Manifeste pour la paix, la démilitarisation et la désobéissance

LE MANIFESTE

UNE AUTRE PAIX EST POSSIBLE

Manifeste pour la paix, la démilitarisation et la désobéissance

Nous, soussignés – pacifistes, antimilitaristes, objecteurs de conscience, militants de la résistance à la conscription, acteurs des mouvements sociaux et ouvriers, et personnes engagées dans l’éducation et la culture – appelons la société civile à assumer une responsabilité collective urgente : transformer l’aspiration à la paix en une force politique capable de contester l’ordre militaire qui nous est imposé sous prétexte de sécurité. Nous ne recherchons pas un soutien passif, mais une mobilisation consciente contre les piliers de ce régime de guerre permanente : le réarmement, la militarisation de la vie publique et la banalisation culturelle de la violence.

1. La montée de la militarisation et l’illusion de la « paix armée »

Nous assistons à une augmentation alarmante des politiques de réarmement – ​​de l’OTAN et de l’UE – qui présentent comme « paix » une doctrine fondée sur la domination et la logique du capital. On nous dit que la sécurité dépend des dépenses militaires, de la préparation à la guerre et du renforcement des armées puissantes. Or, l’accumulation d’armements et de technologies de mort, y compris l’intelligence artificielle appliquée à la guerre, ne nous rend ni plus libres ni plus en sécurité : elle exacerbe la fragilité de la vie, accélère la destruction des écosystèmes et alimente les conflits à travers le monde. La guerre commence ici, dans les politiques néocoloniales, dans l’industrie militaire que nous exportons, dans les alliances que nous entretenons, dans la légitimation de l’ordre armé. Si nous voulons la paix, nous devons bâtir des structures pour la paix, et non nous préparer à la guerre.

2. La violence structurelle du capitalisme

La guerre n’est ni un accident ni une exception : elle est l’expression extrême d’un système fondé sur l’exploitation du travail, la destruction de l’environnement, les inégalités raciales et la violence patriarcale. Le militarisme est le bras armé d’un modèle qui nécessite le contrôle des territoires, des populations et des ressources. Aujourd’hui, on dénombre plus de cinquante conflits armés, alimentés par des puissances qui font de l’industrie militaire un moteur économique. Les États-Unis, l’Union européenne et d’autres acteurs promeuvent un keynésianisme militaire qui prétend sauver un système en crise au prix de vies humaines et de territoires ravagés.

3. La responsabilité de l’État français

La France n’échappe pas à cette tendance. Avec un discours basé sur la peur, le gouvernement maintient des dépenses militaires record, soutient des bases étrangères, participe à des opérations d’ingérence et figure parmi les principaux exportateurs d’armes au monde. Ceci détourne des ressources essentielles de la santé, de l’éducation et de la transition écologique. Nous rejetons le discours qui normalise les guerres « légales » et appelle au sacrifice des droits sociaux au nom des engagements militaires. Cette « paix » n’est pas la paix : c’est le maintien du statu quo.

4. Une autre paix est possible

Face à l’illusion d’une paix armée, nous affirmons qu’une autre paix est possible , une paix concrète, enracinée, porteuse d’avenir : une paix ouvrière , fondée sur la justice économique, les droits sociaux et la lutte contre l’exploitation ; une paix écologique , basée sur l’écodépendance et le respect de la vie ; une paix féministe , qui démantèle le patriarcat et les violences structurelles ; une paix politique et contestataire , anticapitaliste, structurelle, culturelle et non violente ; une paix antiautoritaire et sociétale , bâtie sur l’autogestion, l’horizontalité et la coopération ; une paix antimilitariste et de désobéissance civile , fondée sur la résistance civile et la défense non violente de la sécurité humaine ; une paix anti-impérialiste , solidaire des peuples opprimés ; une paix antiraciste, anticoloniale et pour les migrants , qui défend la dignité et les droits ; une paix qui protège les biens communs , garantissant un accès équitable et interdisant les produits mortels ; et une paix culturelle qui encourage les pratiques collaboratives, la résolution non violente des conflits et une éducation émancipatrice. Cette paix est incompatible avec la paix armée. Nous plaidons pour une paix transformatrice qui remplace le militarisme par une coopération non violente.

5. Vers une stratégie de désobéissance et d’insurrection pacifiste

Pour instaurer la paix nécessaire, les vieilles recettes diplomatiques sont inefficaces. Un changement de paradigme s’impose : 1) passer d’un refus réactif de la guerre à une contestation globale du militarisme, exigeant l’abolition des armées et la reconversion de l’industrie militaire en une industrie civile utile ; 2) conjuguer résistance à la guerre et désobéissance civile ; 3) s’engager en faveur d’une démilitarisation sociale et politique ; et 4) promouvoir un programme de désarmement négocié.

6. Un répertoire d’actions

Ce vaste mouvement que nous souhaitons articuler agira en déployant une résistance sociale, économique, syndicale, culturelle et politique au militarisme par le biais de stratégies telles que les boycotts , le désinvestissement , la non-coopération , l’objection fiscale , la dénonciation éthique , la désobéissance civile , la dénonciation publique , l’action non violente , la récupération des espaces militarisés , la promotion d’alternatives économiques et communautaires , le soutien aux déserteurs et aux victimes , l’éducation à la paix , la participation aux luttes féministes, environnementales, antiracistes et anticoloniales , et la solidarité internationale avec ceux qui résistent à la guerre .

7. L’horizon du transarmement

Nous proposons un programme de désarmement collaboratif : un processus de transfert des ressources, des capacités et de la légitimité du modèle militaire vers un modèle alternatif de sécurité humaine et écologique. Il ne s’agit pas d’une utopie naïve, mais d’une nécessité pragmatique. La défense de la vie se pratique déjà aujourd’hui par le biais de la coopération, de l’entraide et de la résistance non violente.

UNE AUTRE PAIX EST POSSIBLE CAR ELLE EXISTE DÉJÀ DANS NOS LUTTES QUOTIDIENNES.

Nous appelons tout particulièrement les jeunes, les militants désabusés et la société dans son ensemble à surmonter la paralysie de la peur. Il est temps d’agir, de résister à la guerre et à sa préparation.

Nous INVITONS toutes les organisations et tous les individus à s’approprier ce manifeste et à en faire un outil de lutte dans les rues, sur les lieux de travail et dans les espaces publics et culturels.

D’après nos compagnons espagnols.

Le Groupe Libertaire Jules Durand est en accord avec ce manifeste.