
Concernant le dysfonctionnement des ressources dans le secteur de la santé
Brisez la routine défaitiste et passez à l’offensive !
Tout ce qui touche à la structure de l’État-providence est pourri. C’est un problème structurel inhérent au système capitaliste. Pour un travailleur exerçant son activité professionnelle dans un établissement de soins public ou privé, toute tentative, même minime, d’améliorer la structure ou la qualité de vie des usagers ou des travailleurs eux-mêmes se heurte à un mur. Il suffit de prendre pour exemple les Ehpad mais nous pourrions aussi parler de la psychiatrie, le parent pauvre de la santé, et de cette hiérarchie pesante à l’hôpital…Au final, les seules options pour les salariés sont d’ignorer le problème et de se contenter de travailler le nombre d’heures requis pour le salaire correspondant, avec pour seul engagement l’exécution de son travail, ou de démissionner et de changer de profession. Et il ne s’agit pas d’un engagement émotionnel, mais de questions fondamentales telles que le respect des droits des usagers et des travailleurs, tels qu’ils sont inscrits dans la loi.
Pour les anarchistes, « la dignité de la personne et les droits inhérents de l’individu », tels qu’énoncés dans la Constitution, ne sont pas de simples symboles à inscrire dans un document juridique, une simple convention. Nous voulons approfondir notre action politique avec la classe ouvrière et ne pas attendre une concession du pouvoir politique pour rester englués dans une défaite constante. Nous ne croyons pas que la mise en œuvre de politiques fragmentaires, si chères à la social-démocratie, résoudra les problèmes de la classe ouvrière. Nous ne croyons pas non plus à l’utilisation de la rhétorique postmoderne pour blanchir tel ou tel dirigeant afin de maintenir les structures de pouvoir et d’autorité, piliers de l’inégalité sociale. C’est le marché capitaliste et l’État qui sont à l’origine de la corruption de l’« État-providence », permettant à une minorité de s’enrichir au détriment des besoins des usagers et des travailleurs. La véritable dignité de la classe ouvrière réside dans sa capacité politique propre, en dehors des institutions étatiques et des partis politiques, et dans la construction du socialisme libertaire par la fédération libre des producteurs et des consommateurs, fondée sur le travail associé et coopératif.
Précarité de l’emploi dans l’administration publique
Les travailleurs font tourner le monde. Chaque service a besoin de main-d’œuvre pour accomplir ses tâches. Souvent, malgré les différences de statut juridique entre les travailleurs (vacataires, intérimaires, permanents, fonctionnaires…, la production se poursuit sans patrons, politiciens, etc. C’est là que réside le véritable potentiel de la classe ouvrière : être capable de produire sans gestionnaires, hiérarchies, politiciens, etc.
Pour les institutions étatiques et la logique néolibérale du marché capitaliste, il est nécessaire de diviser et d’isoler les travailleurs afin de les empêcher de se comprendre et de s’organiser. Ainsi, les politiques néolibérales impliquent globalement:
– Des emplois précaires par le biais de contrats à durée déterminée successifs.
– L’abus de contrats temporaires.
– L’introduction d’entreprises privées dans la gestion publique, ce que l’on appelle l’externalisation.
Peu de travailleurs, répartis dans différentes situations administratives, ou, en d’autres termes, une main-d’œuvre bon marché, flexible et remplaçable : voilà la recette du succès pour démanteler et privatiser les ressources publiques.
Le corporatisme est l’une des principales stratégies de gestion des groupes et sous-groupes de travailleurs. Qu’il s’agisse des équipes du matin de l’après-midi ou de nuit, du personnel de service ou des aides-soignants, etc., chacun se sent privilégié au sein de sa sphère d’influence imaginaire, se considérant différent et menacé par ses collègues. C’est une autre forme de division symbolique au sein d’une classe ouvrière déjà fragmentée par le marché.
Les dirigeants syndicaux dits représentatifs exacerbent cette division. Leur rôle consiste à la perpétuer, à individualiser les problèmes communs et à étouffer toute lutte collective.
