Jules Durand et la presse locale

Le Petit Havre du Mercredi 24 février 1926

Les obsèques de Jules Durand

[…]  « L’inhumation était prévue pour 9 H. Quelques minutes auparavant, le drapeau de l’Union des Syndicats et douze autres emblèmes, une douzaine de couronnes et gerbes cravatées de rouge, portées par les délégués des organisations ouvrières, prenaient place devant le wagon mortuaire.

Outre les chefs des syndicats ouvriers on remarquait la présence de MM. Salacrou, adjoint au Maire, représentant la municipalité ; le Docteur Daniel, adjoint ; Léonce Petit, conseiller municipal ; Descheerder, président du Comité de Défense de Jules Durand, ainsi que Le François et les frères Boyer, co-inculpés de l’ancien condamné à mort.

Le cercueil fut porté à bras, jusqu’au corbillard, rue Magellan, par plusieurs ouvriers charbonniers.

Des camarades de Durand tenaient les cordons du poêle.

Deux mille cinq cents à trois mille syndicalistes suivirent le char mortuaire derrière lequel était accrochée la couronne offerte par le Comité de Défense.

Par le Cours de la République, où les commerçants avaient en grand nombre mis leurs volets, le convoi s’achemina vers le cimetière par les rues de Normandie, Clovis, Pasteur et de l’Abbaye.

Dans la nécropole, devant la tombe, plusieurs orateurs prirent la parole. MM. Cupillard, au nom de l’Union des Confédérés ; Le Gall comme secrétaire de l’Union des Syndicats ; Marck, ancien secrétaire d’organisations syndicales havraises, qui parla en son nom personnel ; Descheerder, comme président du Comité de Défense, qui retraça les diverses étapes de l’Affaire Durand, et enfin M. Bour, secrétaire des Ports et Docks, section de la CGTU.

Les orateurs furent écoutés dans le plus profond silence.

La cérémonie se termina ainsi. Toutefois les emblèmes, à la sortie de la nécropole, étaient restés déployés. Ils entraînèrent un groupe de trois à quatre cents personnes qui regagnèrent, par les mêmes voies et en chantant l’Internationale, le Cercle Franklin où, par petits groupes, eut lieu la dislocation.

Aucun autre incident digne d’être noté ne se produisit. »

Note de la Rédaction du Libertaire: Il est très intéressant de constater la présence de M. Camille Salacrou, adjoint au Maire, représentant la municipalité… et père d’Armand Salacrou. Ce dernier n’aura pas à puiser bien loin un témoignage de première main pour écrire son « Boulevard Durand ». Dire a posteriori qu’Armand Salacrou a écrit son livre sur Durand uniquement d’après ses souvenirs d’enfance c’est faire abstraction des témoignages des militants syndicalistes et de celui de son père qui a vécu l’affaire de son vivant.