Villequier

Villequier est un joli village de bord de Seine où l’on voit passer de gros bateaux à destination de Rouen, le plus important port céréalier de France, et des péniches quand la marée le permet. Le ballet incessant des navires quand on pique-nique sur les rives de la Seine ou que l’on prend un verre en terrasse ne laisse personne indifférent. Ce village est connu aujourd’hui car il abrite le musée Victor Hugo avec un magnifique jardin. L’une des filles de l’écrivain, Léopoldine, et son mari, Charles Vacquerie, se sont noyés dans le fleuve en 1843 ainsi que d’autres personnes dont le petit frère de Charles. La légende dira que ce fut à cause du mascaret mais ce fut plutôt  à la suite du chavirage de leur canot à voile consécutif à un fort coup de vent.

Les touristes aiment flâner le long du cours d’eau où cohabitent anciennes maisons de pêcheurs et maisons de maître.

En 2016, la commune fusionne avec Caudebec-en-Caux et Saint-Wandrille-Rançon pour former la commune nouvelle de Rives-en-Seine.

C’est en arrivant du Havre que l’on voit sur la gauche en entrant dans Villequier, un bâtiment nommé « La Cité ». Ce qui intrigue au premier abord. Après renseignement, il s’avère que c’était le logement d’une partie des ouvriers dans le dernier quart du XIXème siècle. Villequier était donc une commune ouvrière. Il y avait une briqueterie (tuilerie pour les Argiles de Villequier) qui fonctionna de 1874 à 1895. Elle employait une centaine d’ouvriers qui produisait quelques milliers de tonnes de produits céramiques par an. Il fallait 12 000 tonnes de charbon pour le fonctionnement de la fabrique. Tout arrivait et partait par bateau. L’argile de très bonne qualité provenait de plusieurs carrières de Villequier et était extraite à l’aide de godets tirés par des chevaux. L’usine possédait quatre fours à poterie et à ciment de Portland.

C’était aussi un fief anarchiste et la briqueterie était un bagne ouvrier.

Villequier, berceau de l’anarchisme en Seine-Inférieure

 Dès le numéro deux de l’hebdomadaire anarchiste « Le Droit Social » du 19 février 1882, organe socialiste paraissant tous les dimanches et dont l’administration est à Lyon, Dumas au nom du groupe anarchiste révolutionnaire de Villequier (Seine-Inférieure) passe le communiqué suivant : « Compagnons Lyonnais, Nous apprenons par les Compagnons de Paris que vous devez faire paraître le journal le 12 courant. Comme nous n’avons reçu aucune circulaire pour pouvoir  souscrire, nous venons vous dire par la présente que vous pouvez compter sur nous pour vous soutenir dans votre entreprise. Courage, Compagnons, flétrissez, comme ils le méritent, ces exploiteurs du peuple et ces politiciens de carton. A ces conditions nous marcherons la main dans la main pour la conquête de nos droits et pour le triomphe de la Révolution sociale. A vous et à la Révolution. Le Correspondant.  »

Nous constatons une coordination rapide entre groupes anarchistes en France et celui de Villequier comporte un effectif conséquent pour une petite ville de province avec une vingtaine de membres.

Et Dumas de continuer à communiquer dans le numéro 3 du Droit social : « Bravo, et tenez haut et ferme le drapeau des revendications sociales. Votre premier numéro répond à nos vœux ; il est l’expression de nos idées. Flétrissez sans pitié ces vampires qui se vautrent dans la rue avec la sueur des prolétaires. Nous vous aiderons dans cette tâche, et nous serons heureux d’aider au triomphe de la Révolution sociale. Nous comptons sur vous, vous pouvez compter sur nous. »

 En première page de son premier numéro « Le Droit Social » se fixait comme but d’être l’organe des déshérités, des prolétaires et de combattre tous les puissants du jour… « de démontrer que tant qu’existera le salariat, cette nouvelle forme d’esclavage, toutes les réformes politiques sont, sinon complètement inutiles, du moins insuffisantes. » « A nous d’attaquer aussi bien le droit de propriété, que d’attaquer et de détruire tous les moyens jésuitiques employés par les repus de toute catégorie, pour maintenir leurs privilèges et les faire sanctionner par ceux-là mêmes qu’ils dépouillent.  A nous d’attaquer tous les gouvernements, non pas qu’ils portent tel ou tel nom, mais parce qu’ils sont gouvernement, c’est-à-dire autorité. Autorité qui a toujours été mise au service des exploiteurs. A nous de démontrer au peuple le peu de valeur de tous ces intrigants mendiant les suffrages du peuple en promettant monts et merveilles, pour tout oublier quand ils ont réussi à cesser d’être gouvernés pour devenir gouvernants. »

