Une jeunesse terroriste française

Jeunesse terroriste française ?

Aujourd’hui, nous assistons à une mobilisation autour d’une addition de mécontentements. Les lycéens ont démarré le mouvement social en septembre et des salariés leur ont emboîté le pas car ils en ont assez des budgets gouvernementaux austéritaires. Vie chère, pas d’augmentation de salaire, hausse des carburants, du gaz et de l’électricité avec l’hiver qui arrive. Détérioration des services publics notamment dans les zones rurales. Difficulté à trouver des médecins, des spécialistes…Soins de santé de moins en moins remboursés (notamment les soins dentaires), pas de revalorisation des retraites, etc. Sans compter le dérèglement climatique. On assiste à une cristallisation de colères, et le gouvernement ne donne aucune réponse politique rapide ni aux jeunes, ni aux salariés, ni aux retraités. Sa seule réponse, c’est la matraque, des peines de prison qui ne visent pas à être justes mais à être les plus sévères possibles. Il s’agit de dissuader les gens de manifester. Les femmes violées, les parents d’enfants abusés sexuellement apprécieront la différence de traitement dans la diligence des procédures judiciaires; ce qui fait dire à certains qu’il vaut mieux être une vitrine qu’une femme ou un enfant violé. Le gouvernement donne des consignes générales d’interdiction de manifester. Notre liberté d’expression en prend un sérieux coup. Macron prépare le terrain à Marine Le Pen en appliquant des mesures liberticides. Il préconise la plus grande dureté en matière de maintien de l’ordre. Ce virage sécuritaire nous interpelle. Aurions-nous une jeunesse terroriste ? A en croire les dispositions prises par l’exécutif en ce qui concerne les restrictions et interdictions de manifester, ce serait le cas.

Macron vient de ternir un peu plus son deuxième quinquennat. Les 7000 gardes à vue de mineurs lors du premier mois du mouvement lycéen resteront comme une tache indélébile. Il restera dans l’Histoire comme le président des gardes à vue : 8000 puis 2700 autres les 16 et 17 octobre. Sans compter les centaines de blessés dont plusieurs mutilés. Les médias sérieux s’occuperont de faire le décompte de la répression plutôt que de s’occuper du nombre de vitrines cassées.

Certains disent que les désordres favorisent la montée du R.N. et oublient de dire que Madame Le Pen caracolait en tête des sondages à l’élection présidentielle de 2027, bien avant le 17 octobre. Elle est bien aidée par les médias dont Antenne 2 qui ont effectué des clips de propagande ne montrant que des scènes de chaos. La guerre civile était là. Cela permettait de passer sur les revendications des manifestants notamment des lycéens et des étudiants. L’extrême-droite a beau jeu derrière de se présenter comme le parti de l’ordre. Et Macron ainsi que la droite de Retailleau et Philippe endossent aussi le maillot jaune de l’ordre. Ils suivent comme des toutous les sondages de demande d’ordre. Sondages commandés et payés par qui ?

 Seulement, une partie des Français considère que pour changer les choses, le passage par la rue est nécessaire, même avant la présidentielle. Ce qui dénote une méfiance de plus en plus grande vis-à-vis des élections qui au final n’apportent que des changements de forme et non de fonds : aucun partage des richesses. Les riches de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. Ne pas taxer les riches en invoquant le ruissellement est la plus grosse arnaque de Macron qui a fait avaler des couleuvres aux électeurs durant dix ans. Sa ligne de défense est de considérer que la hausse des carburants est due à un facteur extérieur : les guerres en Ukraine et en Iran. Mais il ne dit rien du désengagement de l’Etat vis-à-vis des services publics par exemple. Macron nous prend pour des idiots.

Ce qui est important aujourd’hui, c’est la mobilisation des jeunes, un peu comme pour les mobilisations anti-CPE (Contrat première embauche).

En refusant toute discussion sérieuse avec les jeunes et les syndicats, la société se trouve dans un mélange de cocktail explosif. L’originalité de ce mouvement social c’est qu’il se déroule à quelques mois de l’élection présidentielle.

Entre le mouvement des gilets jaunes de 2018 et celui contre la réforme des retraites de 2023, il est possible de conjuguer ces deux colères en y incluant les jeunes comme troisième composante. A savoir que le 5 novembre, le nombre de manifestants pourrait avoisiner les 1,5 million de manifestants. Ce serait une sorte de convergence des luttes. Les jeunes ont eu un rôle moteur en 1968. Au niveau international (Serbie, Espagne, Italie, Grèce etc.), la jeunesse commence à se bouger aussi en prenant la jeunesse française comme exemple.

L’extrême-droite se présente comme le parti de l’ordre mais Méloni en Italie doit faire face au mouvement social des routiers ce qui a une incidence sur l’approvisionnement des magasins, et à celui de la jeunesse qui commence à se mobiliser un peu comme en Grèce…

On sent une certaine fébrilité chez Lecornu. Quand un gouvernement ne propose que la répression, quand il base sa réaction sur la délation, quand il utilise un vocabulaire inapproprié vychiste, c’est qu’il s’enfonce dans l’autoritarisme. Macron endosse la posture de Jupé en 1995, droit dans ses bottes. Il n’entend pas faire des annonces significatives et rapides concernant les revendications lycéennes, ce qui constituerait pour lui un aveu de faiblesse, lui qui a toujours raison. C’est cela le pouvoir vertical. Il n’entend pas donner quelques signaux pour le point d’indice des fonctionnaires non plus par exemple. A ce titre, la situation va devenir intenable pour le gouvernement qui compte jouer le pourrissement mais pas sûr que cela marche cette fois-ci.

Les jeunes et les militants les plus combatifs ciblent l’État, mais aussi la police (Tout le monde déteste la police) – et la dénonciation des violences policières qui devient un axe revendicatif fort.

Mettre un impôt très progressif sur la richesse et le capital ne pose aucun problème technique. C’est une question de volonté politique. Les anarchistes restent cependant inquiets car l’évolution du macronisme pourrait rétablir la guerre comme moyen essentiel de lutte pour le pouvoir, mais sous une autre forme…

Ty Wi (Groupe libertaire Jules Durand)