L’Ouvrier syndiqué des Bouches du Rhône et l’Affaire Durand

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Chronique de Jan deï  Bogo

Rien de Nouveau

A l’annonce de la condamnation du camarade Durand, j’ai été stupéfait et je n’ai pu m’empêcher de crier bien haut : « Les canailles ! » Puis, la réflexion venant, j’ai fini par raisonner et me suis rappelé cette anecdote qui date du commencement du règne du premier flic de France, le sire de Clemenceau. Les noms et les dates exacts je les ai oubliés, mais voici :

Donc, à l’époque sus indiquée, un secrétaire, président ou membre d’un syndicat, fut arrêté pour avoir prononcé, dans une réunion publique, un discours soi-disant violent.

Jusque-là rien de bien extraordinaire, ces choses-là journellement se passent sans qu’on s’émeuve autrement.

Mais où cela cesse d’être banal, c’est quand le magistrat parla d’arrêter, comme complice, Griffuelhes, alors secrétaire de la C. G. T.

« Vouei », ce juge rendait responsable Griffuelhes, secrétaire, de la Confédération Générale du Travail, des paroles qu’avait prononcées un militant syndicaliste à, peut-être, cinq cent kilomètres de Paris. Vous ne saisissez pas ?

Eh bien ! Lorsque je vous aurai expliqué l’origine de « Babè », qui descend de Clovis, peut-être comprendrez-vous ? Mais comme ce serait trop long, pensez, de Babè à Clovis, – je vais d’abord vous expliquer l’idée du juge ; et si, décidément, vous ne comprenez pas, au prochain numéro je vous donnerai la généalogie de Babè.

Alors, lorsque le magistrat eut arrêté le camarade syndicaliste pour délit de parole, il lui posa un tas de questions, puis fit faire une enquête.

Il apprit que son syndicat appartenait à une Fédération d’industrie ou de métier, que la dite Fédération appartenait à la Confédération. Ce fut un trait de lumière.

« Eurêka » s’écria !e nouvel Archimède. Sa mine patibulaire s’éclaira d’un mauvais sourire.

Donc, cet anarchiste que je viens d’arrêter pour délit d’opinion, est syndiqué ; naturellement son syndicat l’a éduqué; moralement son syndicat est  responsable. Oui, mais ce syndicat est fédéré ; la fédération a éduqué le syndicat qui a éduqué le syndiqué; la Fédération, moralement, est responsable. Bien, j’y suis, je continue mon raisonnement : cette Fédération elle-même est confédérée.

Donc c’est la Confédération qui a éduqué la Fédération, qui a éduqué le syndicat, qui a éduqué le syndiqué. Moralement, la Confédéraux est responsable et, comme le chef en est le secrétaire, j’arrête Griffuelhes comme complice.

Et il fut question de l’arrêter. Mais cela parut si ridicule, même aux Cagniard et aux Bérenger de l’époque, qu’en haut lieu on n’osa pas aller jusqu’au bout.

Ainsi vous voyez qu’aujourd’hui, Jouhaux l’a échappé belle ; on aurait pu le rendre responsable moralement avec le camarade Durand de la mort de Dongé et ça avec plus de succès qu’à l’époque précitée : les Bérenger, les Cagniard et autres rince-cuvette auraient aidé à pousser cette nouvelle infamie jusqu’au bout.

Aussi je ne puis m’empêcher de dire : Cacaloucho, sies urous.

Galimatias (L’Ouvrier syndiqué 1er et 15 Décembre 1910)

HS Durand Anarchiste Jullet 2017

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