
D’un point de vue anarchiste, il n’y a pas de place pour les demi-mesures ; on ne négocie pas avec l’oppresseur, on le combat, on l’évite et on l’élimine si nécessaire. Or, l’oppression est sournoise, insidieuse, ancrée en nous et se propageant dans nos esprits. Lassés du capitalisme, c’est par une démarche libre et engagée que nous entamons notre guérison. Le chemin est difficile, certes, mais c’est le plus beau et le plus libérateur. Ne vous y trompez pas.
Par conséquent, notre sport favori, toujours amateur, jamais professionnel, sera alors : le rejet de l’État et de toutes les formes d’autorité et de domination hiérarchiques, la recherche de la liberté individuelle et collective, l’organisation sociale fondée sur l’autogestion, l’entraide et la coopération volontaire ; l’égalité sociale et économique pour éliminer les classes, l’anticapitalisme et l’antifascisme.
Si nous la pratiquons individuellement et collectivement, nous deviendrons de plus en plus libres, individuellement et collectivement. Transformer la mort capitaliste dans laquelle la société néolibérale nous plonge, c’est introduire la lumière éclatante de l’anarchie dans les ténèbres lumineuses de notre époque, et parvenir à la vie au milieu de la mort. Cet accomplissement mérite d’être célébré, triomphal, inversant le triomphe de la mort par le carnaval de l’anarchie, le triomphe de Dionysos.
L’anarchisme ne doit pas se contenter d’adopter les discours populaires de la gauche, même s’il partage certains points communs avec eux. Il doit développer son propre discours.
Les différentes vagues du féminisme émancipateur n’ont que peu à voir avec l’amour libre, pas plus que la social-démocratie de l’État-providence et sa lutte pour l’espace public contre les intérêts privés néolibéraux n’ont grand-chose à voir avec la collectivisation des terres, pas plus que les discours réactionnaires anti-modernes n’ont grand-chose à voir avec la préhistoire des communs et l’histoire du partage, pas plus que l’espace public n’a grand-chose à voir avec la Commune, même s’ils partagent certains points communs. Créer des réseaux d’affinités entre groupes de gauche ne signifie pas adopter le discours des uns et des autres.
Ce qui rend l’anarchisme unique, c’est qu’il est le seul mouvement qui n’établit ni principes, ni fondements, ni hiérarchies, ni gouvernements, mais qui fait de la liberté, de l’égalité et du bien commun l’essence même de son discours. C’est pourquoi, étant le plus radical, il est aussi le plus libérateur.
Il existe un Fight Club auquel chacun de nous participe de manière schizophrénique ; autrement dit, chacun de nous possède son double anarchique, latent au sein de sa pluralité d’egos conflictuels et discordants. Nous pouvons appeler cette anarchie qui nous constitue notre liberté, une liberté qui ne peut émerger que si nous parvenons à une confédération égalitaire en nous-mêmes et au-delà. Nous pouvons appeler cet équilibre individuel et collectif justice, mais il s’agit d’une justice qui transcende la loi, qui la place bien au-dessus des lois protégeant ceux qui dominent la société capitaliste, ce spectacle qui nous est constamment imposé.
Apprendre à vivre, enfin, tâche anarchique par excellence, exige persévérance et effort, dès lors qu’on est déterminé à agir pour recouvrer sa propre liberté et celle des autres.
Même un géant comme la Chine, qui est aujourd’hui un système hybride de gouvernement et d’administration de la vie entre communisme autoritaire et capitalisme géré, craint les anarchistes et tente de maintenir son immense population dans l’aveuglement de la censure.
L’ambiance anarchique peut être joyeuse, festive, mais aussi sérieuse et déterminée, selon le moment et le lieu.
L’atmosphère suffocante de la serre capitaliste peut être contrée par l’air pur de la liberté que nous avons arrachée à l’aliénation. Pour l’instant, il faudra donc tirer le meilleur parti de la liberté qui nous reste, afin de l’élargir, en essayant d’éviter autant que possible la consommation et le travail.
Il n’existe ni voie unique ni recette miracle ; nous nous libérons de mille façons, et nous sommes enchaînés de mille façons. Reconnaître clairement et sincèrement ce qui nous opprime et nous emprisonne, ne pas céder à la séduction fasciste du pouvoir qui engendre l’impulsion mortifère de la consommation, même dans les pires moments, n’est qu’un premier pas, un pas décisif pour sortir de la torpeur et enfin apprendre à vivre.
Simon Royo Hernandez
Il n’y a pas de honte à être heureux . A . Camus