Les anarchistes de Villequier apportent par conséquent leur soutien aux travailleurs en grève contre leurs exploiteurs. Dans la chronique du travail du Droit social, ils s’y expriment et font valoir leur point de vue quant à la grève de Roanne: « Travailleurs de Roanne, Courage, les travailleurs de tous les pays vous viendront en aide. Les anarchistes de Villequier vous adressent comme encouragement le montant d’une souscription faite dimanche, 9 courant, de la somme de 26 francs. Puisque le gouvernement bourgeois reste indifférent à vos souffrances, les travailleurs montreront que la solidarité n’est pas un vain mot. Allons, bourgeois repus, faites vos orgies, affamez les peuples, regardez sans rougir, tigres sans entrailles, ces enfants et ces femmes qui meurent de faim. C’est là le côté qui vous caractérise, vous pouvez arrondir vos fortunes avec nos sueurs ; nous ne parlementerons plus avec vous, l’on ne parlemente pas avec des bêtes féroces, on les supprime. L’heure de nos revendications approche, le peuple est fatigué d’être toujours la bête de somme, il veut ses droits, dût-il exterminer jusqu’au dernier de vos descendants. Notre devise est : justice et solidarité. Vive la révolution égalitaire. Suivent les signatures : A. Dumas, Carre, Legrand, Tassery, Jacob, Déchemd,Guéy, Dufourd, A. Allix, Quitton, Chouet, Marlot, Sennequin, Daniel, Masson, Verney. »

 Dumas, le correspondant du groupe anarchiste révolutionnaire de Villequier nous indique dans le numéro du Droit social suivant  ses propositions pour changer la situation des prolétaires,(N° du  5 mars 1882) : « Travailleurs, Un seul moyen peut être employé pour améliorer ou transformer notre situation, c’est la révolution qui seule supprimera l’exploitation de l’homme par l’homme et fera disparaître toutes les iniquités actuelles, en rétablissant, sur les ruines de la société égoïste d’aujourd’hui, la société égalitaire de l’avenir. La Révolution de 93 a consacré le droit, la prochaine Révolution consacrera la justice et la solidarité ; nous sommes le nombre, soyons le droit, que les travailleurs s’unissent et ils verront bientôt que la force de ses exploiteurs s’affaiblira et que la leur augmentera. Unissons-nous donc sur le terrain révolutionnaire, pour réclamer nos droits à la vie, qui sont les droits que la nature nous a donnés, elle seule peut nous affranchir du joug de l’exploitation et nous donner des jours meilleurs. Que le droit social soit notre porte-parole ; étudions avec lui les moyens les plus sûrs pour le triomphe de nos principes et de nos idées, faisons le sacrifice de notre vie s’il le faut, mieux vaut la mort que l’asservissement. Révolution, lève ton étendard, plus d’ordre, plus d’autorité, plus d’exploiteurs, sois terrible, impitoyable, déchaîne tes fureurs, jette à la face du monde ton cri de guerre : Plus d’esclaves, plus de maîtres, place à la justice, à la solidarité. Vive la Révolution, vive l’anarchie. »

 Le 18 Mars 1882, Louise Michel prend la parole lors de la célébration de l’anniversaire de la Commune à Paris : « C’est aujourd’hui le 18 Mars, le jour des grands souvenirs, le jour où la réaction croit voir errer à travers les rues les fantômes des assassinés. Aujourd’hui nous assistons à une sorte de réveil, les mineurs paraissent avoir envie de recommencer la lutte et cette fois ils iront jusqu’au bout. Un nouveau monde émerge à l’horizon, et si nous y marchons par des chemins divers, c’est qu’il y a encore beaucoup d’ombre entre ce monde et nous. Mais tous les chemins sont bons pour arriver, tous les moyens sont bons pour tuer les serpents et les vipères, nous devons exterminer les monstres comme autrefois l’homme primitif tuait le loup des cavernes, le grand tigre et l’ours au front bombé. Aujourd’hui, la guerre doit changer de caractère : plus de grâce, plus de pitié. Pour un à qui nous faisons grâce on égorge dix mille des nôtres…. Oui, vive la Commune ! la grande Commune ! la grande haine contre le mal, la Commune qui dressera le drapeau noir en face de toutes les iniquités, la Commune qui triomphera ou s’enlisera sous les décombres. Autrefois on avait peur de moi comme d’une pétroleuse, je serai une incendiaire qui n’hésitera pas à brûler une ville pour faire triompher la Révolution. »

