L’Affaire Durand vue de Marseille

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L’affaire Durand résumée par des camarades de la CGT Marseille début 1911

 

HISTOIRE D’UN CRIME

 La genèse du Crime

 

Au mois de juillet 1910 éclatait au Havre une grève des ouvriers charbonniers de la Compagnie Générale Transatlantique.

La raison de cette grève fut d’abord la vie chère, et surtout l’introduction dans le travail de déchargement d’un appareil Clarke, dont les conséquences étaient de rendre plus fréquent encore le chômage, déjà si intense sur le port du Havre.

Cette grève, comme tous les mouvements ouvriers, se déroula avec ses périodes de manifestation et d’accalmie, de réunions calmes ou houleuses. A ces réunions se décidait ordinairement la suppression comme membres du Syndicat de ceux qui trahissaient leurs camarades : les jaunes.

 

 

Le meurtre

 

Le soir du 9 septembre, au cours d’une rixe entre ivrognes, un jaune nommé Dongé, alcoolique invétéré, tomba mortellement frappé par des grévistes, ivres aussi, qu’il avait provoqués. Leur état d’ivresse était si grand qu’ils ne purent être interrogés par le commissaire qui les avait fait arrêter aussitôt.

Il n’y avait là qu’un banal fait divers.

Mais le lendemain, le jaune Dongé mourut des coups reçus la veille.

Aussitôt la presse havraise cria au crime syndical, à la tragique chasse aux « renards ».

Avec l’aide des journaux de Paris, cet incident mortel fut transformé en un crime syndicaliste et révolutionnaire.

 

 

L’Accusation

 

Comme conséquence de cette attitude de la presse, le camarade Durand, secrétaire du Syndicat, fut arrêté et inculpé de complicité morale dans ce meurtre dont il était complètement étranger.

On lui reprocha d’avoir, trois semaines auparavant, au cours d’une réunion, fait voter la mort de Dongé et de trois autres renégats.

L’accusation ne reposait que sur des racontars stupides et contradictoires, colportés à l’oreille du juge par l’agent de la Compagnie Générale Transatlantique Ducrot, qui les avait lui-même suggérés aux jaunes sur ses chantiers.

La rencontre provoquant la scène du meurtre s’était faite sur le quai le plus fréquenté de la vaille, ce qui écartait donc toute préméditation.

Durand n’en fut pas moins maintenu en prison et traduit devant la Cour d’assises de Rouen.

 

 

Le jugement

 

L’accusation n’était qu’un tissu de mensonges fournis par des gens intéressés à  l’échec de la grève ou soudoyés par l’argent de la Compagnie Générale Transatlantique. Leurs déclarations imprécises et contradictoires l’établirent à l’audience.

Tous n’étaient que des employés et ouvriers de cette Compagnie, ayant travaillé pendant la grève.

Une seule déclaration suffisait à faire crouler cette stupide accusation. Par exception, pour les besoins de la cause, c’était la déposition du Chef de la Sûreté du Havre qui, devant les jurés, déclara sous la foi du serment : qu’aucune des paroles reprochées à Durand ne se trouvait consignée dans les rapports que journellement, lui fournissaient les agents chargés de le renseigner sur la marche de la grève et qui assistaient à toutes les réunions grévistes.

N’était ce pas la preuve la plus éclatante que ces paroles n’avaient jamais été prononcées ?

Malgré cette preuve indéniable, malgré les dépositions nombreuses des témoins à décharge, malgré les lettres de M. Genestal, maire du Havre ; de M. Siegfried, député de la même ville, qui, tous deux, attestaient la parfaite honorabilité de Durand et le déclaraient incapable d’avoir tenu un tel langage ; malgré tout cela, les jurés, excités par une campagne de presse savamment menée pour faire un exemple, condamnèrent Durand à la peine de mort. Verdict de peur, verdict de haine !

C’est donc contre toute évidence et parce que secrétaire du Syndicat que Durand fut ainsi condamné.

 

 

La première Protestation Ouvrière

 

La Confédération Générale du Travail, émue de cet abominable verdict, organisa une campagne d’agitation et de protestation.

Ce mouvement, chaque jour grandissant, entraîna avec lui une partie de la grande presse qui comprit la nécessité de prendre la défense de l’innocent comme l’avait déjà fait l’Humanité avec d’autres journaux hebdomadaires d’avant-garde.

Le résultat de cette action fut la commutation de la peine de mort en celle de sept années de réclusion, prononcée par le président de la République le 31 décembre 1910.

Cette mesure n’est pour nous et ne peut être pour les amis de la Justice qu’un compromis honteux. Elle démontre cependant que déjà, pour M. Fallières, l’innocence entière de Durand est établie.

 

 

                   Justice complète pour Durand

 

Durand est innocent, la commutation de  sa peine le proclame. Il doit donc être rendu à la liberté définitive. Il ne saurait y avoir de demi-mesure : Durand est coupable ou ne l’est pas !

Tout nous prouve qu’il ne l’est pas. Qu’on le libère !

Pour obtenir cette liberté, tout doit être tenté.

La Classe ouvrière trouvera en elle-même l’énergie nécessaire pour faire libérer l’un des siens.

Ce qu’elle fit, il y a quelques années, pour un bourgeois capitaine, elle le recommencera pour un prolétaire, victime de la haine de classe.

Le geste incomplet de M. Fallières rend dès maintenant la révision inévitable.

Il y a d’ailleurs un fait nouveau.

M. Paul Meunier, député a déclaré dans les colonnes du journal le Marin, qu’au cours de l’enquête qu’il fit au Havre, plusieurs des accusateurs revinrent en partie sur leurs premières dépositions.

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