Elections ou action directe

Moutons2

Nous ne nous intéressons à la critique de la démocratie que du point de vue de son dépassement dans la pratique de nouveaux rapports sociaux de production qui la dépouillent de sa nature de classe actuelle. La critique de la démocratie et la critique du totalitarisme critiquent en même temps deux formes différentes mais complémentaires de gouvernement du capitalisme.

Il s’agit d’entrevoir les formes et le contenu de l’auto-organisation typique d’un monde sans classes, sans armée ni police ni frontières, sans salaire ni capital, sans Etat. La démocratie représentative est une forme aliénée de la liberté humaine.

Lorsque nous parlons de liberté, nous parlons de la liberté des esclaves salariés, de la liberté de ceux qui n’ont pas de pouvoir de décision sur les lois, décrets ou accords qui affectent notre vie quotidienne et l’avenir de nos enfants et petits-enfants. Lorsque nous parlons de liberté, nous parlons d’éliminer toute séparation entre dirigeants et dirigés, entre représentants et représentés. Nous parlons de la liberté des exclus et des marginalisés du système. Nous parlons de la liberté et du pouvoir de décision de la grande majorité, actuellement ignorés par les élections périodiques des représentants qui ne nous représentent pas.

La liberté et la démocratie sont opposées et contradictoires, car la liberté est incompatible avec l’existence de l’État. Au pôle opposé, le fascisme s’oppose à la démocratie car il considère qu’il est incapable d’une défense efficace de l’Etat.

Les fondements de la démocratie bourgeoise sont l’inégalité économique et l’exploitation du travail salarié. Si l’émancipation des travailleurs de l’exploitation capitaliste doit être faite par les travailleurs eux-mêmes, si les travailleurs doivent s’émanciper par leurs propres moyens, si personne ne nous représente ni ne peut nous représenter parce que le système en fait des défenseurs du système capitaliste et de ses logiques électoralistes, le moment est venu d’exercer la démocratie directe par le pouvoir de décision sur tout ce qui affecte nos vies et l’avenir de nos enfants et petits-enfants.

La révolution sociale consiste à créer de nouvelles relations sociales non marchandes, de nature coopérative, solidaire et fraternelle. Elle doit supprimer les divisions commerciales, l’argent en tant que médiateur universel et travailler comme une activité distincte de la vie quotidienne. C’est une tâche immense, mais c’est aussi un programme inaliénable, car c’est la seule voie vers un monde humain et durable.

Le parlementarisme est le pacte et la négociation permanente que les différents partis du capital établissent entre eux pour trouver la gestion la plus appropriée et la plus rentable du capitalisme, qui peut être tantôt démocratique, tantôt fasciste et, de plus en plus fréquemment, un combinaison judicieuse des deux. Une organisation révolutionnaire de la classe exploitée ne peut pas être parlementaire, et dès qu’elle devient parlementaire, elle cesse de défendre les intérêts de la classe exploitée

Les élections démocratiques masquent la violence politique, sociale et économique brutale et permanente de la bourgeoisie contre le prolétariat avec un bulletin de vote auquel sont attribués des pouvoirs magiques et qui cache l’illusion de pouvoir changer « quelque chose » par voie parlementaire. L’État apparaît comme un arbitre neutre, mais ce n’est qu’un déguisement fétichiste qui, en période de crise, ne peut cacher que son rôle n’est ni ne peut être autre que celui de garant du système capitaliste contre les révoltes et les rébellions du prolétariat.

L’idéologie démocratique impose l’illusion que la démocratie est l’ensemble des méthodes, de la représentativité et du droit qui assurent et régulent la vie sociale des citoyens libres. La représentation parlementaire repose sur la fiction selon laquelle la violence est abandonnée, que l’État est un arbitre juste et impartial et que tous les citoyens sont égaux devant la loi.

Les discours sur la démocratie et les droits de l’homme semblent inapplicables et bannissent, en théorie, la violence des relations sociales, sauf lorsqu’elle concerne des intérêts économiques, imposés de manière tyrannique par le FMI ou la Banque mondiale aux peuples et aux citoyens sans défense, avec une sévérité extrême, des mesures qui affectent leur vie quotidienne et l’avenir des générations futures.

La démocratie bourgeoise repose sur l’existence d’individus isolés, sans soutien et séparés, dans lesquels la liberté de chacun est délimitée par la liberté d’un autre individu.

