Assez de révisions de l’Affaire Durand

Durand

L’Affaire Durand : quelques explications concernant le syndicalisme révolutionnaire et l’anarcho-syndicalisme.

Depuis quelque temps, nous assistons au Havre, à une campagne de révision de l’Affaire Durand, certaines personnes remettant en doute l’anarcho-syndicalisme de l’Union des Syndicats du Havre (U.S.H.) en 1909, 1910 et 1911. Nous mettrons donc en PJ, les dossiers d’Adrien Briollet et Cornille Gééroms, tous deux secrétaires généraux de l’U.S.H. pour les périodes mentionnées dont celle durant laquelle se déroule la machination contre Jules Durand. Briollet et Géeroms sont de même, militants anarchistes. Dès novembre 1909, les rapports de police indiquent que les libertaires sont à la tête de l’USH.

Pour plus de précisions aussi, au plan national, il nous paraît utile de dire que Fernand Pelloutier, anarchiste notoire, fut secrétaire de la Fédération des Bourses du Travail de 1895 à 1901, 1901 étant la date du décès de ce dernier. Et que trois des quatre militants confédéraux dirigeant la CGT jusqu’en 1909 sont anarchistes : Pouget, Delesalle et Yvetot. Les anarchistes sont donc bien implantés à la C.G.T., tant au niveau confédéral que local, au Havre.

La police informe même que Cornille Gééroms possède de nombreux amis au sein de l’appareil confédéral, donc au moment où Jouhaux, de formation libertaire, est secrétaire confédéral en lieu et place de Griffuelhes.

Certains militants socialistes et trotskystes essaient, politique politicienne oblige, de valoriser le rôle de Jaurès pendant l’Affaire Durand. Si l’on peut reconnaître l’appui incontestable de Jaurès par l’intermédiaire de son journal L’Humanité, il ne faudrait pas sous-estimer l’engagement de Paul Meunier, radical socialiste et surtout la mobilisation des syndicalistes libertaires au Havre. D’ailleurs, il est intéressant de noter ce que disait Madeleine Rébérioux en octobre 1961, à propos de Jaurès et l’affaire Durand : « Mais, de même qu’en 1898 Jaurès avait vu dans l’affaire Dreyfus la possibilité de regrouper tous les adversaires du nationalisme pour faire faire un pas en avant à la démocratie politique, de même en 1910 l’affaire Durand lui est l’occasion, sans rien abjurer de ses critiques envers tel ou tel mode d’action de l’anarcho-syndicalisme, de consolider l’entente toujours fragile, sans cesse remise en question, du Parti socialiste et de la C.G.T. Le rôle qu’il vient de jouer dans la grève des cheminots, l’action de longue haleine qu’il entreprend pour la réintégration de ceux que Briand a révoqués, l’appel passionné « pour la justice» en faveur de Durand, autant d’épisodes à travers lesquels on aperçoit que l’unité de combat de la classe ouvrière est désormais, dans la vie politique française, une des préoccupations essentielles de Jean Jaurès. »

D’une part, nous constatons que Jaurès a bien une arrière-pensée sur le plan stratégique et Madeleine Rébérioux nous parle bien de tel ou tel mode d’action de l’anarcho-syndicalisme de l’époque. Si l’historienne ne les cite pas, nous pouvons éclairer le lecteur, il s’agit du sabotage dont la grève perlée n’est qu’une facette, la chasse aux renards, l’action directe, le boycottage…Cornille Gééroms écrit d’ailleurs un texte dans Vérités, le journal de l’USH, sur sa conception de la grève perlée, une « grève intelligente ». L’anarcho-syndicalisme est bien présent à l’esprit de cette historienne…même si nous devrions préciser que les syndicalistes libertaires de l’époque se qualifient de syndicalistes révolutionnaires et non d’anarcho-syndicalistes, terme péjoratif employé par les communistes contre les syndicalistes libertaires après la Première guerre mondiale.

Cornille Gééroms arrive au Havre avec ses trois enfants en 1905. Il vient de Lille où il a été exclu du syndicat de la métallurgie car il faisait l’apologie du syndicalisme révolutionnaire. Tant qu’à Briollet, il arrive au Havre avec sa compagne et un enfant dans le courant de l’année 1906. C’est un partisan des causeries populaires et a organisé une réunion de concert avec Reinert Charles et l’anarchiste Libertad lors d’une réunion en Mai 1906 à Vitry-le-François dans la Marne où il résidait antérieurement.

Le groupe libertaire, au moment de l’Affaire Durand, n’a plus d’activités en tant que tel car ses militants sont absorbés par les tâches syndicales.

G.ROME

Briollet

(à suivre dans le libertaire de novembre 2016)

 

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