
D’Alep à l’Europe : un appel urgent à la solidarité contre l’attaque contre l’avenir des femmes et des peuples
La guerre qui fait rage à Alep depuis plusieurs jours le démontre une fois de plus qu’aucune attaque au Moyen-Orient n’est le fruit du hasard, et aucun conflit n’est purement « local ». Ce qui est attaqué aujourd’hui à Alep – par des bombes, des armes et un siège – ce n’est pas seulement une ville. Ce qui est attaqué, c’est la volonté du peuple de vivre ensemble, l’expérience de l’autonomie et, en particulier, la nouvelle vie que les femmes ont bâtie sur les fondements de la liberté.
Nous nous adressons ouvertement au public européen :
Qualifier ces attaques de simple « crise sécuritaire » ou de « conflit régional » revient à occulter la réalité. Ce qui se passe à Alep est une attaque politique délibérée contre le droit des peuples à l’autodétermination. L’objectif est d’anéantir le mode de vie démocratique et confédéral et de soumettre les sociétés à des systèmes centralisés, patriarcaux et autoritaires.
Une attaque contre l’autonomie gouvernementale et la coexistence confédérale
L’autonomie instaurée à Alep et dans ses environs témoigne concrètement du courage du peuple à organiser sa propre vie en temps de guerre. Ce système s’oppose à l’État-nation et à l’idéologie monolithique. Il repose sur l’égalité de participation de tous les peuples, de toutes les croyances et de toutes les identités : un modèle confédéral de coexistence. C’est précisément pour cette raison qu’il est devenu une cible.
Ce modèle représente une alternative sérieuse aux formes de gouvernement oppressives, non seulement au Moyen-Orient, mais partout dans le monde. Les attaques contre Alep visent à étouffer ce potentiel et à anéantir un exemple d’auto-organisation démocratique.
Ces derniers jours : le visage féminin de la guerre
Les événements de ces derniers jours démontrent une fois de plus que les femmes sont les premières victimes de la guerre.
Dans plusieurs quartiers d’Alep, face à l’intensification des combats, des femmes ont été contraintes de se réfugier avec leurs enfants dans des caves et des maisons partiellement détruites. Une mère a raconté comment, pendant les bombardements, elle couvrait la bouche de ses enfants pour étouffer leurs cris : « Nous avions peur d’être découvertes. » Cette peur illustre les multiples formes de victimisation des femmes en temps de guerre.
Dans un autre quartier, un bâtiment du conseil municipal, utilisé conjointement par des femmes, a été évacué et des documents importants ont dû être mis à l’abri en urgence. Ces femmes tentent de protéger non seulement leurs vies, mais aussi les infrastructures qu’elles ont patiemment construites au fil des ans. Elles savent que si ces attaques réussissent, la présence politique et sociale des femmes sera la première à disparaître.
Un autre témoignage indique qu’une jeune femme, membre de groupes d’autodéfense féminins, a été contrainte de quitter son domicile avec sa famille. Elle a toutefois affirmé qu’elle reviendrait et qu’elle ne renoncerait pas au combat. Cela démontre clairement que les femmes ne sont pas seulement des victimes, mais aussi des actrices essentielles de la résistance.
La tentative de détruire les réalisations des femmes
Les attaques à Alep visent directement la réalité de l’émancipation des femmes. Leur participation politique – à travers le système de coprésidence, les conseils de femmes, les coopératives et les structures d’autodéfense – constitue une menace directe pour le système patriarcal.
C’est pourquoi ces attaques ciblent délibérément la visibilité, l’organisation et les réalisations des femmes. Exclure les femmes de la sphère publique revient à asservir toute la société.
Appel au public européen
Nous nous adressons aux citoyens, aux institutions et aux forces démocratiques d’Europe :
Comment concilier les valeurs européennes avec le silence qui règne alors que les acquis des femmes, des peuples et des communautés opprimés sont systématiquement anéantis ?
Si l’Europe reste silencieuse aujourd’hui face aux attaques contre l’autonomie et la coexistence confédérale à Alep, quels arguments moraux invoquera-t-elle demain pour défendre les droits démocratiques sur son propre territoire ? Ce silence enhardit les agresseurs et isole davantage les populations touchées.
Le silence de l’opinion publique européenne n’est pas neutre ; il la rend complice de ces attaques.
Un appel particulier aux femmes : l’heure est à la solidarité transfrontalière
De là, nous nous adressons tout particulièrement aux femmes et aux organisations féminines d’Europe :
Les femmes d’Alep, attaquées aujourd’hui, font partie de votre combat. La liberté de ces femmes, aujourd’hui menacées, pourrait l’être partout demain. Les acquis des femmes seront défendus ensemble ou anéantis individuellement.
Les mères qui protègent leurs enfants dans les caves d’Alep, les femmes qui défendent leurs conseils, les jeunes femmes contraintes à l’exil… Elles n’attendent pas de sauveurs, mais de la solidarité. Elles attendent que vous fassiez entendre vos voix, que vous les rendiez visibles et que vous exerciez une pression politique.
La solidarité internationaliste est une nécessité
Aujourd’hui, la solidarité internationaliste n’est pas une option, c’est une nécessité. Nos acquis sont menacés. L’émancipation des femmes, l’autonomie des peuples et le mode de vie démocratique sont attaqués de front.
La voix qui s’élève d’Alep doit parvenir jusqu’en Europe.
Il ne s’agit pas seulement d’un cri de détresse, mais d’un appel collectif à la résistance.
Le silence est complice.
La solidarité, c’est la vie.
!Vive la solidarité internationaliste des peuples !
!Vive la liberté des femmes !
!Vive la lutte pour une vie confédérale!
Kongra Star et les femmes défendent le Rojava