port du masque en continu est anxiogène et entrave l’oxygénation du cerveau.

Nous constatons un bourrage de crâne quotidiennement aux informations pour accentuer la peur des citoyens lambda.

Dans ces conditions l’Etat se renforce et répond à une demande qu’il suggère insidieusement. Les anarchistes se trouvent dans une position inconfortable pour proposer une alternative crédible.

Expliquer que le capitalisme sera remplacé par une économie sociale, écologique et libertaire, que l’Etat le sera par l’autogestion/auto-administration des Communes fédérées semble des plus ardus dans le contexte actuel. Pour autant nous avons connu des périodes bien plus difficiles et nos aspirations seront toujours d’actualité pour les hommes et les femmes épris d’égalité et de liberté.

Patoche (GLJD)

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