
J’ai eu l’occasion de passer deux semaines à la campagne en pays de Caux. Je me voyais déjà, non pas en haut de l’affiche, mais loin du bruit, de la modernité, de la politique politicienne… Bref, j’envisageais un espace contemplatif, genre rêveries d’un promeneur solitaire, une espèce d’idylle verte. Les petits oiseaux et tout et tout. Les clichés habituels, comme quoi on peut être libertaire et tomber dans le panneau des préjugés.
Aussitôt arrivé dans la maison louée, j’ai entendu le chien du voisin aboyer et ses aboiements ne me quittèrent pas durant le séjour, sauf la nuit où le chien de garde était rentré. Ces aboiements me tracassèrent un peu et puis à la longue, on s’y habitue. Par contre, le bruit des canards, qu’un gus élevait en grand nombre, ça surprend toujours un peu, d’autant que leurs coins-coins vont crescendo lorsque la nourriture arrive. Ca cancanait dur dans le clos.
Je me suis dit qu’une bonne nuit et une grâce matinée bien méritée, la première depuis la fin de mon travail salarié pour congé, me requinqueraient. C’était sans compter les cloches de l’église qui se mirent à sonner à 7 heures du matin. C’était pas une heure pour un bon chrétien, même pour un mauvais chrétien comme moi. J’aime bien le son des cloches, ça me rappelle mon enfance, mais bon à sept heures du matin, c’est un coup à ce que tout le patelin devienne athée. A midi et à dix-neuf heures, ça passe encore, mais à sept heures, je ne digère toujours pas.
Et à huit heures du matin, vraiment pas de chance, les travaux au groupe scolaire commencèrent. Il faut bien refaire les sanitaires de l’école et que tout soit prêt à la rentrée pour les enfants. Des camions passèrent et repassèrent devant chez moi et soulevèrent des nuages de poussières. C’est vrai qu’en période de sécheresse, la poussière, il y en a et c’est volatile. A ce moment, le bon air de la campagne, c’est un peu une fiction. A 17 heures, les travaux et le ballet de camions stoppèrent. Ouf. Le répit fut de courte durée car un autre voisin se mit à nettoyer sa toiture au karcher. Ca fait un barouf d’enfer cet engin. Seul sur son toit, en haut d’une grande échelle, l’énergumène en plein cagnard s’escrimait à toiletter son toit. Apparemment, il faisait abstraction des règles élémentaires de sécurité. Dans mon usine l’énergumène se serait fait rappeler à l’ordre. Mais là, j’étais en vacances et le bonhomme était adulte et il devait savoir ce qu’il faisait. Très con cependant, l’énergumène. A vingt heures, il arrêta soit une heure après le tintement de la dernière cloche. Sans doute était-il convoqué par les informations à la Télé.
A vingt et une heures, de joyeux lurons se mirent à faire la fête. C’est les vacances et les gens ne font cela qu’une fois par mois. Pour un village de six cents âmes, on imagine bien le bordel que cela ferait si tout le monde faisait du bruit une fois par mois. Mais bon, perso, je ne suis là que deux semaines. Les voisins n’ont qu’à régler cela entre eux.
Le lendemain soir, c’était au tour des cultivateurs de moissonner avec leurs moissonneuses batteuses. Jusqu’à minuit, une heure du mate. C’est vrai que c’est moins désagréable de bosser à la fraîche en période de canicule. On les comprend. La semaine d’après, c’était la luzerne qui était empaquetée dans la journée. Un petit jeune faisait mumuse avec un drone et dirigeait son père qui était aux commandes d’un tracteur. Là, on voit bien la manœuvre et on se rend compte que les cultos utilisent du matériel dernier cri pour travailler. On est loin des agriculteurs d’après-guerre. La modernité ; on est dans l’ère du drone.
Toujours réveillé de bonne heure, je compte bien profiter du week-end. La matinée, lecture du livre d’un pote « Aernoult, Durand et Rousset- Trois affaires Dreyfus du pauvre à la Belle Epoque ». Lecture coupée et interrompue par les aboiements du chien de garde. Dur de se concentrer avec des animaux qui hurlent. Après tout, il fait son boulot : surveiller la maison de son maître en échange de repas. L’après-midi, deux gros 4X4 immatriculés 35 laissaient leur moteur tourner. De vrais écolos. C’est l’heure d’une bonne balade même s’il fait chaud. Quelle ne fut pas ma surprise de ne pas pouvoir prendre le chemin habituel de ma rando quotidienne. Il y a avait un panneau « Chasse en cours- Ensemble soyons vigilants » et en petit « la nature est notre culture ». Et une dizaine de 4X4 qui quadrillait un champ de maïs. Très certainement une chasse aux sangliers. Mais sérieusement, c’est quoi cette pancarte ? Soyons vigilants. C’est à celui ou celle qui tient le fusil d’être vigilant, pas au pauvre promeneur qui ne demande rien à personne. Et la nature est dans notre culture. Formidable, faudrait en parler aux propriétaires de 4X4, surtout ceux qui laissent leur moteur vrombir. Bref, il y en a qui s’amusent bien avant l’ouverture de la chasse début septembre. Bientôt il faudra se balader avec des gilets pare-balles à la campagne si on veut rester en vie.
Là, j’ai parlé du bruit, des chasseurs mais il y a aussi les odeurs car les cultos envoient leurs engrais qui puent dans leurs champs. Et ça sent à des kilomètres à la ronde.
Alors, le monde rural, c’est loin d’être la panacée d’autant que l’extrême-droite profite des vacances pour afficher dans tous les villages. Et aussitôt arrachées, les affiches sont recollées. Alors, on ne se refait pas, on arrache les affiches quand elles sont à portée de main. Des copains mettent même des A cerclés et des fachos…aussitôt récupérés par les militants ou sympathisants LFI, 2027. Même à la cambrousse, on n’échappe pas à la politique.
Finalement, on n’est pas plus mal en ville qu’à la campagne. Une autre option : être isolé, un peu comme sur une île déserte. J’dis ça, j’dis rien…
Urbain (GLJD)