La liberté ne peut s’exprimer qu’à partir de la communauté humaine, au sein d’une société communiste libertaire, solidaire et égalitaire qui, à ce jour, n’a jamais vu la lumière sur la planète.

Le communisme libertaire suppose la destruction de l’État, de l’argent et des entreprises, c’est-à-dire de la séparation entre producteur et production. La communauté humaine n’est ni démocratique ni totalitaire; c’est au-delà de la politique. Elle est basée sur la disparition de cet individu égoïste, isolé et sans soutien, typique de la société bourgeoise et du capitalisme. Il cède la place au spécimen humain solidaire, inséré dans une communauté qui coopère avec d’autres êtres humains et veut protéger les générations futures, sans autre ambition ou perspective que de conserver les ressources naturelles et d’améliorer l’avenir de l’espèce, aujourd’hui menacée par extinction.

La liberté et « le pouvoir » sont intimement unis. Il n’y a pas de liberté sans pouvoir. La liberté est toujours le pouvoir de décider de toutes les questions qui affectent notre vie quotidienne et l’avenir de nos enfants et petits-enfants. La liberté est toujours le pouvoir de faire les choses, sans limitations de la part d’organismes extérieurs à la communauté humaine, sans soumission à des fétiches de toute nature, qu’il s’agisse de l’État, du pays, du chef ou de l’économie sacrée.

La liberté est le pouvoir collectif de convenir de priorités et de satisfaire les besoins de la communauté humaine, fruit de la propension des humains à s’associer et à se transformer en cette association.

Que les relations entre les individus dans la société capitaliste permettent à certains dirigeants de nous représenter tous et de décider de tout, plutôt que de la majorité. Cette éternelle représentativité, cette délégation du pouvoir de décision, se fixe dans des formes permanentes de représentation: les institutions étatiques. L’existence de ce pouvoir institutionnalisé est incompatible avec la liberté. L’État et la liberté sont incompatibles. L’individu et la liberté sont des pôles opposés, car l’individualité égoïste est caractéristique de la société capitaliste et de sa séparation des individus par rapport à la communauté humaine. La liberté n’est possible qu’au sein de la communauté, en tant que participant à une collectivité dans une société communiste libertaire, en tant que membre de l’espèce humaine.

L’abolition de l’État suppose de s’opposer à une société dans laquelle les différents pouvoirs sont institutionnalisés, centralisés et hiérarchisés dans le seul objectif de perpétuer la division de la société en classes. Le pouvoir et la liberté sont inséparables. La liberté est le pouvoir d’agir sur la réalité et les conditions de notre existence pour la transformer. La liberté n’est pas une belle idée abstraite et lumineuse, mais inopérante, mais un combat constant, une organisation efficace et une conquête historique. Un esclave ne peut être libre que s’il se bat pour sa liberté et dans ce même combat, même s’il périt dans le combat.

La liberté est une idée qui naît avec l’émancipation pratique de l’individu au sein de sociétés esclavagistes et autoritaires, qui n’atteindra son objectif et sa réalisation finale que dans une société sans classe et sans État dans laquelle les individus cesseront d’être séparés et confrontés parce qu’ ils font partie de la communauté humaine au sein d’une société communiste libertaire et solidaire.

La démocratie est le terrain privilégié de la contre-révolution, où les intérêts divergents de la société capitaliste sont reconnus dans leur opposition, à condition qu’ils se plient toujours au soi-disant « intérêt général », c’est-à-dire au respect de l’État en tant qu’arbitre « neutre ». À ses débuts, la démocratie n’était que politique et l’État démocratique est apparu comme le défenseur de la communauté des êtres humains créée par le suffrage universel. Sa séparation de la vie sociale était évidente. L’employeur s’est limité à acheter de la force de travail au coût le plus bas possible ou à augmenter la journée de travail sans augmenter les salaires. La principale intervention de l’État a été la répression des travailleurs.

Plus tard, l’État providence est apparu, et à l’époque de Bismarck, l’État était déjà apparu comme un régulateur et un intermédiaire qui assurait les salaires, la sécurité sociale, les heures de travail, ainsi qu’une forte présence de la social-démocratie au Parlement qui garantissait la possibilité de réformes importantes et l’intégration du mouvement ouvrier dans la société et l’État allemands. Le soi-disant État providence a culminé aux États-Unis, en Europe et au Japon au cours des trente années qui ont suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le capitalisme et la démocratie sont apparus comme les meilleurs mondes possibles de toute l’histoire humaine: une société imparfaite mais évolutive.

