Les partis politiques sont obsolètes

Le paysage politique français est entièrement à désespérer  sur le plan politicien et il exige une analyse approfondie et sans complaisance. La crise politique actuelle révèle le déclin des organisations censées défendre la démocratie : les partis politiques. Alors que les élections municipales sont prévues en mars 2026, lors desquelles seront élus des maires par les conseils municipaux – une situation inédite semble se dessiner au regard de la division actuelle des partis de gauche et de la volonté du RN de s’implanter durablement localement avec les élections départementales à plus long terme ; il est urgent de se demander : que représentent les partis politiques en France aujourd’hui ?

Les partis politiques ont cessé d’être des structures idéologiques avec des programmes gouvernementaux cohérents ; ils sont devenus des entreprises électorales dont le seul objectif est de porter des candidats au pouvoir et d’en tirer profit. Les enquêtes journalistiques et les rapports institutionnels révèlent une corruption persistante : ces partis servent des intérêts économiques et politiques concentrés et ont trahi la confiance du public. Les élections, c’est le changement pour que rien ne bouge. La corruption s’étale au plus haut niveau et il y a même un condamné qui a réussi à sortir un best-seller ; pas au niveau du Goncourt mais un succès d’estime quand même. C’est dire l’affaissement de l’éthique en politique.

La crise de gouvernance interne touche tous les partis y compris les partis dits de gauche. Pendant ce temps, les partis de droite et d’extrême-droite négocient et s’associent ouvertement, défendant un modèle économique qui perpétue la concentration des richesses et les privilèges de la classe dirigeante, favorisant les capitaux étrangers et garantissant le statu quo.  Cette attitude révèle que, pour ces partis, le pouvoir et la survie interne priment sur la cohérence idéologique ou la justice sociale.

Même lorsque certains partis de gauche présentent des propositions plus modérées ou ouvertes au sein d’un programme progressiste plus large, ils n’ont pas transformé leurs pratiques internes : ils restent hiérarchisés, centralisés et dépassés, incapables de répondre aux aspirations de la population. Leurs tentatives de renouvellement sont rares et espacées, ce qui explique leur incapacité à maintenir la confiance du public et à se constituer une base populaire solide sur le long terme. Lors des dernières élections législatives, le vote relevait davantage d’un rejet d’Emmanuel Macron que d’un soutien conscient aux programmes de LFI ou du RN. Au final, l’émotion et la peur priment sur l’idéologie. Le culte du leader comme sauveur se substitue au paternalisme et à la manipulation de la démocratie.

Les trois quarts des gens ne font pas confiance aux partis politiques ; seuls les élus de terrain comme les maires ont encore quelque crédit. Et encore quand on voit le nombre de cas de violence dont ces élus sont victimes, on peut se poser des questions.

75% des citoyens sont insatisfaits de la démocratie. On attend toujours les referendums d’initiative, les fameux RIC de certains gilets jaunes. Et Emmanuel Macron ne semble pas prêt à tenir compte des cahiers de doléances…

Ces chiffres démontrent l’incapacité des partis à représenter les gens, notamment les travailleurs dont ils s’éloignent de plus en plus. Il suffit de regarder l’origine sociale des députés, des ministres voire des maires. Les partis, de par leurs habitudes et attitudes, renforcent l’idée qu’il s’agit de structures obsolètes et dysfonctionnelles.

Le contexte institutionnel n’est guère encourageant. L’Assemblée Nationale est dominée par deux blocs antagonistes et aucune majorité ne peut se dégager sauf consensus/compromissions. Cette situation a alimenté les discussions sur une cacophonie parlementaire, où les lois votées favorisent des intérêts économiques et politiques concentrés et où le pouvoir exécutif est en roue libre avec un président omniprésent qui fait ses choux gras de la situation internationale à défaut de trouver des solutions pour les Français.

Les partis de gauche cherchent à gagner la confiance des électeurs par le biais d’alliances et en dénonçant la corruption chez leurs adversaires, mais ils n’ont pas réussi à se défaire de leurs pratiques internes hiérarchiques et inefficaces, ce qui contredit leur discours sur la justice sociale et économique. Les espoirs de la population – qui aspire à l’égalité et à la transformation – sont manipulés et dilués par des partis qui ne cherchent qu’à survivre dans ce jeu de pouvoir. Les partis de droite et d’extrême-droite, en revanche, agissent avec clarté et transparence : nous savons où ils vont et ils aimeraient bien marcher dans les pas de Trump, leur mentor.

Les candidats d’extrême droite en tête des sondages  incarneront la perpétuation de la corruption, du clientélisme et des privilèges.  Il suffit de regarder le maire de Fréjus, même s’il vient de prendre la tangente du RN. Parallèlement, selon certains sondages (à prendre avec des pincettes) un pourcentage non négligeable de la population serait prêt à soutenir un dirigeant autoritaire pour mettre fin au narcotrafic, pour avoir davantage de sécurité, pour stopper la criminalité, ce qui souligne un risque réel de dérive autoritaire. On peut dire merci aux médias, notamment ceux de Bolloré mais pas qu’eux malheureusement.

L’échec des partis politiques démontre que la démocratie représentative est accaparée par des acteurs politiques et économiques qui permettent une exploitation non réglementée des ressources et servent à la fois certains intérêts nationaux, selon un lobbying bien rôdé,  et les capitaux étrangers. La méfiance du public ne se limite pas aux partis politiques. De plus en plus de personnes se méfient d’institutions telles que la police et le système judiciaire.

Mais l’espoir ne réside ni dans les partis politiques ni dans les structures étatiques, mais dans nos pratiques quotidiennes et horizontales. Les ZAD, l’anarchie des petits pas…constituent une véritable force alternative : elles possèdent des territoires, même minimes, une légitimité et la capacité de s’autogouverner.

Les travailleurs en organisant des blocages et des occupations, démontrent aussi que le véritable pouvoir politique ne réside pas dans les partis politiques, mais dans l’action collective venue d’en bas.

Ces pratiques démontrent que le véritable pouvoir émane de la base, de l’organisation en assemblée, du travail collectif et du respect de l’autonomie. Les partis politiques ne proposeront jamais une nouvelle logique du pouvoir ; il nous incombe de la déconstruire et de proposer un fonctionnement à partir de la base  pour tous et toutes, en nous réappropriant l’héritage des méthodes qui ont fait leurs preuves : action directe, sabotage, label, grève générale… qui renforcent à la fois la liberté individuelle et collective.

Nous n’avons pas besoin de plus de partis politiques ; on a besoin d’un peuple éveillé qui reprenne le contrôle de la politique à sa source , avec des assemblées, des communes et des fédérations capables de transformer la société en profondeur et de générer un « pouvoir » réel, pluraliste et autonome. Tant que les partis resteront prisonniers de leur système de clientélisme et de corruption, le changement ne sera possible que si nous le construisons nous-mêmes à partir de l’entraide, de la solidarité et de l’action directe.

Ty Wi (Gljd)