Le souvenir des milliers de morts de la Commune hante encore les survivants de cette Révolution manquée. La mémoire des vaincus ne se fait pas oublieuse et crie vengeance. Le groupe anarchiste révolutionnaire de Villequier et Caudebec allie, lui,  séquence mémorielle et actualité sociale : « Compagnons, Après avoir rappelé les combats héroïques de la Commune, après avoir retracé le courage des fédérés et leurs souffrances et maudit leurs assassins, les anarchistes de Villequier et de Caudebec ont fait un versement, pour les grévistes de Roanne, de la somme de 28 francs 50 pour les soutenir dans la lutte qu’ils ont entreprise contre leurs affameurs. Leur cause est la nôtre, nous devons les secourir et s’ils sont vaincus ils se souviendront que les anarchistes ont fait tout ce qui leur était possible de faire et ils viendront grossir l’armée des sombres révoltés pour avancer le jour de la Révolution sociale, car, ce jour-là, frères de Roanne, nous ferons disparaître l’inégalité de l’exploitation, et l’homme, redevenu libre, n’aura plus à redouter les ambitieux ni la misère car nous purgerons la société de tout ce qui la vicie et quand, sur les ruines du vieux monde corrompu et avili, nous aurons établi le régime de la justice et de la solidarité, l’homme ne sera plus chair à machine et chair à mitraille. Courage frères roannais et d’aujourd’hui étudiez avec nous les moyens les plus sûrs et les plus prompts pour notre vengeance commune, que vos poitrines fassent retentir ce cri qui fait trembler nos oppresseurs : Vive la Révolution égalitaire ! Vive l’anarchie ! A. Dumas, Legrand, C. Carré, A. Marlot, Lecolu, A. Masson, Merlin, Dupé, Tassery, Cuny, Sanquin, Chatagnier, Guay, Lemaire, Thouel, Alix, Leconnu, Guillon, Verney, Duffosser. »

La grève de Roanne

 Après deux mois de grève, les ouvriers tisseurs de Roanne courbant la tête sous le poids de la défaite rentrent à l’usine tout comme ce fut le cas à Bessèges et à Villefranche. Trois mille familles ouvrières ont enduré les privations alors que le patronat faisait la noce préférant laisser mourir de faim les ouvriers plutôt que de perdre une parcelle de leurs bénéfices. Alors un ouvrier, Fournier, délégué à la commission de grève, n’est pas repris à l’usine car considéré comme un meneur. Il acquiert un pistolet et tire sur Bréchard, l’un des onze patrons tisseurs, ne l’atteignant pas. Il est aussitôt arrêté, emprisonné puis après un procès expéditif condamné pour crime… Furent publiées alors dans « Le Droit social » des listes de souscriptions ,pour l’achat d’un révolver d’honneur au citoyen Fournier,  dont celle de Villequier : «  Legros,A.Marlot,Gay,Carré,Bongrand,A.Dumas,Daniel,Thorel,Femme Dumas,Jeanne Dumas,Henri Dumas…” 30/4/1882.

