Vote lepéniste et syndicalisme

Travailleurs

Les milieux syndicaux touchés par le vote lepéniste

Effectivement 30% des salariés ont voté pour le FN mais comme nous l’indiquions dans un récent article, les 2/3 des salariés se sont à juste titre abstenus, ce qui diminue d’autant l’impact du vote ouvrier en faveur de l’extrême droite. Pour autant on ne peut se satisfaire de ce pourcentage de 30%.

Le sondage de l’IFOP effectue un constat mais n’apporte aucune analyse : le FN aurait recueilli 22% chez les salariés proches de la CGT et 27% chez les sympathisants de Solidaires. Bien entendu, il faut prendre ce type de sondage avec des pincettes mais ces chiffres appellent la réflexion après l’étonnement.

Dans les années 1990, les militants du Parti communiste véhiculaient dans les entreprises qu’ils étaient les seuls avec le Front national à avoir des solutions à proposer aux travailleurs. L’internationalisme est devenu un vain mot hormis dans le microcosme militant. Depuis que le PC a sorti ses affiches « Produisons Français » et que le FN y a rajouté « avec des travailleurs français » auquel on pourrait ajouter de même « pour la population française » dans le cadre d’un patriotisme économique éculé, le message syndical toujours à la botte de politiciens s’est trouvé fortement brouillé. Et comme le Parti communiste ou le PG de Mélenchon ce dernier ayant été fort longtemps au PS sont discrédités de par leurs alliances en épingle à cheveux avec les tenants PS au pouvoir, il reste le FN avec ses solutions puisque qu’exit le PC.

Par ailleurs dans différents secteurs professionnels, les camarades qui ont des responsabilités syndicales notamment à la CGT donnent l’absolution aux ouvriers qui disent haut et fort qu’ils ont voté FN : « il faut les comprendre »…Cette erreur stratégique qui permet peut-être à court terme de limiter la casse et de garder son pré carré syndical notamment lors des élections professionnelles est dangereuse à moyen terme car les électeurs FN, s’ils ne sont pas combattus au sein des usines, vont s’affirmer de plus en plus et s’affranchir rapidement de la tutelle syndicale, barrage illusoire de papier.

Tant qu’aux sympathisants de Solidaires, cela n’est pas étonnant même s’il faut relativiser les chiffres du sondage précité. Nous sommes dans la même dynamique qui a conduit d’anciens du NPA au FN, tel Fabien Engelmann mais aussi bien d’autres. A partir du moment où le FN s’approprie les thématiques de la gauche et de l’extrême-gauche, la tentation est forte d’être attiré par un FN décomplexé. Teintée d’ouvriérisme, l’extrême droite lepéniste  se revendique déjà de Jaurès et autres symboles d’une gauche humaniste issue des Lumières. Engelmann, nouveau maire d’Hayange, a été soutenu par son ancienne section syndicale CGT et explique son passage du gauchisme au nationalisme…Même le thème de la laïcité a été dénaturé par Marine Le Pen. On a vu à d’autres époques de crise des responsables trotskystes comme Binet (militant PCI au Havre) passer dans les rangs de la Waffen S.S.et écrire après-guerre des livres racistes…

Les partisans de la manif pour tous ont déjà récupéré et détourné les affiches de 1968, les slogans comme « on ne lâchera rien »…Toute la nébuleuse d’extrême droite se met en marche pour créer l’amalgame et le chaos intellectuel. L’extrême droite va se caler sur l’ancien discours stalinien des Marchais et autres tenants d’un nationalisme apparemment défenseur des ouvriers. Il ne lui reste plus qu’à piller une partie du discours de la gauche antilibérale pour parfaire son hold-up intellectuel.

Ne reste pour combattre pied à pied le discours de l’extrême droite, que la pensée libertaire et les pratiques du courant altermondialiste sous ses formes plurielles.

Le mouvement libertaire éparpillé, divisé…saura-t-il donner de la voix et être audible pour contrer un mouvement qui n’annonce aucunement des jours meilleurs pour les travailleurs ?

 

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