Aujourd’hui

Après la crise de 2008 et la dépression qui a suivi, l’État providence s’est effondré partout et, aujourd’hui, les individus sont soumis à des influences impersonnelles et déshumanisées, qui obéissent aveuglément à la logique abstraite, incompréhensible et irrationnelle de l’économie sacrée. Jamais auparavant les individus n’ont été confrontés à une domination aussi impersonnelle, omniprésente, étrangère et étrange, aussi intangible qu’elle l’est aujourd’hui.

En d’autres temps, on pouvait rêver de tuer le tyran, et parfois même de grandes révolutions le faisaient, comme ce fut le cas avec Louis XVI. Aujourd’hui, il est insensé de croire que cela changerait quelque chose en renversant ou en jugeant le tyran tel ou tel, ou tel ou tel chef. Ce serait un geste aussi futile que de voter pour ou contre. Plus le «citoyen» est impuissant à changer sa vie quotidienne, plus la conquête infinie des droits fictifs doit se dérouler sur la scène théâtrale des élections démocratiques. La mise en scène du droit de désigner nos représentants, qui en France seraient ceux de la commune, du département, de la région, de l’État ou des institutions européennes, bénéficie d’une pertinence médiatique et d’une propagande particulière. Des représentants qui, en fait, ne représentent rien ni personne, autre que les intérêts des grands groupes de pression (lobbies) ou l’intérêt général du capital financier international.

Ceux qui votent doivent regarder ailleurs et nier la méthode déductive subversive de Sherlock Holmes. Lorsque les coïncidences les plus opportunes, répétées et habituelles d’accidents mortels, de suicides, de crises cardiaques, d’indignations, de morts subites, tombent dans le vide et, en bref, des disparitions commodes, répétées et réussies, s’accumulent et se multiplient, précisément les personnes qui peuvent incriminer , nuire ou déranger le Tout-Puissant … il vaut mieux, pour un accommodement pur à la réalité du moment, ne pas pointer avec l’index et le mot la preuve du plan opérationnel d’un groupe d’élite, avec carte blanche, permis de tuer et accès illimité à fonds publics pour les reptiles. Et rien ne peut être fait, car les soupçons et les coïncidences ne prouvent rien et ne mènent à aucun port. Interdit de penser, autorisé à voter.

Et, pour cette raison, la population commune continue de désigner ses représentants lors d’élections périodiques, même excitée lorsque de nouveaux visages apparaissent, car au moins nous avons la garantie de ne pas vivre sous une dictature totalitaire, où l’horreur est permanente et pratiquée, torture dans les sous-sols des ministères (Espagne de Franco, Grèce des colonels…). Meilleure démocratie qu’une police trop évidente et une terreur d’État. Et c’est ainsi que la terreur domine même dans les territoires où la torture n’est pas pratiquée et dans la pensée des individus non menacés: si vous ne votez pas, vous favorisez le fascisme! Votez corrompu, coupez les votes, votez pour la précarité, votez la misère! Que si vous ne votez pas, le loup fasciste arrive!

Des lois sur le bâillon démocratique surviennent dans tous les pays qui réduisent à néant les droits et libertés d’expression, d’association, de manifestation, de syndicalisation et de grève … qui protègent le droit de nos représentants de se représenter et de nous annuler politiquement et socialement. C’est un totalitarisme d’apparence et de formes démocratiques.

Conclusions

Il y a 80 ans, la démocratie et le fascisme étaient deux formes de gouvernement différentes à la disposition de l’État capitaliste. Aujourd’hui, ils ont été fusionnés dans la même méthode totalitaire, formellement démocratique, avec un vote qui ne décide rien, mais essentiel et profondément fasciste, avec des égouts omnipotents au service de l’État et une presse et une propagande soumises au pouvoir réel et absolu du capital financier et managérial des multinationales. Tout au service de l’économie sacrée. Il n’est plus possible de croire qu’un scrutin dans une urne puisse changer ou adoucir le totalitarisme démocratique qui nous tyrannise. Le vote est un joug, une défaite et une soumission.

Agustín Guillamón

 

 

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