Avec les communistes, on n’est jamais déçu

Aux départements

Le magazine littéraire publia dans son numéro 50, un dossier sur  cinquante livres pour les cent ans de la Commune. On y trouve la liste des écrivains anticommunards (Flaubert, Dumas fils, Théophile Gautier, Leconte de Lisle…), ces célébrités qui insultèrent  l’insurrection communarde. Pourtant la Commune bouleversa la morale, la politique française mais aussi l’état d’esprit européen. Mis à part Jules Vallès, c’est la génération des débutants, les Verlaine et les Rimbaud, qui prit le parti de la Commune à l’opposé des nantis de la littérature.

La Commune clive la société tout comme l’affaire Dreyfus 25 ans plus tard. Dans cette affaire, d’un côté le sabre et le goupillon protecteurs de la propriété ; ce bloc tente de protéger l’état-major, celui qui a perdu Sedan et Metz mais qui a une victoire à son actif en mitraillant le peuple lors de la Semaine sanglante, fin mai 1871. De l’autre côté, Lazare et Zola qui dénoncent une injustice et un antisémitisme abject. Les anarchistes et les allemanistes joueront un rôle non négligeable dans la réhabilitation de Dreyfus.

Les communistes, pour le centenaire de la Commune, tentent de récupérer l’événement. Par la voix de  Jacques Duclos, on y apprend que la Commune : « C’est le premier gouvernement de dictature du prolétariat. » Les marxistes ont toujours eu la fâcheuse démarche de transformer la réalité historique. Sans doute que Duclos n’avait pas lu Proudhon pour qui  l’an-archie devait être le modèle des gouvernements : l’initiative municipale remplaçant la centralisation. Il suffit de relire l’affiche « Aux départements » pour comprendre ce que la Commune doit à Proudhon. Rien à voir avec la centralisation et encore moins avec la dictature communiste dénoncée de manière prémonitoire par Proudhon et Bakounine.

Mais avec les communistes, on n’est jamais décu. En son temps, Georges Marchais nous affirmait que le bilan de l’URSS était globalement positif. Sans doute les familles des millions de morts dus au stalinisme (sans compter la responsabilité antérieure des meurtres de masse orchestrés par Lénine et Trotsky) n’ont pas cette vision idyllique du socialisme réel. Mais comme disaient certains enseignants communistes français des années 1970 : on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs. Plus récemment, ce sont les propos de Fabien Roussel, actuel secrétaire général du PCF, qui ont surpris. Concernant le pacte germano-soviétique, en bon petit soldat du parti, Roussel nous ressert la soupe du « pauvre Staline » qui s’est allié à l’Allemagne hitlérienne pour sauver la paix. C’est terrible cette continuité de « ligne » solidaire de choix que l’histoire a pourtant invalidée. Le PC, dès le 25 août 1939, stipule que : «  Ce traité est un inoubliable service rendu à la cause de la paix, qui ne privera aucun peuple de sa liberté, ni ne livrera aucun arpent de terre d’une nation quelconque. » Au niveau liberté, l’URSS s’est livrée à la déportation massive de Polonais et l’envahissement de la Finlande et des pays baltes…Les communistes ont la mémoire sélective. Le PC a depuis abandonné le concept de dictature du prolétariat, il est devenu comme tout le monde, écologiste. Le PCF est donc un parti dont la pensée est à géométrie variable, ce qui laisse présager de futurs retournements de vestes. Opportuniste dans la continuité !

 

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