
On ne peut pas nécessairement concevoir la révolution du XXIe siècle comme une répétition de celle de la Révolution espagnole de 1936, la Révolution russe de 1917, ou de tout autre événement historique. Nous ignorons à quoi ressemblera une future transformation révolutionnaire. Cependant, l’idée de révolution trouve toujours un écho, et nous ne devons donc pas l’abandonner.
Nous pouvons tirer des leçons du passé et comprendre les processus qui y ont conduit : ce long processus non linéaire de transformation des relations sociales et de construction de communautés en lutte, dotées de leur propre culture et de leurs propres capacités organisationnelles, capables de faire face à l’État et au capital.
En ce sens, il n’y a pas de contradiction intrinsèque entre la révolution sociale et les luttes concrètes du quotidien. L’essentiel est de veiller à ce que ces expériences quotidiennes renforcent la capacité des citoyens à s’organiser, à prendre des décisions collectives, à s’opposer aux détenteurs du pouvoir et à bâtir leurs propres institutions.
Ce processus d’accumulation correspond précisément à ce que certaines organisations militantes contemporaines appellent le « pouvoir du peuple ». Black Rose, aux États-Unis, par exemple, conçoit ce pouvoir du peuple comme la construction à long terme de mouvements indépendants, durables et combatifs, capables à la fois d’obtenir des améliorations et d’accumuler de la force en vue d’une transformation sociale révolutionnaire.
Et partant de ce principe, il serait intéressant de réfléchir à :
Comment la majorité sociale qui vit de son travail est-elle organisée aujourd’hui, comment se rapporte-t-elle aux autres formes de domination, et comment peut-elle devenir une force capable de transformer radicalement la société ?
Comment construire des organisations suffisamment fortes pour développer leurs capacités et suffisamment libertaires pour ne pas devenir une nouvelle forme de domination sur ceux qui luttent ?
Comment faire en sorte, que les luttes quotidiennes développent des capacités, des relations et des formes d’organisation qui rendent possible une transformation révolutionnaire ?
Car si nous abordons des questions pratiques, on prend davantage conscience de ce qui nous sépare, de ce qui nous unit et des possibilités de collaboration, qui sont plus nombreuses que les obstacles.
Une conception anarchiste de la transformation sociale doit être capable de comprendre les relations entre les différentes formes de domination. Le capitalisme n’est pas la seule structure de pouvoir existante. Mais il ne disparaît pas pour autant simplement parce que l’on découvre l’existence d’autres structures. Et il est vrai que les luttes contemporaines sont multiples et qu’il n’existe pas nécessairement un seul mouvement ouvrier organisé qui puisse les fédérer. Cependant, affirmer l’existence de nombreuses luttes autonomes ne résout pas le problème de la consolidation des forces, car il est tout à fait possible d’avoir une constellation d’organisations répondant à différents problèmes et besoins dans la vie des travailleurs. Il n’y a pas nécessairement d’inconvénient ; la question est de savoir comment, au sein et en dehors des organisations, élaborer une stratégie de progrès collectif.
Dans l’actualité brûlante de ces derniers jours, chaque courant de pensée y va de ses solutions. Les communistes et les insoumis par exemple ont un intérêt électoral évident. Pour les Insoumis de Mélenchon, il s’agit d’être présent au second tour de l’élection présidentielle. Pour les communistes, il s’agit de la survie de leur organisation.
L’extrême-gauche trotskyste milite pour organiser un parti prolétarien fort qui servirait d’avant-garde. Elle retombe dans les vieux schémas organisationnels marxistes-léninistes avec les travers que nous dénonçons depuis Cronstadt et Makhno.
Les anarchistes pensent que le logement, le genre, le racisme, les migrations, le territoire, la reproduction sociale et l’environnement ne sont pas des enjeux que l’on peut simplement exclure de la lutte des classes. Toutefois, on ne peut pas non plus réduire toutes les luttes contre la domination à une simple question de salaires et de vie chère. Même si la lutte contre la vie chère est primordiale surtout pour les travailleurs, les étudiants, les chômeurs et les retraités qui tirent la langue à la fin de chaque mois, si ce n’est le quinze du mois.
Une organisation anarchiste spécifique ne devrait pas se substituer à un syndicat, une association de défense du logement ou un mouvement populaire. Elle ne devrait pas non plus devenir une autorité extérieure dictant la conduite de ces mouvements.
Nous avons toujours dit qu’un groupe libertaire, affinitaire…devait faire de la propagande anarchiste (journaux, tracts, brochures, films, émissions culturelles…). Mais que l’action se fait en dehors, dans les syndicats, dans les associations…Son rôle est d’intervenir en leur sein, de les organiser, de contribuer par des propositions, de tirer des enseignements de l’expérience et de s’efforcer de développer une orientation révolutionnaire…
Les anarchistes ne sont pas des gourous mais des militants de terrain et le terrain est divers.