 Dans “Le Droit social” du Dimanche 7 mai 1882 apparaît un autre communiqué de Dumas daté du 24 avril 1882: « DES MENACES Il fallait s’y attendre, le Droit social a soulevé contre nous la meute bourgeoise et gouvernementale, voire même les radicaux et c’est à qui nous calomniera le plus. Nous nous réjouissons de leurs attaques car c’est une preuve que nous avons frappé juste ; que ceux dont nous cherchons à déjouer les projets nous appellent Révolutionnaires, conspirateurs, etc ,etc, certains de faire notre devoir, nous nous honorons de leurs injures. Oui nous sommes Révolutionnaires si c’est l’être que de combattre ceux qui détiennent la fortune publique et qui nous torturent dans leurs bagnes pour un salaire dérisoire pendant qu’eux, les oisifs, vivent dans les orgies et l’abondance. Oui nous sommes conspirateurs, si c’est conspirer que de dénoncer aux travailleurs les infamies de ces intrigants qui voudraient fusiller tout ce qui s’oppose à leurs ambitions. Oui bourgeois de tout acabit, nous emploierons tous les moyens pour nous débarrasser de votre détestable personne, car nous ne voulons plus que vous nous traitiez comme autrefois l’on traitait les esclaves noirs ; votre heure a sonné il faut vous résigner, le torrent populaire vous jette le gant de la lutte , et soyez certains qu’il ne reculera pas sans avoir accompli son œuvre, dût-il s’ensevelir sous les décombres de cette société pourrie, dût-il entasser victimes sur victimes ; partisans résolus de la propagande par le fait, nous ne laisserons pas impunies les injustices que vous nous ferez, tenez-vous le pour dit. »

 Là encore Dumas tient des propos virulents et menace  même sans ambages ceux qui voudraient chercher des noises aux anarchistes pour s’être simplement exprimés et avoir dénoncé certaines injustices de classes. Cependant la justice bourgeoise ne pouvait tolérer qu’un journal militant puisse organiser la résistance aux patrons et tenir des propos aussi subversifs. Le Droit social fut poursuivi pour « provocation par des écrits ou imprimés vendus ou distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publiques, au crime de Meurtre, Pillage et Incendie. » Les amendes infligées allaient donner le coup de grâce au journal qui fut remplacé par un autre titre « L’Etendard révolutionnaire ». Le Droit social fut condamné en Cours d’Assises à un an de prison pour le gérant Déjoux et 200 francs d’amende. Déjoux fut remplacé par Bonthoux. Pendant les quelques numéros du Droit social parus entre la date de la condamnation et la suspension effective du journal, nous apprenons pourquoi Louise Michel refuse de faire partie d’aucune commission : « C’est que à tort ou à raison, sentant l’heure proche où l’océan révolutionnaire crèvera ses digues, je ne veux pas que d’autres soient solidaires de ce que je pourrais dire à mes amis les jacques, s’ils préféraient aux jours où des masses humaines se portent vers Paris, quelque réunion populaire, à l’ombre du drapeau rouge aux fêtes officielles sous le drapeau des vainqueurs de mai. Je ne veux pas, par le temps de provocation, servir d’agent provocateur me sentant quelque peu enragée de la sève révolutionnaire qui monte. Je vais partout et je vais seule. »

Louise Michel sait que les anarchistes moins connus qu’elle, anonymes, risquent gros lorsqu’ils sont victimes d’une provocation policière d’autant que les libertaires ont la fâcheuse tendance à accepter leur rôle de martyr au service de la révolution. De surcroît, ils ont la manie de donner les noms de leurs membres au travers des souscriptions …ce qui facilite d’autant les recherches de la police pour traquer et surveiller les militants les plus en vue. Dans le Droit social du 18 juin 1882, c’est au tour du groupe anarchiste de Villequier de défendre son correspondant Dumas, victime de calomnies : « Dans notre localité nous avons un compagnon dévoué à la cause de la révolution, c’est le compagnon Dumas, le propagateur du Doit social dans notre contrée. Aussi les calomnies ne lui sont pas marchandées, ce qui, entre parenthèses, ne l’effraye guère. Dernièrement encore, un de ces plats valets, qui émarge au budget de la soi-disant République de liberté, disait ceci : « c’est un incendiaire, un buveur de sang, il faut qu’il disparaisse de la localité car il propage des idées essentiellement perturbatrices, il nous gêne. » Ah ! messieurs les réactionnaires, vous croyez nous intimider ? eh ! bien, vous perdez votre temps, sachez-le ; nous vous dirons en face que nous sommes des anarchistes révolutionnaires, car nous voyons la nécessité d’une révolution. Nous ne prétendons pas faire comme vous au neuf thermidor, vous vous êtes servi de nos corps pour conquérir ce bien que vous possédez aujourd’hui. Eh ! bien, nous, en revanche, nous aurons vos corps et vos biens et nous rendrons à la collectivité tout ce qui lui appartient, car, messieurs les oisifs, vous avez pour vous les lois, la richesse, les tribunaux et les bagnes. Nous, nous avons notre haine et nos bras, notre soif de justice et d’égalité qui sauront détruire vos privilèges au profit de l’humanité. Les forces ne sont pas égales, il est vrai, mais notre dévouement sera assez grand pour établir l’équilibre. Comme le Droit social, par exemple, notre feuille qui fait connaître aux travailleurs quel est son mal et le remède qu’il doit employer, on le traduit devant les tribunaux pour fait qualifié de crime. Eh bien, envoyez nos compagnons les plus éminents en Sibérie, mettez-les au gibet, à la torture, comme fait le monstre autocrate de Russie. Continuez, messieurs les bourgeois, vos forfaits quand vous en exilerez un, le lendemain il y en aura vingt pour le remplacer. Vous pouvez entasser crime sur crime, nous ne les laisserons pas impunis. Que les cadavres de Burk et Cavandik soient toujours en votre présence, c’est le sort qui vous attend, les justiciers ne manquent pas en France, car avec les entrailles du dernier prêtre, nous étranglerons le dernier des bourgeois. Vive l’anarchie ! Vive la révolution ! »

