Centenaire de la mort de Jules Durand

Jules Durand, un héritage anarcho-syndicaliste

Les témoignages de militants anarcho-syndicalistes et communistes mettent en lumière une mémoire vivante, transmise de parents à enfants au Havre, où se mêlent histoire familiale et engagement syndical. Nous sommes les héritiers directs d’un passé marqué par l’anarcho-syndicalisme et la lutte contre les injustices. Nos récits ne se limitent pas à une simple transmission mais constituent un véritable acte de mémoire, nécessaire pour comprendre et préserver l’héritage des militants anarcho-syndicalistes de l’époque de Jules Durand.

L’affaire Durand s’est déroulée dans un contexte hostile : hostilité du patronat, hostilité de la justice, hostilité des principaux journaux à la solde des puissances d’argent, hostilité due aux préjugés etc.

Nous nous retrouvons dans une forme de dualité entre mémoire héritée et réalité vécue aujourd’hui alors que les époques sont totalement différentes. Cependant, il reste toujours l’exploitation capitaliste, la domination patronale et l’Etat au service du grand patronat. L’engagement de Jules Durand s’est traduit par une attitude de courage, de solidarité et de responsabilité. Cet anarcho-syndicaliste se battait pour davantage de justice sociale, pour l’égalité et de meilleures conditions de travail et de rémunération.

Sa privation de liberté, les souffrances endurées psychologiquement et dans sa chair furent une épreuve très difficile : séparation familiale, conditions d’incarcération insoutenables etc., ce qui le conduisit à la folie.

Pour nous, militants du Groupe Libertaire Jules Durand (groupe qui existe depuis 1962 à l’initiative du docker Jean-Pierre Jacquinot), la connaissance de l’affaire Jules Durand est un devoir. Il s’agit de ne pas laisser disparaître la mémoire d’un martyr ouvrier, d’un libertaire qui oeuvrait à plus de bien-être et de liberté avec ses compagnons de l’Union des Syndicats du Havre : Adrien Briollet, Cornille Géeroms…se mettant ainsi dans les pas de leurs prédécesseurs de l’Idée Ouvrière, hebdomadaire anarchiste (1887-1888) paraissant au Havre et étant le premier journal révolutionnaire et ouvrier de la localité.

Il s’agit de ne pas laisser disparaître la mémoire des anarcho-syndicalistes d’avant la Première Guerre mondiale mais aussi d’en tirer des enseignements pour le présent et l’avenir. Cette transmission s’opère à travers le récit (livres, articles du Libertaire, affiches, médaille à l’effigie de Jules Durand, films…) et l’éducation (kits pédagogiques, intervention auprès de jeunes…). Elle permet de maintenir vivantes des valeurs et méthodes d’action héritées, tout en les adaptant à de nouveaux contextes. L’affaire Durand comme celles d’Aernoult et Rousset revêt une dimension profondément humaine et émotionnelle. Cet héritage, toujours actuel, ne se contente pas de regarder le passé, il interroge également le présent : comment vivre ce dernier dans un monde en constante évolution. Que de progrès techniques depuis un siècle, que de changements dans les mentalités…

Les anarchistes que nous sommes, rappelons l’importance de la mémoire ouvrière comme lien entre les générations. Nous  sommes des passeurs d’histoire. Les affaires Dreyfus du pauvre, Aernoult, Durand et Rousset, se prolongent dans les identités ouvrières, les souvenirs et les engagements au sein de notre classe. Et c’est précisément dans cette continuité que réside la force de cet héritage.

Patoche (GLJD)