Double exposition Jules Durand à l’université du Havre

A propos de la double exposition « Vie et Combats de Jules Durand » et « Au Charbon », à l’université du Havre, quelques remarques s’imposent.

Tout d’abord, l’exposition de textes littéraires relatifs à Jules Durand, écrits par des étudiantes en Master Création littéraire, méritait vraiment le détour. Certains textes nous ont émus et il y avait au travers de ces textes du vécu personnel, des anecdotes familiales, de la poésie…tout cela par l’intermédiaire de l’Affaire Durand. Des écrits pas du tout militant dans le sens où on l’entend habituellement mais de la sensibilité cristallisée, donc de l’intelligence à l’état brut. Bravo à toutes les étudiantes et à leur professeur.

Concernant l’exposition « Vie et Combats de Jules Durand », nous allons nous y attarder plus longuement car nous constatons à nouveau une tentative de silenciation de l’anarchisme au Havre au moment de l’Affaire Durand. Et il ne fallait pas tomber dans le panneau, sans mauvais jeu de mots. D’ailleurs cette volonté de passer sous silence l’anarchisme au Havre avant 1914 est tellement grossière et grotesque qu’elle en devient ridicule et risible. C’est un peu comme si on disait aujourd’hui qu’il n’y avait pas d’hégémonie communiste au Havre sur le plan politique dans les années 1960 et 1970. Ce serait idiot et discréditerait les personnes tenant ce type de propos. Mais les erreurs volontaires font partie du carburant de ceux qui estompent la vérité. Qu’ils ne comptent pas sur nous pour leur dérouler le tapis rouge.

Si l’exposition est remarquable sur le plan iconographique, elle l’est bien moins sur le fond. Tout pour la forme peu sur le fond. A noter un désordre apparent dans l’ordre des panneaux, ce qui a déboussolé l’intervenant chargé de présenter ces panneaux.

Ce que nous avons constaté, c’est qu’un panneau montrant un article de L’Idée Ouvrière (1887-1888) ayant pour titre « L’ouvrier du port & le Ticket » possède la légende suivante : « Journal hebdomadaire publié au Havre par des militants ouvriers […] ». A aucun moment il n’apparaît que c’est un hebdomadaire anarchiste. Donc on enlève le mot anarchiste.

Concernant la carte postale sur la grève des mouleurs (Novembre 1909- Février 1910), il aurait été intéressant d’expliquer que cinq grévistes dont Cornille Géeroms, secrétaire des mouleurs et futur secrétaire général de l’Union des Syndicats du Havre, furent incarcérés à la prison du Havre pour entrave à la liberté du travail. Mais il aurait fallu parler d’un militant anarchiste qui serait destiné neuf mois plus tard à diriger l’U.S.H. Et il aurait fallu parler des méthodes du syndicalisme de l’époque : action directe, sabotage (voté en congrès de la CGT en 1897), label, boycottage…

Nous avons un panneau qui nous parle de Descherdeer, militant socialiste havrais et Paul Meunier, député radical-socialiste, deux personnages importants pour la défense et la libération de Jules Durand. Certes, c’est vrai, mais pourquoi ne trouve-t-on pas un panneau avec les portraits d’Adrien Briollet et Cornille Géeroms, militants anarchistes et dirigeants de l’USH de novembre 1909 à janvier 1912. Ils étaient au premier rang de la défense de Durand et pour cause. Là encore, on évacue deux militants d’envergure sous prétexte qu’ils étaient anarchistes à l’époque.

Nous avons une belle photo de l’imprimerie de l’USH où était imprimé le journal « Vérités ». Pas un mot sur l’historique de Vérités. Pas un mot sur le but social de cette imprimerie, à peine parle-t-on de son statut de société coopérative. L’imprimerie commence ses travaux le Premier avril 1910. Là encore, c’est sous le mandat de l’anarchiste Briollet qu’est fondée l’imprimerie de l’Union.

C’est encore dommage qu’aucune photo du dispensaire syndical de la rue Rollon ne soit présentée. Avec un petit explicatif. Mais là encore, il aurait fallu parler des initiateurs anarchistes.

Quel dommage de même qu’il n’y ait aucune explication sur la photo correspondant au congrès du 21 novembre 1909. Pourquoi est-il intitulé : troisième congrès régional de l’Union des Syndicats ? Il aurait fallu expliquer que l’U.S.H. dès 1907 syndiquait les ouvriers du bâtiment de Trouville, les métallurgistes de Dives-sur-Mer, le textile de Rouen…d’où l’adjectif régional.

Et pourquoi ne pas indiquer que les ouvriers du port n’appartenaient pas à l’U.S.H. en 1907 et 1908…

Bref, nous pourrions faire un commentaire sur chaque panneau.

Ce qui ressort d’une telle exposition, c’est la recherche de fait d’invisibiliser l’anarchisme havrais. Le ridicule ne tue pas, heureusement. On s’aperçoit que les vieilles méthodes d’un autre temps n’ont pas disparu. Micka (GLJD)