Nous désirons l’acratie

Nous nous sommes toujours opposés à la guerre. Non par pacifisme complice ou par non-violence bêlante, mais d’un point de vue anarchiste et pacifiste, conscients que les armées sont un instrument d’oppression de l’État – de tous les États. Tous les États sont intrinsèquement impérialistes, quels que soient leur puissance militaire, leur développement technologique ou leur prospérité économique. Par conséquent, une « intervention étrangère » n’est pas nécessaire pour prendre les armes. L’ennemi a toujours été en nous. Qu’il soit socialiste ou capitaliste, démocrate ou fasciste, populiste ou centriste, laïc ou islamiste, impérialiste ou anti-impérialiste, conservateur ou libéral : celui qui détient le pouvoir est notre ennemi. La domination ne change ni sa nature, ni sa vocation oppressive, ni son essence mortifère fondée sur l’idéologie. Elle ne change pas non plus après avoir « subi une agression impérialiste ». Le pouvoir demeure l’ennemi, quel que soit sa couleur ou son rôle d’agresseur ou de victime.

Cette réflexion séculaire est la centralité décentralisée de l’Anarchie, le présent porteur d’acracie. C’est la spécificité théorique et pratique du pouvoir destituant qui a engendré les expériences subversives des XIXe et XXe siècles et qui continue d’attiser la sédition anarchiste au XXIe siècle. Preuve en est l’action séditieuse constante menée dans diverses parties du monde et la solidarité concrète manifestée envers nos camarades emprisonnés dans les cachots de la domination. Néanmoins – et à notre grand désarroi –, il existe encore des « anarchistes autoproclamés » qui, cherchant à s’intégrer à une généalogie étrangère, proclament une « solidarité critique » avec les régimes dictatoriaux et appellent à la défense des États-nations au nom de l’anti-impérialisme, de l’antifascisme ou de la libération nationale. Ces positions, complices de la domination, ont une longue histoire dans nos rangs. Leur but historique a toujours été de semer la confusion. D’où ses propositions de « pouvoir populaire », de « pouvoir parallèle », de « contre-pouvoir », d’« autogouvernement », d’« auto-institution » et l’oxymore « instituer l’anarchisme ».

La lutte anarchiste ne saurait se limiter à la gauche de l’ordre établi. Ce serait non seulement prendre parti dans une mascarade, mais aussi accepter le faux antagonisme « socialisme ou barbarie », en oubliant que le léninisme et le nazisme étaient des expressions incontestables d’un socialisme barbare. L’anarchie n’est ni de gauche ni, de toute évidence, de droite. Ces deux positions se situent d’un côté ou de l’autre du pouvoir et promeuvent des processus de constitution. L’anarchie, en revanche, est une force intrinsèquement destituante qui vise la destruction définitive de toute archéologie politique (ordre, pouvoir, hiérarchie ou principe), y compris de tout projet qui tente de se substituer au pouvoir déchu.