Voilà voilà que ça recommence, partout partout, ils avancent…

Faschos

Nous vivons à une époque où le fait de se dire fasciste a encore une valeur péjorative dans la société, ce qui est une limite bien établie dans l’imaginaire social selon laquelle se qualifier de fasciste n’est pas bien valorisé. Cependant, au-delà de cet aspect purement linguistique et symbolique, il n’est pas du tout condamné ni même mal vu de se comporter en fasciste. Des affirmations telles que « Je ne suis ni de gauche ni de droite », « Je ne suis qu’un patriote qui défend son pays » ou « Nous ne pouvons pas permettre l’assaut sur nos frontières », font partie des discours les plus répandus et sont formulées dans une politique structurelle fasciste actuelle assumée par les sociétés européennes.

La longue ombre du fascisme en Europe nous hante depuis le siècle dernier, et bien qu’un mouvement fasciste spécifique puisse être analysé historiquement dans un laps de temps donné, cette tendance du fascisme et sa projection jusqu’à nos jours ne peuvent  être brouillées. Bien qu’il ne soit pas nécessaire de qualifier de fasciste tout mouvement contraire à la gauche réformiste, il convient de ne pas rendre invisible la présence institutionnelle et essentielle du fascisme latent dans la classe dirigeante des sociétés européennes. Le fascisme s’est nourri d’une pensée vitaliste et irrationnelle issue de la culture européenne, d’une passion nationaliste et héritière du colonialisme, d’un outil de défense agressif du capitalisme en danger contre les mouvements ouvriers. Et actuellement il fonctionne dans le même sens.

Fascisme éternel et montée de la violence d’extrême droite

Le célèbre Umberto Eco, philosophe et sémiologue italien qui a écrit le célèbre roman «  Au nom de la rose », a fait un essai sur ce qu’il a appelé les quatorze symptômes du fascisme éternel. Pour ce penseur, le fascisme, qui dans l’Italie de la seconde moitié du siècle dernier semblait avoir été vaincu, reviendrait avec les apparences les plus innocentes et socialement normalisées. Selon lui – notre devoir en tant que société est de le démasquer, et de signaler de manière décisive chacune de ses nouvelles formes à chaque instant et dans chaque partie du monde où il se développe. Dénoncer et attaquer le fascisme n’est donc pas une attitude radicale de fanatisme extrême, mais une nécessité sociale extrême qui indique une bonne santé collective. Cet essai nous montre quelques caractéristiques qui sont continuellement présentes dans les courants politiques fascistes, qui, lorsqu’elles se produisent dans un environnement despotique et autoritaire, créent le contexte parfait pour qu’une nébuleuse fasciste germe. Ces conditions créées, et généralement camouflées par la tendance autoritaire et criminelle du capitalisme mondial lui-même, se développent en symbiose avec les structures de pouvoir déjà créées et déterminent une fascisation de la société. Ce fascisme éternel ouvre donc la voie de la manière la plus totalitaire possible à l’avancement de la classe dirigeante et de sa culture d’exploitation.

La violence de l’extrême droite est un vrai problème, en plein essor ces dernières années ; selon certaines données, les attaques fascistes ont augmenté de 320% dans le monde. Au premier semestre de l’année dernière seulement aux Etats-Unis, 70 % des actions qualifiées de terroristes, répondaient à une motivation d’extrême droite. En février 2020, un fasciste a assassiné 10 personnes à Hanau, une ville proche de Francfort, tandis qu’une unité d’élite de l’armée allemande a dû être dissoute en raison de ses liens avec des groupes néonazis. L’été dernier 2021, un jeune Suédois est entré par effraction dans une école avec un couteau, blessant un enseignant ; il avait une liste des noms des étudiants homosexuels contre lesquels il avait l’intention d’attaquer. Nous ne sommes pas confrontés à des événements isolés, ni à des personnes à accuser de simples pathologies mentales ou de « loups solitaires » mais à des gens perméables aux idées fascistes et qui passent à l’acte.

En France, l’extrême droite avoisine le tiers des votants à la prochaine présidentielle en cumulant les scores de Le Pen, Zemmour, Philippot et Dupont Aignan.

Si Zemmour n’est aujourd’hui pas un danger électoralement parlant, il représente cependant un maître à penser de l’extrême droite actuelle qui est médiatisé à outrance. C’est un nouveau doctrinaire qui se glisse dans les chaussons de Barrès, Drumont, Daudet et Maurras. Il réactualise leur pensée en remplaçant le Juif par le Musulman. Ce que l’on pourrait appeler les habits neufs du nationalisme, basés sur de pseudo-déterminismes raciaux, ethniques, religieux et culturels. Les idées de guerre civile, de baisse de la natalité des « Français de souche » se trouvaient déjà dans les éléments rhétoriques de Barrès en 1910. Les étrangers seraient inassimilables et concourraient à la ruine de la patrie française. Tous les ingrédients de la cuisine Zemmourienne sont déjà présents dans la prose des militants de l’extrême droite dont l’Action française. Cette A.F. qui siégeait à l’extrême droite à l’Assemblée nationale. Zemmour n’invente rien, il remet au goût du jour des invariants idéologiques pour des électeurs peu soucieux de la connaissance historique. Il se désolidarise des Zouaves mais entend capter et fédérer les différents courants d’extrême droite jusqu’à présent très antagonistes. C’est essentiellement là que réside le danger Zemmour dans les années à venir. Il voit loin et la prochaine présidentielle n’est qu’un marchepied pour l’avenir.

Zemmour réécrit l’histoire de Vichy et notamment celle des rafles des Juifs. Il tente de faire le pont entre la clique de Marion Maréchal Le Pen, l’Action française et la droite classique qui se retrouve dans le volet identitaire. Décliniste, démagogue, peu scrupuleux et doctrinaire, Zemmour détourne certaines sources et archives historiques pour mieux défendre sa cause. C’est devenu un des spécialistes des contre-vérités sur Vichy ou des ralliés à Londres à De Gaulle qui auraient été issus majoritairement de l’Action Française… Que Zemmour visite le musée de Saint-Marcel en Bretagne pour comprendre ce que fut la résistance durant la Seconde Guerre mondiale.

Pour combattre ces extrémistes de droite, il faut que la jonction se fasse entre les Historiens pour la recherche et les militants ouvriers à la base afin de circonscrire chez les travailleurs les mensonges des bonimenteurs.

Ti Wi (GLJD)

 

PS : en tant qu’athées militants et rationalistes, nous combattons toutes les religions. Nous affirmons que toutes les religions sont dogmatiques et liberticides. CQFD.

Partager cet article