 Ce qui est important dans cet article, c’est le fait que le groupe de Villequier ait une feuille de propagande anarchiste, ce qui indique une activité sérieuse et un noyau militant d’envergure dans une localité d’à peine un millier d’habitants.  Ce groupe, reconnu en France, s’oppose par ailleurs à la formation d’une fédération révolutionnaire en juin 1882. Pour les anarchistes de Villequier, les statuts proposés étaient autoritaires et un contre- projet présenté par un compagnon, Maria, n’avait pas été soumis à l’étude des groupes. Si les compagnons refusaient une organisation fédérale pour ne subir aucune autorité, ils reconnaissaient cependant la nécessité d’une entente entre tous les groupes révolutionnaires. (Droit social du 2 juillet 1882). Le Droit social cesse de paraître avec son dernier numéro en date du 23 juillet 1882. 

Un certain Charles Genichon intervient pour le groupe anarchiste de Villequier dans le journal « La Vengeance anarchiste » de mars 1883. C’était une époque où la Fédération des Bourses du Travail (1892) et la CGT (1895) n’existait pas encore.

Alors, touristes, quand vous vous promènerez à Villequier, sachez que des ouvriers anarchistes ont été précurseur des revendications ouvrières, ont milité pour obtenir davantage de bien-être et de liberté pour tous les travailleurs. Que les acquis ouvriers ont été obtenus par la lutte, par les grèves…Que les anarchistes ont subi la répression pour avoir dénoncé les richesses des patrons quand tant d’ouvriers et leurs familles criaient famine. Que leurs enfants trimaient dans les usines pendant que les enfants de bourgeois fréquentaient les écoles catholiques ou étaient pris en charge par des précepteurs.

Il a fallu attendre la loi de 1841 (pas appliquée partout) pour que les patrons n’emploient plus d’enfants de moins de huit ans. En 1882, les travailleurs effectuaient des journées de douze heures par jour et durant six jours par semaine soit 72 heures par semaine, ce qui laissait peu de place aux loisirs. Et on ne parle pas de la chiourme qui sévissait dans les ateliers…Alors la violence émanait des patrons et les ouvriers essayaient comme ils le pouvaient de se défendre.

Si vous pouvez bénéficier des congés payés, c’est que vos aïeux se sont battus et qu’il vous faudra combattre à nouveau pour garder vos conquis et assurer la viabilité de la planète. Profitons de nos vacances, du moins pour ceux et celles qui en ont, mais soyons juste reconnaissants pour les militants libertaires et ceux qui les ont suivis en toute connaissance de cause.

Patoche (Groupe libertaire Jules Durand)

PS : plusieurs maisons sont construites en briques de Villequier ; c’est le savoir-faire ouvrier qui a permis ces constructions (ouvriers des briqueteries, maçons, peintres…). Les anarchistes du Havre publieront par la suite un hebdomadaire en 1887-1888.Journal ouvrier, L’Idée Ouvrière, que l’on peut consulter sur le site Gallica BNF.