Révolution ou révolution ?

Mon double

Pour moi, je pense qu’un brigandage n’en justifie pas un autre…Si je dois simplement assister à un combat entre un tigre royal et une panthère noire, la Révolution ne m’intéresse plus et je me retire avec dégoût.

Un triomphe quelconque d’une force sur une autre force, d’une bête sur une autre bête, même d’une bête maigre sur une bête grasse, n’a rien, absolument rien, qui fasse vibrer la plus petite corde de mon âme. Je n’y vois que la continuation des rivalités physiques, brutales, qui se succèdent, comme le jeu d’une machine idiote, tout le long de l’évolution sociologique.

Ce que vous voulez, c’est la révolte contre toutes les iniquités et contre toutes les inégalités qui les sanctionnent. Mais cette révolte-là, vous ne pouvez la faire avec des êtres, quelques exploités qu’ils aient pu être, qui ont les mêmes défauts que ceux qui les exploitent, car si ces êtres inférieurs triomphent, il existera dans leurs propres rangs les mêmes causes de rivalités, de haine et d’hypocrisie sociale qui existent aujourd’hui.

Semblables à ceux qu’ils auront vaincus, ils ne pourront reconstruire qu’un ordre semblable à celui que vous voulez détruire. Et alors à quoi aura servi votre Révolution ?

Cité par Fernand Rude dans « Michel Bakounine ».

 

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