Centenaire de la mort du syndicaliste anarchiste Jules Durand

Qui a défendu Jules Durand et sa mémoire ?

Il faut rendre à César ce qui est à César.

Avant la Première Guerre mondiale

Tout d’abord, ce sont les militants qui ont vécu l’Affaire Durand dès août 1910. Principalement Adrien Briollet et Cornille Géeroms, militants anarchistes et responsables de l’Union des Syndicats du Havre (U.S.H.), de 1909 à 1911. Puis, dès la sentence de la condamnation à mort de Durand, les socialistes Descheerder, Genet et Hanriot au Havre et le conseiller général et député de l’Aube, Paul Meunier. Pour ne citer que les plus impliqués et connus. Mais nous pourrions ajouter les milliers d’anonymes au Havre et ailleurs qui protestèrent, défilèrent…pour libérer Jules Durand et obtenir la révision du procès. Aussi, les militants de la C.G.T. et les anarcho-syndicalistes/syndicalistes révolutionnaires autour de la Bataille Syndicaliste. Et des personnalités politiques comme Sébastien Faure, Jean Jaurès etc.

Le 9 août 1912, l’arrêt de la Cour d’assises de Seine-Inférieure du 25 novembre 1910 est annulé par la Cour de cassation. Les juges concluent à l’innocence de Durand et à l’annulation de sa condamnation. Mais il faudra attendre l’arrêt de la Cour de cassation du 15 juin 1918 pour que l’innocence de Durand soit établie du bout des lèvres puisque l’arrêt indique : « Dit que la culpabilité de Durand Jules n’est pas établie ; […] »

Avant la Seconde Guerre mondiale

Un comité des Amis de Jules Durand voit le jour en 1926 suite au décès de ce dernier, afin d’ériger une stèle en l’honneur du syndicaliste accusé à tort et décédé à l’asile de Quatre-Mares.

L’érection d’une stèle est donc envisagée et le Comité Durand s’adresse à toutes les organisations syndicales pour ce faire. Au travers du journal de l’U.S.H, Vérités, nous apprenons que les communistes havrais ont essayé de prendre le contrôle, sans succès, du Comité des Amis de Jules Durand et que leur contribution financière fut des plus réduites et c’est un euphémisme. Ils ont même essayé de manipuler la mère de Jules Durand afin de faire apposer une plaque suggérant qu’ils étaient à l’initiative de l’érection du monument Jules Durand. (Vérités d’avril, mai, juin et juillet 1931).

De 1926 à fin 1935, c’est la division syndicale qui règne en France. Au Havre, les communistes sont minoritaires et les anarcho-syndicalistes dans les syndicats autonomes tiennent le haut du pavé surtout à partir de 1928 grâce au syndicat des dockers, notamment.

La stèle érigée à la mémoire de Jules Durand  est financée à 82% par les syndicats autonomes. Et il est indiqué sur la stèle : les organisations autonomes et confédérées. Les premières étant à tendance anarcho-syndicaliste et les secondes étant à tendance socialiste. Exit les unitaires à tendance communiste.

Le Congrès de réunification des Ports et Docks débute le 13 décembre 1935 au Cercle Franklin sous la présidence de Jean Le Gall, délégué du syndicat autonome des dockers du Havre. […] A la fin de la troisième journée, Tillon, président de séance, après avoir remercié les camarades du Havre pour leur chaleureux accueil, dans un exposé rapide, demande à tous les congressistes de faire le serment de rester unis, de ne plus se séparer, et déclare clos le congrès.

Il est important de relever que ce serment est réitéré devant la tombe de Jules Durand au cimetière Sainte-Marie suite au déjeuner.

Là encore, Jules Durand est un symbole pour les anarcho-syndicalistes havrais.

Après la Seconde Guerre mondiale

En 1949, les anarcho-syndicalistes du Havre distribueront aux congressistes de l’Union Départementale CGT de Seine-Inférieure un quatre pages, trois d’entre elles concernent l’affaire Durand et la quatrième est relative à la grève de 111 jours de la métallurgie de 1922. Ce tirage est limité à 200 exemplaires et distribué par les responsables syndicaux libertaires du port. Les responsables anarcho-syndicalistes du port se jugent dépositaires de la mémoire de ces conflits sociaux.