Le rôle du management intermédiaire laisse également à désirer. Cela tient non seulement à sa passivité face aux politiques de fragmentation et de privatisation, mais aussi au fait qu’il endosse le rôle du « petit patron médiocre », niant, entravant ou bloquant les droits fondamentaux des travailleurs dans des domaines tels que les congés, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la fourniture d’équipements de protection individuelle et la prévention des risques professionnels.
Les pouvoirs politiques et économiques estiment essentiel que les travailleurs soient en concurrence dans un environnement chaotique. C’est toujours la même vieille stratégie du « diviser pour mieux régner » qui nous rend plus passifs, plus facilement manipulables, etc.
L’externalisation des services publics, un enjeu idéologique
Dans le cadre de la rhétorique dialectique du pouvoir politique, on nous laisse croire qu’un parti privatise plus qu’un autre, ou qu’un parti défend mieux les services publics que d’autres, que certains sont mauvais pour cela et d’autres moins. Rien n’est plus faux. Tous les partis au pouvoir mettent en œuvre des politiques de privatisation et de démantèlement des services publics, que ce soit au niveau de l’État, des communes… Tout au plus, certaines administrations sont plus agressives que d’autres en la matière, mais tous les partis politiques, quels qu’ils soient, appliquent ces politiques.
Les « partenariats public-privé » ne sont qu’un slogan utilisé par une faction politique pour justifier une pratique inscrite dans la loi depuis des décennies.
Les conséquences de la privatisation des services publics sont illustrées par la situation dans les hôpitaux publics. Non seulement les coûts pour les administrations publiques augmentent, mais la logique du marché s’installe, profitant aux plus riches au détriment des classes populaires. Parallèlement, les services d’urgence ferment, les médecins sont rares et les patients attendent souvent des mois pour consulter un spécialiste dans un hôpital public, alors que les délais sont plus courts dans les hôpitaux privés financés par l’État. Sans compter les déserts médicaux. Et ces derniers ne se trouvent pas seulement en milieu rural. Si l’on prend une ville comme Le Havre, 25 à 30 000 personnes n’ont pas de médecin traitant. On peut compter les dermatologues sur les doigts de la main. C’est mission impossible de trouver un allergologue etc. Ceux qui le peuvent vont à Paris et cela occasionne des coûts de transport…et parfois des non-remboursements de soin. Les plus pauvres ne se font pas soigner avec les conséquences que cela implique.
Dans les établissements de santé, l’externalisation des services de ménage ou de blanchisserie est constatée depuis un certain temps, suscitant des plaintes du public concernant le manque de serviettes et de pyjamas, ou le retour de linge sale. De plus, cela entraîne le démantèlement de machines, un gaspillage de centaines de milliers d’euros et empêche la remise en marche du service. Un autre problème lié à ces ressources est la pénurie de cuisiniers et la fermeture des cuisines au profit des traiteurs, ce qui engendre des problèmes dus à la mauvaise qualité des aliments et à des conséquences directes telles que la malnutrition.
La privatisation et le démantèlement progressif des services publics affectent directement la classe ouvrière, accentuant la précarité de nos vies et le risque d’exclusion sociale, parallèlement à l’accroissement constant des inégalités.
Le démantèlement de l’État-providence est un enjeu idéologique. Les religieux et de nombreux chefs d’entreprise dépendent des fonds publics via les marchés publics et les subventions. L’exclusion sociale est un commerce lucratif, tout comme l’éducation. Pourtant, aucun politicien, aucun religieux ou chef d’entreprise ne dirigent réellement les établissements de soins et ne travaillent au quotidien pour les usagers. C’est nous, les travailleurs, qui faisons tourner la boutique et qui la faisons fonctionner. Sortir de cette dichotomie quotidienne est essentiel, tant pour les usagers que pour nous-mêmes. C’est pourquoi nous devons nous organiser et entreprendre une action syndicale qui rompe avec la routine défaitiste et passer à l’offensive pour défendre nos droits et ceux des usagers, en vue d’une transformation radicale de nos conditions matérielles et d’un dépassement du pouvoir politique et du système économique capitaliste.