Callac est une bataille gagnée par l’extrême droite

Pétain

Callac est une bataille gagnée pour l’extrême droite.

Le projet Horizon consistait, à l’origine, en l’accueil et la prise en charge de réfugiés, tout en menant des projets de revitalisation dans la commune. La municipalité de Callac (Côtes-d’Armor) a décidé d’abandonner le projet Horizon qui prévoyait d’accueillir une quinzaine de familles de réfugiés sur 10 ans afin de redynamiser la commune en évitant les fermetures de classes, en obtenant des subventions qui auraient profité aux commerçants et à la population en général.

Le projet n’aboutira donc pas. Dans les Côtes-d’Armor, des élus soutenant l’installation de réfugiés ont été menacés de mort ou de viol, taxés d’« immigrationnistes » ou d’organisateurs du « grand remplacement » par des militants d’extrême droite, notamment ceux de Reconquête, le parti d’Eric Zemmour dont les connaissances historiques ne sont pas son point fort. Lundi 9 janvier, le maire a annoncé l’abandon du projet Horizon à ses conseillers municipaux. Alors que la Bretagne a vu sa population émigrer à plusieurs reprises, notamment à la fin du XIXème siècle et après la Seconde Guerre mondiale, faute de travail, c’est un pays qui connaît donc bien le problème de l’immigration. C’est aussi un pays qui a toujours prôné l’hospitalité et pour cause. La Bretagne a accueilli de nombreux réfugiés espagnols dont nombre d’anarchistes après la défaite face aux franquistes en 1939.

Depuis des mois, la situation était devenue très compliquée à Callac. Deux grosses manifestations ont eu lieu, en septembre et novembre 2022, des tags ont été réalisés sur des bâtiments de la commune et les élus ont été menacés. On reconnaît bien là les méthodes violentes de l’extrême droite. Le maire de Callac, Jean-Yves Rolland, a donc pris la décision de dire stop au projet : « J’assume la décision d’arrêter […] À un moment, il faut trancher ».

Dans un communiqué, le Fonds de dotation qui devait subventionner le projet dit regretter la décision prise par le maire et des élus de Callac : « Le Fonds de dotation Merci dénonce la campagne de désinformation, de groupes et de médias d’extrême-droite visant à diviser la population et à déstabiliser le Conseil municipal. Cette campagne nauséabonde aux relents racistes et antisémites est fondée sur des méthodes de harcèlement et d’intimidation, y compris des menaces de mort, ciblant le maire et plusieurs conseillers municipaux – jusque dans leur vie privée. » Toujours les vieilles méthodes fascistes.

Aujourd’hui, les Callacois sont divisés après l’annonce faite par la mairie d’abandonner le projet Horizon (Rien à voir avec le mouvement d’Edouard Philippe). Certains se disent cependant satisfaits d’avoir retrouvé quiétude et sérénité. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que les mouvements d’extrême droite sont capables de mobiliser et utilisent leurs habituelles méthodes de désinformation en jouant sur la peur des gens, en usant de toutes sortes d’amalgames. Après le passage des ténors de l’extrême droite, la commune de Callac se retrouve divisée et complètement clivée. De ville d’hospitalité, elle se retrouve au cœur d’une querelle idéologique laissant l’humain derrière. Les Gilbert Collard et autres thuriféraires de l’extrême droite tiennent des discours incendiaires puis s’en vont une fois qu’ils ont monté les habitants de Callac les uns contre les autres. C’est le visage qu’il faudra retenir de ces politiciens : des promoteurs de division et une incapacité à l’entraide.

Mettre le bazar dans une commune rurale de 2 200 habitants, ce n’est pas très compliqué quand on fait appel au ban et à l’arrière ban de l’extrême droite. Faire venir des militants d’Angers bien connus pour leurs propos nauséabonds et un tantinet réactionnaires indique que les opposants au projet Horizon ont ratissé large. Les menaces fascistes reçues par les élus et certains militants sont intolérables. Le problème, c’est qu’en gagnant à Callac, cela va leur donner des ailes.

Après l’attaque du Capitole aux Etats-Unis par des trumpistes, la tentative de renversement de la République fédérale d’Allemagne en décembre 2021, l’attaque des bolsonaristes à Brasilia…Nous constatons que l’extrême droite a le vent en poupe un peu partout dans le monde et qu’elle est toujours violente. Cette extrême-droite est aussi présente en France ; elle a gagné à Callac. Si nous ne l’arrêtons pas bientôt, l’avenir va devenir sombre pour les libertaires et tous les antifascistes.

La possibilité d’une prise de pouvoir par l’extrême droite n’est pas une vue de l’esprit mais une possibilité, en France aussi. L’histoire nous en donne plusieurs exemples. Le renversement de la deuxième République le 2 décembre 1851 par Louis-Napoléon en est un. Le boulangisme combattu par les anarchistes à la fin du XIXème siècle, la manifestation du 6 février 1934 où la police se fit très discrète contrairement à l’armée qui a stoppé l’émeute, sont d’autres exemples. Même De Gaulle en 1958 !

Aucun pays n’est à l’abri. Pinochet en 1973 a bien renversé Allende au Chili. Le colonel Tejero, nostalgique du franquisme, a voulu faire son coup d’Etat en Espagne en février 1981…

Quand les « démocrates » s’attaquent aux avantages acquis et mènent des réformes impopulaires (retraites…), c’est l’extrême droite qui en retire les marrons du feu. Qu’on se le dise et qu’on agisse en conséquence.

Sterenn (56)

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