La littérature au secours de la mémoire de Jules Durand

La publication de « Boulevard Durand » par Salacrou en 1960 pour le cinquantenaire de l’Affaire Durand a réactivé la mémoire de ce drame ouvrier. Armand Salacrou identifie bien Jules Durand comme « un anarchiste révolutionnaire » et il indique qu’il a reçu des témoignages irréfragables. Personne à l’époque ne conteste le contenu de Boulevard Durand avec un Jules Durand, anarchiste. Les militants communistes comme Eudier et Le Marrec confirment de même que Durand était anarchiste. Ils récidiveront quand Alain Scoff publiera « Un nommé Durand » en 1984. L’auteur les a interviewés ; il a fouillé les greniers de la mémoire.

Un militantisme libertaire constant

Plus modestement, Jean-Pierre Jacquinot, docker au Havre, va créer un Groupe Libertaire Jules Durand (GLJD) avec quelques compagnons, en 1962. Ce groupe existe encore aujourd’hui et ce sans discontinuer depuis 64 ans.

Jean-Pierre Jacquinot et Patrice Rannou vont publier un premier tome « Histoire oubliée et méconnue du Syndicalisme havrais » en 1996. Il est déjà question de l’Affaire Durand dans ce livre. Un deuxième tome paraîtra l’année suivante. Puis en 2007, « Les 110 ans de l’Union locale CGT » du Havre, où un chapitre évoque Jules Durand. Ces trois livres sont publiés aux Editions du Libertaire.

En février 2010, la CNT édite une brochure « L’Affaire Durand – La machination contre Jules Durand » pour annoncer une autre publication, celle du grand roman d’Emile Danoën : « L’Affaire Quinot ». La brochure est rapidement épuisée. Dans la foulée, une intervention à La Galerne est programmée et se déroule le vendredi 5 novembre 2010. Elle est animée par Patrice Rannou, Président du Groupe d’Etudes Sociales du Havre et une doctorante en Histoire contemporaine. La librairie fait le plein avec un public inhabituel : une présence ouvrière remarquée. Il faut dire que le journal local  le Havre Libre avait relayé l’information dans son édition du Jeudi 4 novembre 2010.

En 2012, une association des Amis de Jules Durand voit le jour et commence à avoir une certaine aura, notamment avec les initiatives de Marc Hédrich, juge d’instruction au Havre, avant qu’il ne soit marginalisé au sein de l’association. John Barzman, universitaire, est président de l’association aujourd’hui.

Patrice Rannou publiera deux autres livres. L’un en 2013 « L’Affaire Durand » aux Editions Noir et Rouge puis « Dossier Jules Durand » en 2018 aux Editions Scup. Un autre livre dans le cadre du centenaire de la mort de Jules Durand est à venir avant la fin de l’année 2026.

Deux numéros Hors-série du Libertaire ont été publiés en février et mars 2026. D’autres Hors-série avaient déjà été rédigés auparavant dont un en 2017, relayé par la presse locale, et qui a fait couler beaucoup d’encre. Suite à cet article, les libertaires ont pu à nouveau constater que les vieilles méthodes staliniennes avaient toujours cours.

Le Groupe libertaire Jules Durand a édité une affiche en sérigraphie pour le centenaire de la mort de Jules Durand (2026) et sorti une médaille souvenir à l’effigie de Jules Durand.

Ce n’est pas à nous qui sommes volontairement en dehors de l’association des Amis de Jules Durand d’expliquer pourquoi certaines personnes ont été écartées des postes de responsabilité ou sont parties…Les personnes en question possèdent suffisamment de réseaux pour le faire elles-mêmes si elles le souhaitent.

Malgré une tentative de silenciation de voix dissonantes, nous constatons que les livres relatifs à l’Affaire Durand: Histoire oubliée et méconnue du syndicalisme havrais, Les 110 ans de l’Union locale CGT du Havre, L’Affaire Durand – La machination contre Jules Durand, L’Affaire Quinot, L’Affaire Durand (Edtions Noir et Rouge), Dossier Jules Durand (Editions SCUP)…sont présentés à la Bibliothèque Salacrou ainsi qu’à la Bibliothèque universitaire dans le cadre du centenaire de la mort de Jules Durand. Et on peut saluer l’esprit de service public des responsables de ces deux bibliothèques au Havre.

Adrien Crochemore (GLJD)

PS : Il nous reste une cinquantaine d’exemplaires des tomes 1 et 2 d’ «Histoire oubliée et méconnue du syndicalisme havrais ». Vous pouvez commander ces livres à la librairie « La Galerne ».