
« Aucun gouvernement ne combat le fascisme pour le détruire. Lorsque la bourgeoisie voit le pouvoir lui échapper, elle instaure le fascisme pour préserver ses privilèges. (…) Le fascisme ne se débat pas, il se détruit. » — Buenaventura Durruti
Face à la montée de l’extrême droite et au piège électoral tendu par celle-ci en France et ailleurs, il devient urgent de créer des espaces de discussions, de rencontres où le mouvement anarchiste, ses collectifs et ses individus, puissent partager des stratégies et des tactiques qui nous préparent à poursuivre la lutte contre l’extrême-droite dans nos villes et nos régions.
Les systèmes d’oppression (capitalisme, patriarcat, colonialisme, entre autres) ont muté et manifestent aujourd’hui une appropriation croissante de la vie, de son potentiel créatif et coopératif, tout en perpétuant l’exploitation du travail, la violence coloniale et la dévalorisation de la sphère de la reproduction. À la stratégie macro-politique des rouages de la machine coloniale/capitaliste s’ajoute désormais une extraction micro-politique des processus qui façonnent des subjectivités destinées à reproduire le processus continu de colonisation de la vie.
L’anarchisme de Bakounine et autres grands penseurs libertaires s’est toujours ancré dans le réel et a toujours été inspiré dans ses combats par deux éléments interdépendants et fondamentaux : la liberté et la résistance à la soumission. Eléments complétés par une éthique libertaire. Aujourd’hui, les échecs du libéralisme et du communisme autoritaire sonnent l’impossibilité pour le mouvement social de sortir de cette impasse. D’où un intérêt croissant et un souffle plus fort pour les sentiments anti-autoritaires qui émergent partout dans le monde. Pas suffisamment pour renverser la table mais suffisamment pour donner un espoir aux générations présentes et futures.
L’actualité avec la possibilité de l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir en France nous convoque pour un enjeu majeur. Faut-il voter pour engendrer le moindre mal ? Les anarchistes au Havre et ailleurs pensent que l’on ne combat pas le fascisme par le vote. Et nous pourrions ajouter que c’est par l’abstention électorale active que nous pouvons freiner son développement. Que finalement le vote banalise, cautionne et légitimerait l’extrême-droite si cette dernière arrivait au pouvoir.
Ce n’est pas en votant que l’on combattra la xénophobie, que l’on éloignera le soutien de plus en plus présent des élites financières et économiques de France et d’ailleurs à l’extrême-droite. Cette dernière a conservé ses concepts autoritaires, conservateurs, réactionnaires et fascisants pour certains mais a su intégré les nouvelles technologies qui leur permettent de véhiculer leurs idées dans le cadre d’une bataille culturelle élargie et qui leur permettront un contrôle social plus important à l’avenir. Quant au moindre mal, comme le faisait remarquer un vieux compagnon, cette stratégie fut celle adoptée par le grand patronat pour s’opposer au danger révolutionnaire, en faveur du nazisme.
Dans la perspective d’une lutte contre l’extrême-droite, nous estimons nécessaire de créer un espace pour partager et renforcer les luttes contre elle et déjà engagées sur différents territoires. Un espace qui nous permette de réfléchir à la manière dont les systèmes d’oppression sont structurés dans le contexte historique actuel, tant au niveau macro-politique que micro-politique. Il nous faut redonner de l’espoir aux jeunes, aux travailleurs…et créer l’étincelle qui allume des synergies anti-autoritaires à visée émancipatrice.
La mise en place de cercles de discussion, où les débats pourraient porter sur les différentes facettes de l’extrême-droite contemporaine et les pratiques de résistance actuelles et potentielles qui pourraient y faire face. Ces questions peuvent être abordées à l’échelle de la domination macro-politique mondiale, mais aussi dans les réalités quotidiennes de nos espaces/territoires et dans la construction de nos subjectivités. Au niveau macro-politique, les participants seraient invités à partager et à examiner de manière critique les contributions et les pratiques de lutte contre la domination fasciste contemporaine, telles que les luttes anti-carcérales, anti-impérialistes, anti-nationalistes, antiracistes, féministes et écologistes, anarcho-syndicalistes, entre autres. De plus, au niveau micro-politique, nous estimons nécessaire de problématiser les pratiques qui s’inscrivent dans un désir politique intériorisé qui reproduit le fascisme et s’incarne dans des dynamiques autoritaires/fascistes au sein de la famille et des groupes sociaux, institutionnalisées par l’État, telles que le punitivisme, la militarisation de la vie quotidienne, le désir de compétition, le racisme intériorisé, entre autres.
La haine continue à se manifester dans le racisme, la xénophobie, l’homophobie…Mais socialement, les foyers de haine peuvent être désamorcés par l’entraide et la solidarité. La société est structurée par la violence et la domination, c’est pour cela que l’on doit détester la guerre et le militarisme ; c’est pour cela que les dominés doivent faire preuve d’empathie et d’imagination afin d’inverser et contrer la violence structurelle de nos sociétés.
Des propositions sous de multiples formats, tels que des conférences, des ateliers, des interventions graphiques, diverses expressions contre-culturelles, des projections, des documentaires, des affiches, des autocollants, des brochures, entre autres…pourraient servir de support pour populariser les initiatives libertaires.
« Etre anarchiste, c’est simplement croire que les êtres humains peuvent se comporter de manière sensée sans qu’on les y force. Une idée toute simple mais que les riches et les puissants ont toujours trouvée terriblement dangereuse. » « Les anarchistes estiment que ce sont le pouvoir et les effets du pouvoir qui rendent les gens stupides et irresponsables. » (David Graeber)
Action directe contre l’extrême-droite et le fascisme !
MAINTENANT!